‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 81 sur 107 · Ibidem^ page · texte numérisé non relu

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l'insurrection littéraire. 271

•a carrière les plus fécondes, les plus abondantes en idées, en inspirations, en essais poétiques. Outre Goëtz et Werther^ elles produisirent les drames de Clavigo et de Stella, le commencement d'Egmont, les Farces et jeux satiriqueSj l'esquisse de Mahomet et du Juif errant, Prométhée, une foule de lieder et de ballades, et, ce qu'on néglige souvent de porter à l'actif de ces trois belles années, la puissante création du Faust, déjà arrivé alors à la forme sous laquelle il parut pour la première fois dans le fragment de 1790. a Le besoin de produire, écrit Goethe au quinzième livre de ses Mémoires, ne me quittait pas un instant : ce que j'avais observé pendant le jour se formait la nuit en rêves coordonnés, et dès que j'ouvrais les yeux, m'appalaissait ou comme un tout nouveau ou comme une partie de l'ouvrage commencé. » Jamais le phénomène psychologique de l'inspiration ne se manifesta plus clairement. Quelquefois la production débordait la mémoire : un poème naissait et s'effaçait avant d'être écrit. Pour éviter ces pertes, Gœthe s'élançait souvent hors du lit, courait à son pupitre et, sans prendre le temps de redresser le papier, s'il se trouvait de travers, écrivait d'un seul jet son poème, d'un bout à l'autre, en diagonale. De cette époque datent quelques-unes de ses plus admirables ballades et chansons, par exemple Le roi des aulnes. Le roi de Thulé, le Chant du Comte prisonnier, Lepêcheur^, Le calme de la mer, Vinnocence, Le sentiment d^automne. Sur le lac. « La franchise du sentiment, dit Saint-René- Taillandier, n'est égalée ici que par la simplicité de la forme. C'est l'âme qui chante, une âme qui a vécu et souffert, mais chez qui les douleurs sont apaisées. Point de cris, point de déclamations, une musique pénétrante et suave. Quelquefois, en deux ou trois strophes, le poète

1. Cette dernière ballade a été supérieurement commentée par Mme de Staël; De P Allemagne^ chapitre xm

dessine des tableaux de la nature qui font penser tour à tour à Albert Guyp et à Claude Lorrain. Qu'on lise quelques-unes de ces pièces et, si Ton peut sentir toutes ks délicatesses du texte original, on comprendra l'espèce de révolution que Goethe a faite dans la poésie lyrique* ^.

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