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Hcllnor, ouvrage cité, tome V, page

2. Ghristiane Yulpius ne devint l'épouse légitime (!o Gœthe qu*en 1806, le premier dimanche qui suivit la bataille d'iéna. Ghristiane avait montré un grand courage à l'arrivée des troupes françaises } elle avait même, s'il en faut croire Riemer, sauvé la vie à Gœthe.

3. On trouvera une savante et judicieuse appréciation de ces travaux dans le livre de M. Ernest Faivre : Œuvres scietiti/îqucs de Gaiht

analysées et appréciées ^ lSO!t,

GŒTHfî, PÉRIODE WEIM ARIENNE. 287

lie vigueur à sa verve poétique : pendant son voyage e, en 1787, était venu à Weimar, sur l'invitation du -duc, un jeune Wurtembergeois, dont les débuts dénies plus belles espérances, Tauteur déjà célèbre des ncte, de Fiesque^ d* Intrigue et amour. Gœthe, qui ne issait de lui que ses ouvrages, se sentait peu de thie pour l'auteur. Sorti lui-même de la période ut et (Tirruptioriy établi en paix dans la région ia 3ereine de Tart, Fauteur àlphigénie^ voyait avec remettre en question le progrèrs qu'il avait accompli \ Werther^ glorifier la passion violente, le langage latoire, l'insurrection sociaie et littéraire de Charles

[lier, de son côté, admirait Gœthe sans l'aimer et sans r le voir : « Être souvent avec lui, écrivait-il, me lit malheureux : il n^a pour ses amis intimes aucun lement.... Je crois que c'est un égoïste au suprême ... Je le déteste.... »

;e antipathie réciproque devint, quand ces deux es se connurent, une intime et tendre amitié. Leurs ices opposées se complétèrent, se servirent mutuelle- Tappui, comme les deux moitiés d'une voûte. Goethe 3unit au contact de cette jeunesse ardente : « Ce fut moi, dit-il, un nouveau printemps, où tout germa et ouit avec une heureuse fécondité. »

premier fruit qu'il recueillit de cette intimité fut la tion de finir et de donner au public une œuvre qu'il longtemps, selon sa regrettable coutume, laissée dornachevée dans ses cartons, Les années d'apprentis^ de Wilhelm Meister. Commencé en 1777, repris ^2, continué dans les trois années suivantes, ce roman l'instigation incessante du nouvel ami, terminé et mé en 1796.

iller le lut avec une admiration. eiiç.^«»^vî^ ^<i.\v.Vr^\.\^ \ oavait un art de peindre la vV^, âi^ \^Y^^à.\î\\.^ ^\x.^-

^4 Vallemagse,

iammi ai poétiquement k réalité, dont loi-même n^tTait ^^ pdM mtuif^ trouvé le secret. « J'ai lo, oo plutôt déroré le

IiThmï^f livre de WiUielm Meisler^ écrit^là l'antenr. Cette iictiire m'a causé un bonheur que j^éprouve rarement et qua vouM seul pouviez me procurer.... » Un mois après, il éerivait encore : « Le sentiment que me cause la lecture de cette œuvre augmente à mesure que cette lecture se

Erolonge; et je no puis le dôGnir qu'en le comparant au ien-èlro InolVablo que nous éprouvons lorsque nous nous sentons parfaitomont sains de corps et d'esprit. »

