‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de laChapitre 49 sur 103 · Pcrcy Bysshee Shclhy · texte numérisé non relu

Pcrcy Bysshee Shclhy

218 LANGLETERRE.

Tironnent ta flottes et nages; ta es la joie même, la joie Tivanle daoi iM son premier essor. L^

Dans la pourpre p&le da soir se baigne ton vol ; ta vas t'y fondre comme Tétoile se fond dans la clarté da grand jour ; mais qaand mes yeux ont cessé de te voir, j'entends ton cri délirant.

Tu chantes conmie un poète caché dans la lumière de sa pensée chaQle d*élan des hymnes spontanés, jusqu'à ce qu'il entraîne le monde à la sympathie pour des espérances et des craintes que personne ne soup* connaît.

ta

Shellcy est le poète du vague, de l'indécis : il aime formes fuyantes où se confondent dans un mélange enivrant les couleurs, les parfums et les sons. Métaphysicien sans système et sans méthode, panthéiste d'instinct, athée par prétention, artiste par toutes les aspirations de sa nature, il fut peut-être, dit M. Graik, le plus haut génie de son époque, si toutefois Goleridge ne lui dispute cette gloire. Mort à Tâge de vingt-neuf ans, Shelley a produit pendant une si courte carrière des œuvres remar(piables par la quantité, et plus encore par le mérite. Sa Reine Mab^ qu'il écrivit au collège à dix-huit ans, poème très inférieur aux œuvres de ce qu^on peut appeler sa maturité, était au moins une riche promesse. En moins de sept ans il publia Alastor ou C Esprit de la solitude^ la Révolte d^lslam^ poème en douze chants ; les drames de Proniéthée délivré, les Cenci et Hellas ; le conte de Ro^alinde et Hélène; Le Masque de P Anarchie; LaSensitive; Julian etMaddalo; La Sorcière de P Atlas, Adonaïs; Le triomphe de la vie; Epipsychidion; sans compter beaucoup de poèmes plus courts et diverses traductions ou imitations des poètes anciens et modernes.

Jamais peut-être, dit M. Graik^ Tâme d'un homme ne versa un torrent aussi abondant, aussi varié de riche poésie. Ajoutons qu'on ne peut reprocher à l'auteur ni précipitation ni négligence. Avec toute son abondance et sa facilité, Shellëy fut un écrivain soigneux, scrupuleusemont atlealif à l'eiTet des moV^ el di^^ ^^W.^^<&^ ^^^^MVxmé

adonner la dernière touche à tout ce qu'il composait. Ses oeavres, même les dernières, présentent, il est vrai, une certaine indécision de forme, un nuage semi-obscur qui masque les contours de la pensée ; mais il ne faut pas prendre ce caractère pour un défaut de maturité : c'est l'extase de la rêverie, trop haute pour la parole, et dans laquelle sa poétique nature trop subtile, trop sensitive, trop voluptueuse aimait à se dissoudre et à se perdre. La majeure partie de l'œuvre de Shelley a une grandeur mystique qui la rend chère à quelques adeptes et en éloigne la grande masse du public.

Walter Scott et Byron furent les deux derniers grands poètes européens de l'Angleterre. A leurs côtés déjà on tournait curieusement les yeux vers la vieille patrie saxonne, qui venait de se réveiller à la gloire littéraire : Goleridge et Shelley sont déjà des poètes allemands. C'est à TAllemagne qu'est maintenant la parole.

En prenant ici congé de l'Angleterre, nous devons rappeler l'influence considérable que sa littérature exerça sur la France^. Notre dix-huitième siècle tout entier en reçoit l'impulsion. C'est à Londres que Voltaire, le roi futur du siècle, va chercher la liberté de penser et l'audace d'écrire ; c'est d'Angleterre qu'il rapporte la philosophie de Locke et les découvertes scientifiques de Newton. Rousseau est aussi un disciple de Locke, mais un disciple qui ajoute aux enseignements du maître la passion et la flamme. Montesquieu prend pour idéal politique la constitution anglaise; il l'explique, lui prête la logique de son esprit; et, grâce à lui, ce qui fut un accident local devient un système de gouvernement accepté plus tard par toute l'Europe. Au-dessous de ces grands écrivains, tous les hommes de lettres ont les yeux tournés vers la même source de

1. Nous avons cherché, dans notre Histoire de la littérature fraru çaise (chapitre xxxviu), à donner un apcrqu 4i c<iU^ \ûû»a^ça. <i^ idées et des œuvres de i'Angleterre.

lumière. VEncyclopédie est fille de l'Angleterre ; elle pour ancêtre le chancelier Bacon. Diderot et d'Alemberl Helvétius, d'Holbach, La Mettrie, sont les héritiers, le continuateurs exagérés des Locke, des Gollin, des Tindal des Bolingbroke.

L'imagination anglaise s'acclimata en France avec plu de difficulté et de lenteur. Shakspeare fut longtemps pou nous une énigme insoluble, un attrait et une épouvante Voltaire, tour à tour, éleva sa statue et la traîna dans 1 boue. Pour que nos écrivains le sentent et l'imitent, ilfai arriver au dix-neuvième siècle, à Ducis, à Casimir Del vigne, puis à Alfred de Vigny, à Emile Deschamps, à tout

l'école romantique.

A cette époque, d'autres grands poètes anglais s'imp( seront aussi à l'admiration des nôtres. Tous nos romai ciers voudront imiter W^alter Scott, tous nos poètes s'il spirer de Byron et de l'école des lacs.

En attendant cette renaissance de lïmaginationfrançais< nos poètes secondaires du dix-huitième siècle imitent e quelques points la libre allure du théâtre anglais, son mé lange des genres, son réalisme. Diderot importe sa « tra gédie bourgeoise », La Chaussée, sa « comédie larmoyante » Destouches, ses ternes intrigues. Le sentiment de i^ nature, l'amour des champs, cette chose si anglaise, qui produisit Thomson, essaye de passer le détroit et produit, sur notre sol encore mal préparé, la poésie descripiive, Saint-Lambert et Delille.

Une partie prosaïque et bourgeoise de l'art d'écrire nous vient de l'Angleterre affairée et pressée de vivre : la revue périodique, ce livre de chaque mois, le journal, cette revue de chaque jour, le roman de mœurs, cette révélation du foyer et de l'individu. Ces genres nouveaux et pl^' béiens obtiendront des deux côtés de la Manche un long et immense succès.

La France avait donc acceçl^^kVaL ^\i du dix-huitièm^

siècle, l'héritage de trois littératures voisines et tour à tour dominantes : de Tltalie, elle avait reçu l'éveil de la Renaissance, Télcgance et la grâce un peu factice de la diction; de TEspagne, l'éclat de l'imagination avec la noblesse parfois emphatique des sentiments et du langage; de l'Angleterre, la hardiesse de la pensée et du stylo qui l'exprime. Elle s'était assimilé tous ces emprunts, avait fondu ensemble tous ces métaux, en marquant l'alliage du coin de son propre génie. 11 lui restait, au début de notre âge, à demander à l'Allemagne l'intelligence vraie de l'antiquité et la largeur trop souvent brumeuse de ses horizons.

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