Th% primum mobile of England is cant
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trône des rois effacés ou incapables, des hommes d'Etat corrompus et corrupteurs, un Walpole, le « maquignon des consciences », qui continue son fructueux commerce pendant un quart de siècle (1715-1742). Puis tout à coup cette terne et triste nation calviniste se trouve la première nation du monde. Si elle perd ses colonies d'Amérique, qui deviennent une puissante république, elle nous prend le Canada, elle s'empare de l'Inde, elle se fait reine des mers, accapare le commerce du monde, crée les prodiges de l'industrie moderne, renouvelle les splendeurs de Télch quence antique, produit les Burke, les Ghatam, les Pitt^et soutient contre le génie de la France une lutte de géants. Cet état social si ;iouveau, si original dans son apparente vulgarité, produisit une littérature d'une forme particulière et des genres jusqu'alors inconnus. La poésie cessa de tenir le sceptre : le pouvoir passa à la prose, à la prose bourgeoise, familière et morale. Alors naquit la presse périodique : les EssayistSj moitié prédicants, moitié hommes du monde, proposèrent à la société contemporaine une sorte de compromis habile entre la sévérité du devoir et l'élégance des mœurs. Tribune modeste, mais influente, éloquence de famille et de coin du feu, en attendant la grande éloquence des parlements, les Revues furent à la fois la harangue et le sermon de cette société plébéienne, sinon populaire. Le roman en fut l'épopée, non plus le roman héroïque et courtisanesque du dixseptième siècle français, avec des aventures chev^resques, des noms antiques et des dissertations galantes; mais le roman de la vie privée, avec la vérité, l'exactitude et souvent la minutie de ses détails, avec des incidents tour à toui touchants et vulgaires, des peintures d'une admirable fi* nesse, des scènes d'intérieur, des révolutions de ménage des subtilités de sentiments réels. Les femmes y tinreu naturellement le premier rang. Leur influence domina ^ littérature comme elle dommall U îam\ll^*
Le même homme eut riionneur d'ouvrir la double carière de la revue et du roman. Le courageux, le profond, e religieux Daniel de Foe (1663-1731}, Torgane le plus îloquent des dissenters^ héritiers des vieux puritains, le iéfenseur intrépide et désintéressé du roi Guillaume III it des principes de la révolution, ruiné, poursuivi, mis au [)ilori par la réaction tory de la reine Anne, commença îous les verroux de Newgate une publication périodique ipi'il fit paraître trois fois par semaine et rédigea seul pendant neuf ans. Vaste mélange de discussions, de satires, d'essajs critiques, de théologie, de politique, d'histoire, de théories nouvelles sur le commerce, les finances et Téconomie politique, de plans industriels, d'argumentations sérieuses et de plaisanteries acérées, la Revus de Daniel de Foê n'est que la mise en circulation, et en quelque sorte le monnayage des innombrables compositions de tout genre de cet inépuisable écrivain, qui remplit vingt-huit pages in-folio des titres seuls de ses ouvrages*. Elle devint le point de départ et le modèle de tous les recueils périodiques qui ont occupé une si grande place dans la littérature moderne.
L'essai périodique devait réussir chez un peuple où le plus grand nombre des citoyens, préoccupés d'intérêts matériels, ne peuvent réserver que peu de loisirs à l'agrément ou à l'instruction. La brochure pénètre où n'ôntre- J^it pas le livre : elle tire de son mode de publication un intérêt ad;uel qui la dérobe à la grave généralité du volume. Une foule d'écrivains suivirent les traces de Foe. Steele parut le premier avec Le babillard^ {Tattler^n09). I^'auteur annonce dans le premier numéro, qu'il a choisi ^ titre par déférence pour les dames, dont il réclame la protection. Les premières livraisons ne justifient que trop Wen le nom du recueil : elles n'offrent guère qu'un insi-
^' rhilarèle Ghasles, Études humoristiques : Daniel de Foè.
pide verbiage. Sleele avait peu d'instruction, peu de philosophie, quoiqu'il ne manquât ni d'esprit, ni de goût littéraire : il possédait surtout l'usage du monde, et en, tirait parti dans ses anecdotes et dans ses légères cs^ quisses. Le babillard acquit plus de valeur quand Âddiso^j eut commencé à y placer quelques essais. Steele lui-mêmey profita dans sa rédaction de l'exemple de son illustre; ami. Gomme la Revue de Foë, ces essais paraissaient trois] fois par semaine.