Ua olmrnio du vrai dans les personnages et dans le style, qui M*umpuralt si pufssammont de Schiller, existe en effet dauH Willwhn MeiHtci\ mais ne suffit pas à nos yeux pour en fuiru un oho^d'œuvre. La composition du roman est diructueuse : lo sujet n'offre qu'un intérêt médiocre; TintrlgUD, lâche et flottante, se ressent trop de sa lente croissauce, Kn vain cherche-t-elle à se ranimer vers la concluaiou par Tinallendu et par les apparences du merveilleoi: elle n'aboutit souvent qu*à Tincohérent et rinvraisemblahle. Le style màmey en prenant ce terme dans sa plus haute aiguification» est plutôt celui d'un penseur que d'an fiMuaucier. Qo^lbe résume plus qu'il ne peint : il lacoate ae» ^M^iH^coduage» au lieu de les &ire agir. U dit ce qnlls wxl ^t; il ne tee ittv>ntre pas à FceuTte^ H parie sonveit t^^iu^U;)^ par leur )M>ucke> el Terse^ dass leors ksgnes <^^M)^veir<^ùo«!^ toute soa expêrtesce de k vie^ toutes ses ¥il<m^ et de» idéee $ouv^stt Ir^ profindes^ sizr Fart^ ssr b ib^tr^x ^^t k «toorate^ $ur la société. Os serait tentes £9sçr l^er WUMtf^ 3iifi$^ li^ r<if^^ia<jtt^ des cuntttdifflBs et des WiMibee^ Wur^^^oiâ^ attemaoBcb. Cest fOdpsee dfvi^ fis dt iMii^iUe ((ui ^^é^rend d'^tu» actrice,, se fiû( actmxr IiQ-mâEnSy ^^ de têfon»er le d^itre d abard^ puis In msmds jê^ la IJM&r^: et ettfiii: <&se$péraat dss comé^fiens em giénéndl et ii^ 9e^ pr^^pres^ talents^ ^céms^^usï» em fartktdlerv contxs an

GŒTHE, PÉRIODE WEIMARIENNB. 289

absence, lui ouvre facilement l'accès, et embrasse une honnête profession.

Gœthe, lui-même, en parlant de son ouvrage, nous dispense d'un jugement, a Vers la fin d'août (1796), écrit-il, je me suis débarrassé enfin d'un fardeau bien cher, mais bien lourd : j'ai envoyé à Unger (le libraire) le dernier livre de Wilhelm Meister. Depuis près de six ans, je ne m'occupais presque plus qu'à revoir et à corriger cette conception dé ma première jeunesse. Elle restera toujours une œuvre incalculable, qu'on la considère dans son ensemble ou dans ses détails. Moi-même je cherche vainement aujourd'hui, pour la juger, une échelle de proportion qui puisse lui être appliquée. »

Ce qui est incontestable, c'est que le génie poétique de Gœthe s'y révèle par de fortes empreintes. Parmi cette foule de caractères si variés et si vrais qui paraissent sur la scène, la naïve Marianne, la légère et dévouée Philine, la tendre comtesse, l'active et raisonnable Thérèse, l'ad- Hiirable et parfaite Nathalie, on est frappé d'étonnement par l'apparition mystérieuse du harpiste, solennelle figure qui rappelle les victimes de la fatalité antique, et surtout par la ravissante peinture de Mignon, si idéale, si céleste dans ses regrets et dans son naïf et violent amour.

La portée morale et philosophique du roman n'est pas moins excellente. Cette longue histoire n'est autre chose que ce qu'un grand romancier anglais, Charles Dickens, uppelle si bien la « discipline du cœur ». L'ascétisme du moyen âge avait dit : le plaisir est un mal; l'école d'assaut et d'irruption^ Gœthe lui-même dans Werther ^ dans GoëtZj dans le premier Faust, avaient répondu : la jouissance illimitée est le droit du génie; Wilhelm Meister rassemble et concilie ces deux affirmations excessives. La passion, dit-il, pour être un droit et un bien, doit chez tout le monde, génie ou créature vulgaire, se renfermer dans les limites de la raison et du devoir, TdV^ ^^\. ^^^^>:vss:^v^

UTT. SEPT, V^

t90 l'allemagxe.

la coiiTiction intime de Gœthe, le principe qui dirige sa ▼ie, et pénètre toutes ses grandes compositions. Iphxgénky Tatso dérivent de cette pensée; WiÛielm Meister la formule. Wilhelm est un Werther guéri, qui cherche lapai- •ement de la passion non plus dans le suicide mais dans Tétude du vrai et dans l'activité d'une vie utile.

