‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 20 sur 107 · Yillemain, Journal des Savants j mars · texte numérisé non relu

Yillemain, Journal des Savants j mars

sir. Il empoisonne tout un couvent, y compris sa fille qui s'y est réfugiée. Il livre Malte aux Turcs et complote un vaste massacre qui doit exterminer les Turcs victorieux. Mais loin d'augmenter Témotion, cette accumulation d'horreurs l'affaiblit et l'arrête. Le juif de Marlow n'est plus une créature humaine dominée par une vraie passion, c'est une machine à meurtres qui frappe, mais ne vit pas, qui écrase par une froide nécessité tout ce qu'atteint son engrenage. Shakspeare a su tirer l'argent du plomb vil : il a montré dans son Shylock ce que devaient être au moyen âge la haine et la vengeance d'un juif vrai et vivant.

La plus célèbre et la plus puissante des œuvres de Marlow c'est La vie et la mort du docteur Faustus^j vieille légende du moyen âge à laquelle le génie du grand poète allemand a donné l'immortalité. Ici, comme par un pressentiment du nom glorieux que ce drame unirait un jour au sien, le dramaturge anglais s'est surpassé lui-même : en dépit des scènes bouffonnes trop nombreuses qu'il a cru devoir accorder au goût de ses spectateurs, il a conçu un caractère et une action vraiment tragiques. Il faut le dire après Villemain, quoique cette assertion ressemble à une irrévérence : le Faust de Marlow est plus dramatique que celui de Goethe. L'un et l'autre, avides de savoir et de jouissances, vendent leur âme au diable en échange de la science et du plaisir. Mais le Faust anglais est bien plus croyant et par conséquent bien plus ému que l'allemand : il tremble, il hésite dans son marché infernal ; il éprouve sans cesse des commencements de remords; et à la dernière heure le dénouement fatal, la prise de possession du docteur par le démon, est un spectacle bien plus terrible que l'indulgente et splendide amnistie accordée par la philosophie de Gœlhe à son coupable héros.

Nous sommes au terme de la vingt-quatrième année du

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