‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de laChapitre 24 sur 103 · The alchemisl · texte numérisé non relu

The alchemisl

^ Méziétesj Prédécesseurs et conlcmporains^ chapiVxQ NiïU

somment àleur tour presque autant que sa femme. Survient enfin son neveu, qui, au prix de l'héritage que lui assure son vieil oncle, le tire d'affaire en lui prouvant qu'il n'est pas et no peut être marié avec Épicœne,

Si La femme silencieuse n'est guère qu'une excellente farce, Valchimiste s'élève plus haut. C'était un sujet de circonstance, au début du dix-septième siècle, quand l'Europe, par un pressentiment secret de l'éclosion future des sciences naturelles, courait au-devant des charlatans qui en promettaient les fruits ; quand les classes supérieures n'échappaient point à cette superstition; quand le roi Jacques V' écrivait un livre contre les alchimistes et faisait brûler ceux qu'il parvenait à saisir.

Jonson leur infligea un châtiment moins sévère et plus efficace : il les voua au ridicule. Frappant à la fois sur deux ennemis, ce sont des puritains qu'il charge du grand œuvre, lequel consiste à faire des dupes et à Battre monnaie à force d'hypocrisie. Le poète, au reste, n'épargne pas plus les dupes que les fripons : s'il dévoile les supercheries du charlatan Subtil et les fraudes pieuses des puritains Ananias et Tribulation, ses associés, il raille impitoyablement les sots qui s'y laissent prendre, le clerc de procureur qui convoite la charge de son patron, le marchand de tabac qui vient chez l'alchimiste faire orienter sa nouvelle boutique : le chevalier, l'homme do coiir, sir Ëpicure Mammon, robuste adepte du spiritisme de ce temps, qui espère acheter du charlatan Subtil le secret de l'or et de la vie. Jonson, par sa comédie de U alchimiste^ guérit ses contemporains des croyances et des terreurs superstitieuses que leur avait léguées le moyen âge. Mais la crédulité a la vie dure : chaque siècle elle ressuscite sous une forme nouvelle, et ne trouve pas toujours un Benjamin Jonson pour la tuer.

Le renard ( Volpone) est encore une puissante satire, dirigée contre un vice général el 4\3Lia\\^^ \a. ^^m'CiVi de

CONTENPORAINS DE SHAKSPEARK. 81

or et des voluptés qu'il achète. Yolpone est un gentilommo vénitien, riche et célibataire, qui veut augmenter Dcore sa fortune, et avec Taide de son valet et complice «losca, trompe et rançonne, par la simulation d'une maadie mortelle, les héritiers présomptifs qui aspirent à sa accession. Yolpone est un autre Ëpicure-Mammon, )assé au premier plan de l'intrigue et enrichi de toute la use de l'alchimiste Subtil. Ses dupes sont encore plus idicules et plus viles que celles du faiseur d'or. L'une i'elles va jusqu'à vendre l'honneur de sa femme pour l'espoir d'un prochain héritage. Cette comédie vengeresse est, selon nous, le chef-d'œuvre de Jonson : c'est la peinture la plus énergique des mœurs du siècle. Le poète y dévoile lans leur sinistre éclat les convoitises coupables, la luxure, a cruauté, l'amour de l'or et l'impudeur du vice. Il trouve lans sa verve de colère le talent de rendre toutes ces bassesses visibles et odieuses; il y déploie cette puissance l'indignation dont il se vante lui-même dans un de ses prologues :

Je les flagellerai, ces singes; j'étaleraf devant leurs yeux de courtisans un miroir aussi vaste que le théâtre sur le quel nous jouons. Ils y 'erront les difformités du temps disséquées jusqu'au dernier nerf et jus- {a'au dernier muscle, avec un courage ferme et avec le mépris de toute crainte... Ma rigide main a été faite pour saisir le vice, pour le tordre )ar une vive pression, et pour exprimer Thumeur corrompue de ces ^ines d'épongé qui vont léchant toutes les basses vanités*.

Gc satirique si énergique, si réaliste dans ses peintures de la société contemporaine, fut en même temps, comme la plupart des écrivains de son époque, un poète plein d'i- Imagination et de fantaisie. « Plusieurs de ses pièces, l'entrepôt des nouvelles, Les fêtes de Cynthia, sont des comédies fantastiques et allégoriques, comme celles d'Aristophane. Dans ses Mélanges {MiscellaneoiLS poems) il a

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