‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de laChapitre 42 sur 103 · LITT, SEPT · texte numérisé non relu

LITT, SEPT

du sujet triomphe à peine des ingénieux ornements d Técrivain*. Si Ton compare cette épître aux véritables Ict très de Tabbesse du Paraclet, on trouvera que Pope i traité le moyen âge dans son Héloïsej comme Tantiquiti dans son Homère,

Pope, avec son prodigieux esprit et la brillante faciliU de sa versification , ne semblerait donc que la plus heureuse expression de cette école spirituelle et imitatrice, que les Anglais appellent Técole continentale. C'est le reflet de notre grand siècle dans une intelligence plus élégante qu'originale : c'est notre Boileau, avec plus de légèreté. Mais il est une partie de ses ouvrages où Pope se détache de Boileau pour annoncer "Voltaire; et c'est, selon nous, la portion la plus neuve, la plus élevée de son génie. Encore enfant, il avait lu VEssai sur Fentendément humain de Locke; homme fait, sa renommée littéraire lui procura l'amitié de Bolingbroke, dont nous avons mentionné plus haut les relations philosophiques avec Voltaire.

Sans deviner toutes les tendances antichrétiennes de cet homme d'État, Pope fut frappé de la grandeur de quelques-uns de ses principes. Il admira cette imagination brûlante et ambitieuse dans la carrière de la science comme dans celle du pouvoir : il le vit avec une noble émulation s'élancer , comme dit Chesterfield, extra flam mpLUtia mœnia mundi^ et parcourir les régions inexplorées de la métaphysique.

C'est par son inspiration que Pope écrivit ses épîtrei morales, à la tète desquelles il faut placer VEssai su\ l'homme. Au contact de ces nobles sujets, la muse ingc

l. On y rencontre des pensées comme celles-ci :

Ah I n'écris point, ma plume, un nom trop plein de charmes. Hélas I il est écrit 1... ElTacez-le, mes larmes I

O Write il noi, my hand. The name appear« Alrcady wriUen, WasU il oui» my learsl

nieuse du poète s'agrandit tout à coup : elle passa, ainsi qu'il le dit lui-même, des sons aux choses, de la fantaisie au cœur*. Son style lui-même y gagna une qualité nouvelle : sa phrase, ordinairement nette, vive, sémillante, emprisonnée dans un court distique, dont la fin ressemble au dernier vers d'une épigramme et fait jaillir une étincelle du choc de chaque rime, prit alors de temps en temps de Tampleur, de l'aisance, et arriva parfois à l'heureuse harmonie de la période.

lia première des quatre épîtres nous semble la plus belle. Le poète n'est pas encore embarrassé dans les dé- I tails mi'nutieux d'un système contestable ; la grandeur et la sagesse de Dieu, l'immensité sublime de son œuvre, la petitesse de l'homme, tous ces lieux communs qui sont d'admirables vérités, et qui inspirent toujours d'admira- Wes pages à quiconque les sent et ne les copie pas, font de la première épître sur l'homme l'un des plus beaux morceaux de poésie philosophique qu'on ait jamais écrits, et le digne prélude des épîtres morales de Voltaire ou même des chants religieux de Lamartine.

Pope fit école par son style et non par sa pensée philosophique. Celle-ci n'avait été chez lui qu'accidentelle et passagère : la véritable originalité de ce poète c'était sa forme. Il avait donné à la poésie anglaise la seule qualité çui lui manquât encore après Shakspeare, Mil ton et Dryden, une correction continue, une élégance nette et précise, un distique ou l'antithèse finale est presque toujours une saillie du bon sens, et dont la rime, arrêtant brusque^ ment l'attention sur un trait d'esprit, semble, en quelque sorte, faire partie du sens. Après lui, tout le monde voulut écrire ainsi : on s'inquiéta peu de la variété, on Croyait avoir trouvé la perfection ; et cette perfection, une

1, Thaï urped by Uipp, I tiirnM the tuneful art

From souads lo tUiags, from fancy to \\\c hcatl.

ii'<«aj/ on Man«W«%%V%

fois créée par Tinventeur, n'était pas une chose fort difficile : c'était un art presque mécanique , que tout hommi* d'esprit pouvait apprendie. Les poètes pullulèrent : dit 1730 a 1780 on n'en compte pas moins de soixante-dixr La France, on le pressent, avait peu à gagner avec ces W biles tisseurs de paroles anglaises. Ils ne lui présentaienf que ce qu'elle avait déjà écrit ou pouvait bientôt écrirt elle-même.