L'amitié de Gœthe et Schiller grandissait de jour en jour. C'était la plus noble liaison qui pût s'établir entre deux hommes; elle reposait sur une estime réciproque, un échange continuel d'idées, une ardente émulation dans la poursuite d'un même et noble but. Ils travaillaient enMemble, s'emparaient ensemble de leur public, déblayaient lo terrain en repoussant d'un violent coup de coude leurs adversaires et leurs envieux. Témoin la grande « bataille dos Xénies^ » VAlmanach des Musses de Schiller publiait, en 1797, plus de six cents épigrammes, dont les plus acôréos étaient l'œuvre du doux Schiller. Lui-même compare ingénieusement les Xénies aux renards à la queue allumée, que Samson lâcha autrefois à travers les moisbons mûries des Philistins.

Schillor avait ranimé la verve poétique de Gœthe : il lui demanda, pour son recueil périodique intitulé les heures^ quelques pièces de poésie. Cette sommation affeo tuouHe détermina chez Gœthe une nouvelle floraison de ballades. « Je les avais depuis longues années dans l'esprit, dit-il ; elles m'occupaient comme d'aimables images, comme de beaux rêves qui venaient, disparaissaient, et avec lesquels mon imagination s'amusait à jouer.... Quand elles furent écrites, je les regardai sur le papier avec un

1. Un« X^iV était un présent que, chez les anciens, ThAte offrait i ion invité. Martial donna ce titre à une série de distiques où il passait on rtvue lea meU les plus délicats que ses lecteurs, disait-il, pouvaient <mvov«r à leurs amis. — Plus d'un, parmi les invités de GÔeUie et di

SchUm^ M eertieai volouUtn ^is&^ éA v«<it% cadeaniz.

tentiment de tristesse. Il me semblait que j'allais me éparer d'un ami hien-aimé. »

L'année 1797 fut pour Groethe une des plus fécondes, elle où il composa le plus de poésies lyriques. Schiller appelait a l'année des ballades ». C'est à cette époque u'il^ faut placer entre autres La fiancée de Corinthe^ Le ieu et la bayadèt*ey L'apprenti sorcier et les quatre ièces connues sous le nom de La belle meunière.

Dans cette même <c année des ballades », Gœthe ménagea son ami une magnifique surprise • il conçut et composa bez Schiller, dans sa maison d'Iéna, à ses côtés et à son isu, un admirable récit poétique, « la véritable épopée de Allemagne moderne », Hermann et Dorothée. C'était époque où commençaient à s'agiter les questions homeques ; Gœthe venait de lire les Prolégomènes de Wolf, t il ne repoussait pas l'idée que chaque chant de VIliade t de V Odyssée pût avoir été composé par un poète diffémt. Il se félicitait d'être débarrassé d& ce grand nom 'Homère, et s'abandonnait à l'ambition plus accessible de evenir lui aussi un homéride.

Malgré ses admirations classiques vivifiées par son voyage 'Italie et de Sicile, il se garda bien d'aller chercher dans antiquité le sujet de son poème : c'est en Allemagne, est dans la petite ville voisine (Umenau) qu'il en choisit les éros. C'était imiter véritablement Homère. Un aubergiste, n pharmacien, un pasteur, un brave garçon, fils de l'hôîlier, une pauvre jeune fille qui, avec les siens, fuit evant l'invasion ; voilà les personnages de Gœthe : c'est e la réalité la plus vulgaire qu'il sait faire jaillir l'idéal. 4a poésie, pensait-il, est partout dans le monde; il ne 'agit que de l'y trouver. Pour cela, il suffit à Gœthe de lacer ses personnages en face de devoirs délicats, réels lourtant^ hïstonqucs s'il se peut, cl àû Ti^we» \SiW5\\^^ ^Rk

que les événements inspirent à chacun d'eux de courage ou de tendresse.