Au Babillard succéda Le spectateur (1711), publié par^ les mêmes écrivains et paraissant tous les jours. Addison y donna un plus grand nombre d'articles ; lui-même en traça le plan et en dirigea l'exécution; aussi ce recueil, supérieur au précédent, a-t-il conservé dans l'estime générale le premier rang parmi les publications du même genre. Il jouit à son apparition d^une vogue sans exemple:,, vingt mille exemplaires, vendus chaque matin, à une époque où la lecture du journal n'était pas encore devenue une habitude et un besoin, témoignent non seulement du mérite de cette publication, mais encore de sa conformité avec l'esprit et les goûts du public. Jamais, en effet, on n'avait réuni avec plus de charme une indulgente morale et une plaisanterie spirituelle et toujours intéressante : c'était une application mondaine et mitigée des principes puritains. « Avant Le babillard et Le spectateur ^ dit Johnson, nous ne manquions sans doute pas de livres pour nous instruire de nos devoirs les plus importants et pour fixer nos opinions en philosophie ou en politique; mais il nous manquait encore un arbiter elegantiarum, un juge des bienséances, pour surveiller les voies du commerce social, et les débarrasser des ronces et des épines qui ne blessent pas, mais qui importunent le voyageur. ''
Le succès des essais périodiques paraissait si assure, qu'entre le septième et le huitième volume du SpectateW^^) Steele fit par&Ure^ sous le litre de Tuteur (Guardia^h
1713), un nouveau recueil, pour lequel il s'appuya encore sur la collaboration d'Addison, et où il donna lui-môme quelques-uns de ses meilleurs essais. Quoique en somme Le tuteur n'égale pas Le spectateur ^ auquel on ne saurait rien comparer pour le plan, les caractères des correspondants fictifs et l'heureux choix des sujets, il forme une continuation qui n'est pas indigne de ce modèle. La pensée morale est la même que dans les recueils précédents. « Je ne me propose rien moins, dit Steele, que de faire concourir la chaire, le barreau et le théâtre au triomphe de la piété, de la justice et de la vertu. » J. J. Rousseau, celui de nos grands écrivains qui s'est peut-être le plus servi des essais moraux publiés en Angleterre, n'a point négligé Le tuteur. C'est de là qu*il semble avoir emprunté son charmant tableau des deux pigeons dans la Lettre à d'Alembert, quelques idées de son Emile sur l'avantage d'endurcir de bonne heure les enfants aux impressions de l'air; et, dans La nouvelle H éloïse^ diverses vues sur l'embellissement des jardins ^
L'essai périodique, inauguré avec tant d'éclat sous la ireine Anne, continua d'être cultivé avec succès pendant toute la durée du siècle. Parmi les meilleures publications de ce genre il faut compter Le rôdeur (The rambler^ 1750) ^Woisif [The idler^ 1758) de Samuel Johnson; Vaventuner(1715-1773) de Hawkesworth, avec la collaboration de Johnson, enfin Le miroir (1779-1780) et Le flâneur [The lounger^ 1785-1787) publiés à Edimbourg par Mackenzie et l'élite des littérateurs écossais. On doit s'attendre à voir dans une si longue carrière Vessai perdre quelque chose de son originalité primitive : avec le grave et savant Johnson la morale, plus sévère, moins applicable aux mille
1. Voyez The giiardian^ n°* 125, 102 et 137. Ces rapprochements sont sif^nalcs dans l'intéressant ouvrage de M. Louis U6z\èTe%^ Hl%lo\vc ôaVo. f iii/ ra/nre a?ii/laisCy tome /, page 145.
f UTT. SEPT. ^
détails de la vie réelle, tourne à la disscrtalîon et à V\\o mélie; avec les Écossais elle s'efface presque complèu ment pour faire place aux peintures de mœurs et au récits qui s'adressent à la curiosité. L'essai de Mackenzi incline aux faits divers et au roman-feuilleton.