Cependant, quelques indices précurseurs d'une pr(H chaine rénovation commençaient à se montrer dans la lit* térature anglaise. Le public se fatiguait d'une monotone et stérile élégance : il avait plus de poésie dans le cœur que ses poètes n'en savaient exprimer. Aussi accueillait41| avec faveur quiconque semblait sortir d'une piste étroitaî trop longtemps foulée. Deux poètes conquirent à ce pnb^ une célébrité qui passa le détroit et produisirent en France^ une profonde impression, Young et Thomson.

Le succès de Young (1681-1765) est tout entier dans W sujet qu'il a choisi. A cette élégante poésie anglaise, qnL ne semblait faite que pour amuser les loisirs des salons, il apprit à redire les vérités terribles dont Bossuet avait faifc retentir la chaire française. Le néant de la vie, les espérances et les terreurs de Tétemité, les douloureuses sépa-rations par lesquelles la mort nous arrache ce que nouB avons de plus cher, devinrent la matière de ses Pensées nocturnes (Night thoughts). C'est à l'âge de soixante ans, à la fin d'une carrière distinguée mais non illustre, que, replié sur lui-même par la perte successive de sa femme^ de sa fille et de son gendre, il se livra aux tristes médita' tiens €pii devaient l'immortaliser. L'Angleterre puritaine, accoutumée à n'entendre ces vérités que dans le langage froidement raisonné de ses prédicateurs, les vit avec admi' ration revêtues de toute la magnificence d'un beau lanffsgeJ Le noble vers blanc 4'Xo\xTi^ Vt^Tiç.Wit heureuse-

^bent sur les rimes sautillantes des Papistes. La France, iissasiée aussi de poésie légère et ingénieuse, les accueillit comme une piquante nouveauté dans la traduction timide et effacée de Letoumeur. Elle sembla dire, avec aimable héroïne d'une de nos comédies :

Tout ce qui me fait peur m'amuse infiniment.

Les Pensées nocturnes avaient le grand mérite d'éveiller un sentiment éternellement poétique dans Tâme des lecteurs. Ceux-ci firent honneur à Young de la poésie qu'ils sentaient en eux-mêmes, et qu'il avait eu le bonheur de provoquer. Lui-même ne semble pénétré qu'à demi des émotions qu'il exprime. Toujours verbeux, quelquefois emphatique et bizarre, il gâte, par des traits de faux esprit, les plus heureuses inspirations : sa poésie n'a pas la simplicité majestueuse de la douleur.

. Thomson (1700-1748) a bien plus de cœur et de vraie passion dans un sujet moins pathétique. Gomme Young, il rappelle le lecteur aux sources vives de la poésie : il chante cette étemelle épopée que la nature renouvelle chaque année, en parcourant "ses diverses Saisons, Thomson ouvre^ la carrière, si souvent et si ennuyeusement parcourue depuis, de la poésie descriptive : il est le père de notre Belille et de son interminable école. Mais au lieu de se perdre, comme ses imitateurs, dans les minuties du paysage, il exprime l'émotion profonde que l'ensemble du tableau produit dans son âme. Les couleurs qu'il emploie ont toute la fraîcheur de la vie : c'est la nature elle-même qu'il évoque autour de nouil^, et cette nature n'a rien de mort, rien de passif. On sent sous tous ses phénomènes Une grande âme sympathique à la nôtre et qui nous parle son sublime langage, avec ses sombres frimas , ses doux printemps si pleins d'espoir, ses énergiques étés^ ses méhncoliques automnes. Le poète met son c>(S^vxi à^:^^ ^'^'^

sujet, il écrit comme il sent, et humanise tout ce qu'il, touche.