Le poème s*ouvre par un tableau flamand de la vie commune. Assis à la porte de Tauberge, fumant et buvant à loisir, les interlocuteurs s'occupent gravement de leurs petites affaires, de leur commerce, de l'avenir de fleurs enfants, des rocailles de leur jardin, de l'enseigne de leur boutique. On sourit avec le poète à l'image de cette placidité bourgeoise, quand tout à coup il nous arrache aux petitesses et aux amusants commérages de la petite ville : il fait entrer en scène des malheureux, des exilés, victimes d'une guerre terrible. Il introduit parmi eux une créature d'élite, et aussitôt les minuties de la vie vulgaire disparaissent. Hermann, le jeune garçon loyal mais indolenty se sent élevé au-dessus de lui-même. Il éprouve un ardent désir d'amener à son foyer, sous le toit maternel, la courageuse Dorothée, qu'il a vue si dévouée, si simple et si modeste au milieu de tant de souffrances. L'aubergiste, père de Hermann, finit par accejpter avec émotion le choix du jeune homme. Ces âmes honnêtes n'étaient qu'assoupies : une circonstance imprévue, l'apparition d'une femme de grand cœur et de grand courage a fait jaillir en elles la source latente des sentiments généreux'.

Le poème à* Hermann et Dorothée^ composé en quelques mois, et fondu d'un seul jet, fut accueilli avec enthousiasme par toute l'Allemagne. C'est, dit avec raison M. Bossert^, un de ces rares joyaux, comme chaque littérature en possède quelques-uns, mais quelques-uns seulement. »

Si cette charmante idylle épique s'épanouit en moins d'une année, le grand poème de FaTÀSt occupa presque toute la vie de son auteur. « Voilà plus de soixante ani^

L Mézidres, ouvrage cité, tome II, page 81.

2» A. bosseri^ Gœliie et iSclUller.

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que j'ai conçu Faust, disait Gœthe dans sa dernière lettre à Guillaume de Humboldt; j'étais jeune alors, et j'avais déjà dans Tesprit, sinon toutes les scènes avec Ipur détail, du moins toutes les idées de Touvrage. Ce plan ne m'a jamais quitté; partout il m'accompagnait doucement dans ma vie, et, de temps en temps, je développais les passages qui m'intéressaient à ce moment même. » Le drame de Faust est donc toute la vie intellectuelle de l'auteur, la traduction poétique de ses sentiments et de ses idées.

Le sujet était donné par la légende : vers la fin du moyen âge et au commencement de la Renaissance, Faust était un héros populaire en Allemagne. On personnifiait en lui l'esprit de révolte contre la foi chrétienne. On lui attribuait un pacte avec les puissances infernales, une vie déréglée et une mort terrible. Cette tradition s'était répandue sur toute l'Europe : nous avons vu le poète anglais Marlowe en faire le sujet d'une émouvante tragédie. Gœthe enfant avait frémi à la représentation de la damnation du docteur emporté par le diable sur un théâtre de marionnettes.

Mais, dans son poème, Gœthe, conservant le cadre des événements, en changea l'esprit. Faust devint le penseur, des temps modernes, le frère puîné de Werther, le véritable fils de l'époque d'assaut et dHrruplion. Puis grandissant sans cesse, comme le poète qui l'avait conçu, il fut l'image, poétique de l'homme de tous les temps, la tragique arène de la lutte éternelle entre les aspirations infinies de notre âme et les limites douloureuses de notre condition mortelle.

Le docteur Faust a passé de longues années dans son cabinet et sur ses vieux livres : il sent que cette science aride n'est ni la vérité ni la vie. Il évoque par des formules magiques l'Esprit de la nature, qui lui apparaît, et d'un mot dédaigneux le replonge dans son déses^Qvt. ^^îs»&\. cherche alors dans Je suicide, non nn. \^ç!t\^ x^Hxx.^^ ^^\sNx^

294 L'AU^EMÂGNE.

les souffrances, mais une issue vers la vérité, vers Tinfini qu'il appelle. Déjà la coupe de poison s'approche de ses lèvres, quand le son joyeux des cloches qui annoncent la fête de Pâques, les chants angéliques de la résurrection le rendent aux souvenirs de son enfance, à Témotion religieuse, à la vie, mais non pas à la paix : la soif de savoir, le besoin de tout connaître brûle à jamais dans son cœur.

Gomme contraste à cette noble et douloureuse aspiration, le poète pose l'amusante figure de Wagner, le studieux famulxjLS du docteur, espèce de Trissotin germanique, très fier de ce qu'il sait, très confiant en ce qu'il espère savoir, dédaigneux du vulgaire illettré, et fervent ^ adorateur des vieux parchemins.

