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Jonson se moque, comme notre Boileau, du langage prétentieux et emphatique des auteurs de son temps. Il tourne en ridicule Tenflure du dranje populaire et l'affectation minaudière de la cour, la Tragédie espagnole de Kyd, et VEuphuèsdQ Lyly. Marston et Dekker, deux mauvais poètes du temps, deviennent les héros burlesques de son Poetaster^ où ils figurent sous les noms de Démétrius et de Grispinus. On croirait lire Molière et rencontrer chez lui Vadius avec Trissotin. Les Précieuses ridicules de Londres trouvent chez lui leur portrait ou leur caricature : elles s'éprennent de deux gentilshommes fanfarons, dont elles accueillent les sottises avec autant d'enthousiasme que le feront chez nous Bélise, Armande et Philaminte.
Si Jonson a ses Femmes savantes, il a aussi ses Tartufes : il déclare une guerre acharnée aux puritains, tristes fanatiques du protestantisme, ennemis de la gaieté, de l'esprit joyeux de la vieille Angleterre (merry England)^ qui déjà menaçaient le théâtre et devaient bientôt le renverser. Quand il voit ces personnages austères, avec leurs cheveux coupés, leurs têtes rondes, leurs vêtements sombres comme des habits de deuil, il les désigne du doigt au public : « Ne vous y trompez pas, dit-il; ne les jugez pas sur l'apparence. Ne les croyez pas meilleurs que nous. Ils ont trop d'orgueil pour être bons : ils mettent la vertu dans leur costume et dans leurs cheveux ; mais leur conscience est plus large que l'océan. Ils s'abstiennent de faire des serments, mais c'est pour ne pas tenir leur parole.... * » Il amène sur le théâtre un honnête pasteur chAmeteïdam, qui prétend que le besoin de la sainte cause excuse toute
1. Mézières, Prédécesseurs et contemporains de Shakspeare, Chapitre VI, page 204.