Ce n'est pas que sa poésie soit irréprochable. La même^i candeur de caractère, la même chaleur d'âme qui vivifie 4 ses descriptions, l'entraîne dans de nombreux défauts : il i est affecté par nonchalance, par excès de candeur. H^ accepte une expression usée, une image vulgaire, pour évi-i ter la peine d'en créer une nouvelle, et parce qu'il la croit J aussi bonne que celle qu'il pourrait inventer. Chez lui, i l'art est aussi peu déguisé que la nature : l'un est aussi franchement coquet et paré que l'autre est sympathique et touchante.

Un autre poète descriptif bien moins célèbre, et dont nous ne parlerions point, sans les immenses obligations que lui eut aussi Delille, est le docteur Darwin (1731-1802), auteur du Jardin botanique^ de la Zoonomie^ etc., poète matérialiste , qui peint tout pour les yeux, et semble croire que l'âme n'a point d'autre plaisir que la vue des formes, des couleurs et du mouvement. Pour animer sa nature insensible, il emprunte à Pope et aux Rosecroix leurs sylphes et leurs gnomes, compare les plantes à des anges, et appelle la truffe « l'impératrice souterraine ».

Darwin signalait par son exemple à la poésie descriptjve de notre pays le double écueil où elle devait périr, la froideur anatomique et l'afiTectation maniérée.

Young et Thomson, avec Darwin à sa suite, faisaient à la nature morale et extérieure un appel assez faible, mais significatif. Ils indiquaient une des sources où leurs successeurs allaient bientôt puiser de fécondes émotions. L'hiS' toire, la tradition du passé, les chants populaires, cette autre inspiration de la poésie du dix-neuvième siècle, commençaient dans diverses tentatives à pressentir le goût ] du public et y rencontraient une faveur capable d'encoura- j ger déplus puissants essais. Déjà en 1710, l'élégant et dasaique Addison osait, dans â^eux lium^t^^ ^'^^ovi^'^^c-

iator (70 et 74), admirer une ancienne ballade, celle sur la Chasse de Chevy; il en raj^prochait quelques strophes de certains passages analogues et excellents de VÈnéide. D rappelait que Philippe Sidney « ne pouvait entendre cette vieille ballade chantée par un mendiant aveugle, sans que son cœur fût agité comme par le son de la trompette ». Addison lui-même déclarait « impossible qu'une chose fût universellement goûtée et approuvée par la multitude, même par la lie de la nation, sans posséder en elle quelque mérite capable de plaire à Tâme de l'homme en général. » Enfin il concluait son examen, qui "passa alors pour un jeu d'esprit paradoxal, en affirmant que sa vieille chanson populaire « était pleine de sentiments naturels et poétiques, exprimés avec la simplicité majestueuse que nous admirons dans les plus grands poètes de l'antiquité ».

La ballade de Chevy-Chase ne resta pas isolée dans la faveur publique : en 1765, le docteur Thomas Percy publia un recueil considérable intitulé Restes de Vanàenne poésie anglaise. Cet ouvrage contenait une grande variété d'anciennes ballades du même genre, composées par des chanteurs inconnus, reflets naïfs des pensées et des sentiments populaires. Les incidents romantiques qu'elles rappeLent, le pathétique puissant qui les anime, les formes simples de leur langage et de leur versification, produisirent au milieu d'une société blasée par des raffinements d'élégance une impression de surprise et de détente. Cette publication doit être signalée comme une des influences les plus actives dans le retour du public au goût des œuvres naturelles et dépouillées faffectation. Un autre recueil du même genre fut publié m 1777 par le libraire Evans ; enfin, en 1800, Walter Scott lonna une précieuse collection de traditions poétiques, ous le titre de Chants populaires des frontières de l'E-

Ainsi dans la seconde moitié du dix-huitième 'siècle ! public indiquait clairement par la facilité de sa fayeuri qu'il souhaitait, ce qu'il aimerait dans ses poètes futur Il ne pouvait dire plus nettement aux gens de lettres <c Abandonnez vos élégances factices et vos classiqui dédains; soyez naturels dans vos pensées, simples dai vos expressions; ouvrez vos pages à toute chose vraie, so présente, soit passée. Que la vie tout entière se rania sous vos mains. » L'opinion pressentait ce qui alla naître : elle éprouvait, pour ainsi dire, une faim de poés avant d'avoir une poésie pour l'assouvir.

