A. Bossert, GcqUïc et ScIiilUr
GŒTHE, PÉRIODE WEIMARIENNE. . 293
que j'ai conçu Faust, disait Goethe dans sa dernière lettre à Guillaume de Humboldt; j'étais jeune alors, et j'avais déjà dans l'esprit, sinon toutes les scènes avec leur détail, du moins toutes les idées de l'ouvrage. Ce plan ne m'a jamais quitté; partout il m'accompagnait doucement dans ma vie, et, de temps en temps, je développais les passages qui m'intéressaient à ce moment même. » Le drame de Faiist est donc toute la vie intellectuelle de l'auteur, la traduction poétique de ses sentiments et de ses idées.
Le sujet était donné par la légende : vers la fin du moyen âge et au commencement de la Renaissance, Faust était un héros populaire en Allemagne. On personnifiait en lui l'esprit de révolte contre la foi chrétienne. On lui attribuait un pacte avec les puissances infernales, une vie déréglée et une mort terrible. Cette tradition s'était répandue sur toute l'Europe : nous avons vu le poète anglais Marlowe en faire le sujet d'une émouvante tragédie. Goethe enfant avait frémi à la représentation de la damnation du docteur emporté par le diable sur un théâtre de marionnettes.
Mais, dans son poème, Goethe, conservant le cadre des événements, en changea l'esprit. Faust devint le penseur des temps modernes, le frère puîné de Werther, le véritable fils de l'époque d'assaut et d'irruption. Puis grandissant sans cesse, comme le poète qui l'avait conçu, il fut l'image poétique de l'homme de tous les temps, la tragique arène de la lutte éternelle entre les aspirations infinies de notre âme et les limites douloureuses de notre condition morr
telle.
Le docteur Faust a passé de longues années dans son cabinet et sur ses vieux livres : il sent que cette science aride n'est ni la vérité ni la vie. Il évoque par des formules magiques l'Esprit de la nature, qui lui apparaît, et d'un mot dédaigneux le replonge dans son désespoir. Faust cherche alors dans le suicide, non un lâche refuge contre