‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 89 sur 107 · A. Régnier, Vie de Schiller ^ page · texte numérisé non relu

A. Régnier, Vie de Schiller ^ page

2. Ébauché en 1783, Don Carlos n'arriva qu'en 1802 ou même en 1804 k la forme définitive sous laquelle nous le possédons aujourd'hui.

une satire amère de la papauté et de l'inquisition ; deux ans plus tard à Manheim, elle de^venait un drame domestique dans une N famille princière; aujourd'hui, à Dresde, c'est l'Évangile de la liberté des peuples. Des deux premiers travaux le poète n'a conservé que ce qui servait de lien et en quelque sorte de trame aux effusions de son lyrisme politique.

Ce changement de plan amena dans le drame la prééminence d'un nouveau personnage. Le marquis de Posa y jouait primitivement un rôle si effacé, que Schiller ne le mentionne même point dans une lettre contemporaine de la première esquisse, où il énumère les personnages principaux ; maintenant il est le héros des derniers actes, il fiurpa^se et domine Don Carlos lui-même. Malgré l'invraisemblance évidente et l'anachronisme choquant de ses opinions, c'est lui qui fait la grandeur et l'originalité de Tguvrage : « le marquis de Posa est la poésie de l'idéalisme politique. »

Sous sa forme définitive, Don Carlos forme la clôture des drames de jeunesse de notre poète. Il est aux Brigands, à FiesquCy à Intrigue et amour, ce que le terme est à la route. Les trois premiers étaient un combat contre la société présente, celui-ci est un effort vers l'idéal politique de l'avenir, Schiller est devenu le poète de la liberté.

Au point de vue de Tart, Don Carlos est Tune des plus faibles créations de Schiller. Lui-même disait qu une tra gédie doit être achevée en six mois; celle-ci ressemble aux édifices de plusieurs âges dont les assises superposées se combattent et se contredisent. Le poète n'a pas pu réduire à l'umté les éléments divers produits par des temps et des dispositions différentes. De là l'incertitude et la mobilité des caractères, qui, dans la seconde moitié du drame, non seulement perdent toute leur consistance individuelle, mais encore se mettent en opposition avec toutes les lois

de la yraisemblance et de la possibilité. De là le décousu des incidents, la marche confuse et vague de Faction, l'allure fortuite du dénouement, qui, au lieu de naître de Tinévitablc nécessité des circonstances et des rôles donnés, condition essentielle de toute catastrophe vraiment tragique, est produit par des moyens extérieurs, accidentels, par de grossiers malentendus.

Toutefois, même au point de vue de l'art, Don Carlos marque une importante révolution dans le talent de Schiller. Le changement est notable, même dans le style. A Texemple de Lessing, dans son drame de Nathan le Sage, Schiller adopte ici le vers lambique, pour donner à un sujet idéal la noblesse et la dignité de la forme. C'était rompre sciemment avec le naturalisme vulgaire de ses premiers drames ^

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