Un phénomène littéraire assez bizarre mit ce fait mor dans tout son relief : des impostures littéraires, des pi blications frauduleuses qui semblaient ressusciter l* hommes d'autrefois avec leurs nobles sentiments et lei simple langage, surprirent la foi des lecteurs et usurpi rent l'admiration.

Vers l'an 1760, « on apprit tout à coup que dansL montagnes d'Ecosse se conservaient les chants d'un viei barde qui avait vécu au deuxième ou au quatrième sièc de notre ère. Ces chants paraissent incultes et sauvage! ils semblent ne respirer que des sentiments naturels • primitifs, le fanatisme de la guerre, l'amour des combat: une sorte d'héroïsme rude et naïf; ils ne retracent que d( images simples, l'océan, les bruyères, les pins des moi tagnes, les sifflements de la brise de mer. Ces choses simples et si monotones deviennent une nouveauté, ui variété piquante et originale pour un siècle rassasié c raisonnement et de philosophie, et là commence la granc fortune des poésies d'Ossian. On sait quelle a été lei influence parmi nous^ »

Or ces chants sauvages et primitifs n'étaient rien de pH

/. Villemain, TVi^/caM du dix •Jwitièmesi.ccle^NVXt^Qïu

qu'une moderne contrefaçon. Un jeune écossais, Macpherson, auteur de deux poèmes qui n'avaient attiré l'attention de personne, apprenant que l'un de ses compa- ^ triotes, un poète dramatique du nom de Home, s'était mis à la recherche des fragments celtiques, l'informa qu'il en possédait plusieurs, et offrit de lui en communiquer la traduction. Il lui donna en effet quelques chants qu'il avait composés lui-môme. Home avait de l'influence et des amis. L'Ecosse, ancienne ennemie et sujette de l'Angleterre, saisit avec joie l'orgueilleuse croyance d'avoir nourri dans ses montagnes un grand poète, dont les vers inédits pendant quinze siècles reparaissaient enfin au jour. On ouvrit des souscriptions, grâce auxquelles Macpherson put parcourir les Highlands pour y recueillir des chants ossianiques.

Il y trouva réellement dans la bouche et dans la mémoire des montagnards des traces et des souvenirs d'une antique poésie traditionnelle. Il est certain que le nom de Fingal y était répété de père en fils; que quelques peintures de guerre, quelques sentiments de patriotisme ou d'amour se rencontraient dans ces vieux chants gaéliques; mais cette poésie populaire et authentique est lourde, plate, triviale. Seule et sans parure, elle n'aurait pu plaire aux contemporains de Macpherson. Gelui-ci la refondit, la transforma : il fit pour l'Ecosse ce que Marchangy, dans sa Gauk poétique^ fera plus tard pour la France. Il mit à contribution la Bible, les poètes grecs, Virgile, les poètes anglais, dont il composa habilement sa mosaïque celtique. Il prêta à ses vieux bardes des sentiments qu'ils étaient loin d'avoir, la générosité, la délicatesse, la mélancolie, une vague religiosité, toutes les émotions en un mot qu'il sentait en germe dans l'âme de ses lecteurs. « C'est, dit Villemain, l'homme du dix-huitième siècle qui est intéressant et original fto\x^ l^ iùa.%Q^^^ sous Je manteau du barde aveugle. Sou Oac.^'î^^^^^'W^a-^

