‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 60 sur 107 · Léon Boucher, ouvi'age cité, page · texte numérisé non relu

Léon Boucher, ouvi'age cité, page

2. Né dans le comté d'Ayr en 1759, Robert Burns mourut à Dumfrica en 1196.

delà du temps où je m'y livrais, je passais les soirées selon mon cœur. » Aux champs même il emportait un livre dans sa poche, et le lisait avec avidité. « Le recueil des chansons écossaises était mon vade mecum. Je tenais mes yeux collés sur elles en menant ma charrue ou en allant à pied vers mon ouvrage. » Bientôt Burns composa lui-même, et fut connu dans le voisinage pour un faiseur de vers. Ses poèmes, éclos ainsi en plein air et sur le revers d'un sillon, ont le parfum du miel sauvage. Quelle surprise préparaient aux admirateurs de Pope des chants comme ceux sur le Samedi soir dupaysariy sur Unesouris dont f avais détruit la nid avec ma charrue^ à Un ami qui part^ à Mary des Montagnes, à Mary dans le ciel! Nous.nommons au hasard les premières pièces qui se présentent à notre mémoire. Nous pourrions en signaler cent autres non moins belles, non moins touchantes. Traduisons seulement, comme spécimen, la dernière que nous venons d'indiquer.

Étoile tardive au rayon affaibli, qui aimes à saluer Paube matinale; de nouveau tu annonces le jour où ma Mary fut arrachée de mon àmel

Mary^ chère ombre disparue! Où est ta place de bienheureux repos? Vois-tu ton ami étendu sur la terre ! Entends-tu les soupirs qui déchi^ rent sa poitrine?

. Puis-je oublier cette heure sacrée? Puis-je oublier le bois sanctifié où nous nous rencontrâmes près de l'Ayr sinueux, pour vivre une journée périssable?

L'éternité nWacera pas ces chers souvenirs des transports passés, ton image à nos derniers embrassements. Ah ! nous ne pensions guère que c'était le dernier 1

L'Ayr murmurant baisait les cailloux de sa rive, ombragé de bois sauvages à Tépaisse verdure; le bouleau odorant et la pâle aubépine s'entrelaçaient amoureusement autour de cette scène ravissante.

Les fleurs poussaient lascives pour être foulées; les oiseaux chantaient l'amour sur chaque branche, jusqu'à ce que, trop tôt, le couchant en feu proclamât la fuite rapide du jour.

Toujours ces souvenirs veillent dans ma pensée, qui les couve tendrement avec un soin avare. Le temps ne fait que rendre leur impression plus profonde comme les ruisseaux creusent plus profondément leur lit.

Ma Mary, chère ombre disparue, où est ta place de bienheureux repos 1

UTT. SEPT. 13

Vois-tu ton ami étendu sur la terre? Entenda-tu les soupirs qui déchirent sa poitrine ?

En lisant cette pièce, dont une traduction n'a pu effacer toute la beauté, on se souvient des sonnets de Pétrarque sur la mort 4e Laure, que Burns certainement n'avait pas lus 5 on pense surtout au Lac de Lamartine, dont l'auteur ne connaissait probablement pas les poésies de Burns. Sous tous les climats et dans tous les âges, la nature, l'inspiration poétique se reproduisent et parfois se ressemblent.

A côté de ces délicatesses d'âme, à côté du rêveur qui se détourne de sa route pour ne pas effrayer un oiseau qui chante, pour ne pas froisser une branche d'aubépine qui fleurit*, il y a le joyeux compagnon animé d^une folle gaieté qui réclame en faveur de l'instinct et de la jouissance, qui poursuit volontiers le plaisir sous toutes ses formes. Il est comme il lô dit lui-même, « un païen non régénéré ». Avec quelle verve, comme et mieux que notre Béranger, il chante les Gtieitx^, dans son grossier chef-d'œuvre! Comme il les voit avec amour « trinquer et rire, crier et se démener, cogner et sauter tant que les tourtières résonnent! » Burns est lui-même un truand de génie, une sorte de Villon écossais, vulgaire et pathétique, attendri et violent, religieux et indévôt, curieux mélange de tous les extrêmes, énigme apparente qui s'explique par un seul mot, le naturel et la passion.

Nous trouvons aussi en lui le poète grave et énergique, le plébéien révolté, dont l'âpre accent rappelle celui de Jean-Jacques Rousseau. Il s'indigne « de voir un individu que sa capacité aurait élevé tout juste à la dignité de tail-

. I listened to the birds, and frequently turned out of my path, lest I should disturb their little songs or frighten them to another station. Even the hoary hawthorn twig that shot across the way, what heart, at suth a time, but must havc been interested for his welfare?

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