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Taine, ouvrage cité, tome II ï, page

«M L'AXGLETERRB-

Wordswortb a senti lui-même ce défaat et 8*est efforcé quelquefois d'y échapper. Ses sonnets par exemple méritent d'être placés parmi les pins belles choses de la poésie anglaise et même de la poésie en général. La concision de cette forme est* pour loi une sauvegarde; elle le force à choisir et fait jaillir sa pensée avec plus de vigaenr. Wordswortb a composé Sur la rivière Ihiddon une vingtaine de sonnets admirables, parmi lesquels nous signalerons surtout les viii% ix* et x*. Ge dernier est une charmante idylle dans le sens le plus attique ou le plus sicilien du mot. Un jeune couple s'apprête à passer à gué le torrent qui gronde et écume entre les rochers. « Une douce crainte retient la bergère ; elle rougit en regardant de côté le flot vertigineux. Honteuse de s'arrêter, trop timide pour avancer, elle essaie encore, et encore elle suspend sa marche. Lui, retire malicieusement sa main tendue vers elle. Elle implore son appui avec un petit cri piteux. Elle est grondée, elle gronde : tous deux frémissent au contact de leurs mains, quand il accorde enfin le secours désiré. Ah ! si leurs jeunes cœurs sont trop émus, s'il palpitent trop fort, tous deux risquent bien de tomber ! Les folâtres amours qui du haut du rocher sont témoins de la lutte, applaudissent en battant des ailes. »

Signalons encore aux lecteurs sérieux le plus long poème de Wordswortb, celui qui exprime le plus complètement les caractères de sa poésie, L'excursion. Us pourront y admirer la chasteté et l'élévation de la pensée à travers la pauvreté de la mise en scène. Il ne s'agit que d'un pieux colporteur écossais» d'un solitaire sceptique et d'un pasteur de village. Tout se passe en conversations morales et métaphysiques. Les trois acteurs se plongent à plaisir dans les questions les plus an «itères. Bref le poème est grave et terne comme un sermon. En dépit de ces aridités, le poète vous saisit, vous subjugue par la vérité de ses pe/nifÊÊmÊgfr h sincérité de sea conVicVic^xi^.

LES LAKISTS, 203

En somme W. Wordsworth n*a été ni un agitateur puissant comme Byron, ni un artiste parfait de focme et de précision comme Test aujourd'hui M. Tennyson : il a été un initiateur original et conscient, un réformateur décisif de la langue poétique. Ce que Gowper, Burns et Grabbe avaient commencé, Wordsworth Ta continué avec un sentiment plus net de la réforme littéraire qui devait s'accomplir.

Dn autre lakist, Samuel Taylor Coleridge (1770-1834) l'ami, Tauxiliaire, le collaborateur de Wordsworth, introduisit dans la littérature anglaise les inspirations de TAllemagne. Il se vantait, dit-on, d'être le seul Anglais qui eût pu comprendre Kant et Fichte. Ses détracteurs prétendent quele revers de cet avantage fut pour Coleridge de devenir quelquefois lui-même incompréhensible. Le fait est que, pareil en cela à bien des poètes contemporains, l'auteur fut supérieur à ses œuvres. Rien n'égala l'abondance et l'éclat de sa parole : son improvisation tenait les auditeurs sous le charme : c'était Diderot et Cousin réunis. La réputation de Coleridge fut longtemps fondée sur les espérances de sa jeunesse; à la fin de sa vie on le loua de ce qu'il aurait pu faire. Coleridge, disait-on, eût pu être le plus grand des poètes, s'il n'en eût été le plus indolent. Dans ses poèmes, quelquefois incomplets et inachevés, on trouve une grande force d'imagination, une richesse d'expression et d'harmonie qui rappellent Milton et Shakspeare. Il eut, ce qui °ïanquait à Wordsworth, le goût littéraire, la faculté d'écarter ce qu'on juge mauvais. Son Hymne au Mont- ^lanc, son poème intitulé Vamour, sont deux des plus belles productions de la poésie anglaise moderne. Sa bal- We du Vieux matelot, plus bizarre et moins accessible à des lecteurs français, rappelle par l'audace de pensée et de conception, les ballades allemandes de Burger,

'Robert Southcy, (1 774-1 843") ami eX. \i^\iMA\\\^ \^:*

20k i/angleterre.

deux poètes précédents, appartient à la même école, mais avec des -traits particuliers, qui révèlent dans la poésie anglaise et dans le goût du public une tendance nouvelle, la curiosité historique et en quelque sorte géographique. Tout est poéticpie dans la vie même la plus humble, avaient dit Wordsworth et Goleridge; tout peut être poétique dans l'histoire, qui est la vie des nations, ajoute Southey. L'idéal de Tart n'est pas épuisé par les créations classiques des Grecs; tous les âges, tous les climats ont produit, avec des saveurs diverses, le fruit divin de la beauté. Et le voici qui parcourt le monde par une infati-

gable étude, cueillant partout des fleurs inconnues et les rapportant avec profusion sous les yeux éblouis de ses compatriotes. Il se fait tour à tour Français du moyen âge (Joan of Arc, 1795), Arabe (Thalaba, 1803), Gallois et Mexicain [Medoc, 1805), Hindou [La malédiction de Kehamay 1811), Espagnol et monacal (Roderick le dernier des Goths, 1814). Ce sont autant de récits, demi-épiques, demi-lyriques, où l'imagination du poète, aidée d'une immense érudition, s'empare successivement de tout ce qu'il y a do brillant, d'étrange, d'éblouissant dans chaque région qu'elle traverse. Les adversaires de Southey euxmêmes ne pouvaient s'empêcher de reconnaître « Télan, la portée, la splendeur d'images, l'intérêt entraînant et émouvant qu'on trouve dans ces poèmes* ». La critique moderne fait toutefois ses réserves à l'égard de cette poésie historique, de cette résurrection des époques et des mœurs lointaines. Il y a toujours et nécessairement dans ces peintures quelque chose de factice, et par conséquent d'incomplet et de faux. En vain l'auteur décrit avec un soin scrupuleux les paysages et les costumes; en vain il prodigue dans ses notes les explications, les citations des voyageurs, pour garantir la vérité de ses descriptions; il

The spirit of iht oge, v«^^ %^,

j a une vérité suprême qu'il ne saurait saisir, c'est celle [ui consiste à entrer dans les sentiments et dans les ;royances des personnages. Celle-ci est peu accessible à un )oète moderne en général : elle semble interdite surtout L un poète anglais, imbu des opinions, des coutumes, des )réjugés nationaux. Walter Scott lui-même, l'admirable ;onteur qui possède si bien tous les 'secrets de la transfornation dramatique, n'a pu complètement y atteindre.

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