Il place encore comme repoussoir et comme fond dn tableau les plates et vulgaires jouissances de la foule, qui vit, qui s'amuse, qui aime, sans se préoccuper jamais des terribles problèmes dont l'âme de Faust est désolée.

Alors se présente la tentation sous la forme du diable, d'un diable élégant et ingénieux, Méphistophélès, lequel représente les instincts vicieux de notre nature, comme Faust ses nobles désirs. Un pacte est conclu, et le vieux docteur, rajeuni par le breuvage d'une sorcière, va s'élancer à la poursuite de toutes les jouissances du monde. Ce qu'il veut, c'est la vie sans limite et sans frein ; il demande, il exige, lui, être fini et borné, la possession complète de l'illimité, de l'infini.

« Si jamais, étendu sur un lit paresseux, j'y goûte la plénitude du repos, que ce soit fait de moi à l'instant. Si tu peux me séduire au point que je me complaise à moi-même, si tû peux m'endormir au sein des jouissances, que ce soit pour moi le dernier jour j je t'offre le marché.

— Tope!

— C'est conclu! Si jamais je dis au moment : Attarde-toi, tu es si beau I alors tu peux me charger de liens, alors la cloche des morts peut sonner ; que l'heure s'arrête, que l'aiguille tombe, et que le temps soit fini pour moi. »

Lk est le centre, le g^im^ V\\i\. Ôlvx^^xcl^* ^au&x \^^^^^

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pas une tragédie particulière, mais ia grande et universelle tragédie, le problème de la destinée humaine, Tinsoluble contradiction d'une âme qui s'élance vers l'infini, et que son invincible nature ramène sans cesse à la terre.

Ainsi conçu, le plan du drame exigeait que le poète fît passer son héros par toutes les jouissances de la vie active. De là une succession indéfinie de tableaux, ou pour mieux dire de tragédies particulières, enchaînées par une même idée.

Il lui fait traverser d'abord la taverne grossière el bruyante d'Auerbach, peuplée d'étudiants de Leipzig, qui s'injurient et s'enivrent. Ce n'est qu'une variante médiocre de la Promenade du jour de Pâques, que Goethe composa plus tard, et inséra dans une scène précédente, sans toutefois supprimer celle-ci. Faust en sort dédaigneux et dégoûté.

Son guide infernal le livre ensuite aux séductions de l'amour, aux jouissances les plus enivrantes de la volupté. C'est ici que le grand poète se révèle, en dessinant l'impérissable figure de Marguerite (Gretchen). Goethe a incorporé dans cette création ses souvenirs et ses émotions les plus délicieuses ; toutes les jeunes filles du peuple qull a connues et aimées (Marguerite de Frankfort, Annette Schœnkopf, Frédérique Brion, Charlotte Buff) viennent prêter leurs traits les plus purs à cette immortelle image. En lui laissant toute la simplicité de ses habitudes, toute la naïveté de sa pensée, Goethe l'environne d'une radieuse auréole de poésie; il place en elle ce charme idéal, que la réalité offre si rarement, et que le grand artiste peut seul lui donner. « Les femmes, disait Goethe lui-même, sont des coupes d'argent dans lesquelles nous mettons des pommes d'or. »

Contraint ensuite de briser cette coupe que Faust a profanée, Goethe la purifiera au moins par la souffrance^ car Je remords, par le supplice, par Y&l^TTi^Y ^^x^qtû.* ^Jcc^s^^

gradation douloureuse dans la rencontre au bord de la fontaine, dans la prière à la Vierge sur les remparts, dans la cérémonie funèbre de la cathédrale, enfin dans la scène déchirante du cachot, où Marguerite, qui a perdu la raison, conserve encore son amour, et refuse dans son égarement la liberté que son bien-aimé lui apporte et qu'elle ne saurait plis comprendre! Cette situation est sans contredit la plus dramatique que Gœthe ait jamais conçue, et Tune des plus pathétiques qu'un poète ait jamais mises en scène.