son Fingal, tous ces personnages qu'il a corrigés, embellis, ' mis en mouvement dans son poème, ont un reflet de : Fesprit sentimental du dix-huitième siècle. La simplicité : prétendue de Macpherson n'existe que dans un point, la monotonie. Il est naturel, en effet, que dans Timitation d^une vie rude, inculte, qui n'est animée que par les accidents de la guerre, et qui ne connaît d'autre catastrophe que la mort après le combat, il y ait peu de variété. Il est naturel aussi que, dans une société semblable, le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les bois, le bruissement de la mer, les algues jetées sur le rivage, reviennent sans cesse sous le pinceau du poète. Tel est aussi en grande partie le coloris de la poésie d'Ossian. Eh bien! quand ce coloris fut importé dans la France élégante, philosophique, raisonneuse, c'était une grande nouveauté, c'était un échantillon de la nature qu'on rendait à des gens qui ne la regardaient pas depuis longtemps K »

L'effet littéraire de cette publication fut considérable* dans toute l'Europe. L'auteur i'Atala et des Natchez en sentit lïnfluence; Goethe fait d'Ossian la lecture de son Werther; Lamartine dans sa jeunesse en nourrissait son imagination rêveuse. Un génie bien différent et bien autrement positif se laissa séduire aussi par cette brillante imposture : Arnault raconte qu'en revenant d'Egypte le général Bonaparte s'enferma avec lui dans l'entre-pont du navire et se fit lire Homère, qui l'ennuya bientôt ; puis il prit un Ossian et se mit à en déclamer plusieurs passages, s'écriant à chaque ligne : « Voilà qui est beau I »

Ce qui était beau ce n'était pas l'œuvre elle-même,

1. Dix-huitième siècle j leçon VL — Voyez aossi Philarète Ghasies, le Dix-huitième siècle en Angleterre^ études humoristiques; on y peut lire (p. 237 et 247) des fragments authentiques de Tancienne poésie écossaise, rapprochés de la transformation de Macpherson.

2. L'Ossian de Macpherson fut traduit en prose française en 1771 wur, et en vers par Baonr-LoTm\a.Tv, eu\^\.

c'était l'état d'imagination qui Tavait fait naître, qui Taccueillait dans le public, qui se plaisait à retrouver dans ces vagues esquisses la poésie intime dont la société de cette époque portait en elle le pressentiment.

Une autre imposture littéraire, plus flagrante encore mais moins heureuse pour son auteur, prit naissance en Angleterre vers la même époque. Un enfant de quinze ans. Chatterton (1752-1770), composa et publia sous le nom de Bowley, prêtre anglais du quinzième siècle, des poésies écrites avec une certaine science archaïque. Élevé sous les murs de l'ancienne église de Redcliffe, près de Bristol, où son père et, ses aïeux avaient été bedeaux, Chatterton étudia avec passion les vieux parchemins du presbytère, les transcrivit, en imita la langue et le style, dont il sut revêtir ses propres compositions, au point de faire de nombreuses dupes dans le monde aristocratique et même littéraire.

Le Rowley de Chatterton fut quelque chose d'analogue à notre Clotilde de Surville « J'estime, dit Philarète Chasles, les faux poèmes de Rowley infiniment supérieurs au faux Ossian de Macpherson. » Chatterton possédait le sentiment intime du passé chevaleresque. Dans sa vieille église de Redcliffe, cet enfant avait inventé le quinzième siècle. Cependant il n'exerça point sur son temps une influence comparable à celle de Macpherson. Son talent, aussi puissant que réel, ne fut pas suffisamment apprécié. Pressé de jouir, impatient des lenteurs de la gloire et de la fortune, l'orgueilleux enfant se tua de désespoir.

La fraude littéraire de Chatterton était, comme celle de Macpherson, un indice des goûts et des besoins de l'époque. Fatiguée des raffinements de l'élégance, et gênée dans le cercle étroit où les poètes contemporains l'avaient enfermée, elle aspirait à ressusciter le passé pour élargir son horizon, et appelait de ses vœux les hommes de génie qui sauraient io faire revivre. Walter Scott n'avait qu'k ^^t^\Vc^*

lo6 L'ANGLETERRE.

Page 1