Avec elle finit la Première partie de Faust. Mais le sujet n'était pas épuisé. « Marguerite est jugée 1 — Marguerite est sauvée ! » Son séducteur doit lui survivre et traverser bien d'autres épreuves avant d'arriver, lui aussi, au pardon. Mais où trouver désormais un intérêt aussi puissant? Que nous importent les Cours, les empereurs, les mythes, les symboles, l'Hellade tout entière et même sa divine Hélène? Ces images surabondantes et confuses échappent à toute unité. Ce sont des tableaux, et qui pis est, des allégories : ce n'est plus un drame. Schiller, malgré son admiration pour l'œuvre de son ami, signalait lui-même ce grave défaut à mesure qu'elle grandissait sous ses yeux. « J'éprouve le vertige, écrit-il, quand je songe à un dénouement... Ce qui m'inquiète surtout, c'est que, d'après son plan, le poème de FavLSt exige une grande quantité de matières, pour qu'à la fin l'idée puisse paraître complètement exécutée; or, je ne connais pas de lien poétique assez fort pour contenir une telle masse d'événements. » — « Vos remarques sur Faust j répondait Gœthe, s'accordent parfaitement avec mes projets et mes plans. Je vous dirai seulement qu'avec cette composition barbare je compte me mettre à mon aise... Je tâcherai que les parties soient agréables, amusantes, et puissent donner à penser : quant à l'ensemble, ce ne sera toujours qu'un fragment. »

Tel fut le sort de la pluçaiV. 4ea œvx^T^^ ^^ ^ai\.Wi.^ da^

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lus longues surtout : la pensée surabonde et fait éclater L torme; le philosophe gâte le poète. Ses deux ouvrages is plus importants, le poème de Faust et le roman de Vilhelm Meisler sont les plus défectueux par la disposion générale. C'est surtout dans les œuvres courtes, pontanées, improvisées ou coulées d'un seul jet, comme es poèmes lyriques, comme son Hermann et Dorothée^ u'éclate sa supériorité. S'il est plus grand ailleurs, ici il este plus parfait, plus immortel.

Si dans notre rapide revue des littératures nous n'adlettons en général que les grands noms, dans les grands crivains eux-mêmes nous ne pouvons signaler que les îuvres principales. Goethe, ce roi intellectuel de son siècle, e Voltaire de TAllemagne, si différent du nôtre, lui est onaparable pour sa longue vie et son inépuisable fécondité, ^rivé par la mort prématurée de Schiller d'une tendre et tile amitié, il reprit seul et avec courage la route que, endant quinze années, ils avaient parcourue ensemble, rœthe avait alors cinquante-quatre ans ; il continua d'être n esprit de premier ordre, un savant, un penseur, et nême un grand poète, comme le prouvent ses Sonnets^ on Divan orient-occidental^ son Retour de Pandore^ son oman des Affinités électives ^ ses continuations de Faust t diQ^WilhelYn Meistevy etc.; seulement ce grand esprit, •béissant à la loi inviolable du temps, avait, non pas [écliné, mais changé. La première sève de l'imagination vait donné toutes ses fleurs : la pensée, la réflexion mûrisait maintenant ses fruits. Les œuvres d'art n'étaient plus [ue le voile léger de ses idées. L'allégorie, le symbolisme, irédominaient dans ses écrits sur la naïve peinture, omme la philosophie envahissait dans l'auteur le domaine le l'imagination. Le poète se transformait en penseur : lœtho était trop vrai, trop sincère dans son style pour [ue ses compositions n'accusassent pas cette transformaion. D'ailleurs Schiller n'était plus Yk^^\ix>LVï^\>ctt \\is^^

longue habitude d'admiration imposait au public tous ses caprices; l'Allemagne Técoutait avec reconnaissance ; l'Europe entière prononçait son nom avec respect. Napoléon, en 1808) l'avait retenu pendant une heure, à une époque où les souverains de l'Allemagne sollicitaient comme une faveur quelques minutes d'audience. « Vous êtes un homme », lui avait dit l'empereur, et il avait placé, sur la poitrine du poète allemand, la croix de la Légion d'honneur.

Pour entrer de plain-pied dans la gloire, Gœthe n'avait plus qu'à mourir. Il mourut, ou plutôt s'endormit dans 'son fauteuil le 22 mars 1832, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

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