LA PHILOLOGIE. L'HISTOIRE
indien de Sacontala, Dix ans plus tard Friedrich Schlegel fondait en Allemagne la philologie de Tlnde ; et peu de mois après la publication de Forster, dans la ville même où avait été imprimée cette traduction, à Mayence, naquit (14 septembre 1791) le créateur de la linguistique comparée, Franz Bopp (1791-1867).
L'histoire, moins favorisée par les circonstances politi- ''ques, commençait à se développer, mais avec plus de lenteur: Schiller restait isolé avec ses chefs-d'œuvre. Louis de Schlôzer (1737-1809) fut le précurseur de la nouvelle école historique en Allemagne. Jusqu'à lui l'histoire n'avait été, comme il le déclare lui-même, qu'un amas de faits et de dates, destiné à aider le théologien dans ses études bibliques, et le philologue dans l'interprétation des auteurs grecs et romains : avec Schlôzer elle commença en Allemagne une science spéciale, destinée à éclairer, par l'expérience des siècles passés, la marche et les progrès de l'humanité. Quelles que soient dans Schlôzer les erreurs de système et l'insuffisance du talent d'exposition, on ne peut nier que son Histoire universelle (1772-1773) n'inaugurât une heureuse révolution dans la manière dont on avait jusqu'alors envisagé cette science.
Le Suisse Jean Mûller (1752-1809), disciple de Schlôzer, jouit d'une réputation plus étendue que son maître. Son principal titre est son Histoire de la Suisse (1780 et 1786), qui s'étend depuis les origines jusqu'à l'époque, de la Réformation. Les contemporains eurent pour cet ouvrage une admiration sans mélange. Le sujet s'assortissait à merveille avec le rêve de vie patriarcale que Rousseau avait mis à la mode, avec le ton d'éloquence républicaine qui avait fait la popularité du Gôtz de Goethe, et des Brigands de Schiller. Le moyen âge allemand, si longtemps méeonnU| se développait ici dans toute la plénitude de sa
vie. C'était la première fois que Thistoire en Allemagne prenait les formes et les séductions de Tart.
Aujourd'hui la gloire si éclatante de Jean MùUer s'est obscurcie. Nous savons que, malgré ses prétentions à la connaissance des sources, ses études sur ce point étaient fort insuffisantes ; et quant à la critique que Thistorien doit nécessairement appliquer aux documents originaux eux-mêmes, MûUer n'en a pas même la pensée. Le style de cet ouvrage, quelque brillant qu'il soit, n'est pas à l'abri de tout reproche : l'imitation évidente de Tacite y introduit quelquefois une espèce d'enflure et d'affectation. Un historien moins renommé, mais d'un mérite plus solide est Louis Timothée Spittler (1752-1810). D'abord professeur d'histoire ecclésiastique à Gôttingue, il publia en 1782 son « Abrégé de l'histoire de l'Église chrétienne». Cet ouvrage fait époque : fondé sur une profonde connaissance des faits, sur une étude irréprochable des sources, il offre par sa brièveté, par sa peinture saisissante des hommes et des événements, une lecture facile et attrayante. Exempt de toute polémique haineuse, il se distingue parla des histoires ecclésiastiques qui l'avaient précédé. Spittle>, comme le dit très bien Heeren, fut le premier qui écrivit l'histoire de l'Église non en théologien, mais en historien. A partir de 1782, il se consacra exclusivement à l'histoire politique, publia coup sur coup l'Histoire du Wurtenberg, celle de la Principauté de Hanovre et son Abrégé de Vhistoire des États de VEurope. Ces ouvrages occupeht un rang aussi élevé parmi ceux du même genre que l'histoire ecclésiastique du même auteur. Jusqu'alors l'histoire politique ne s'était guère occupée que des guerres et de la vie des princes; Spittler en fit une étude des hommes, des mœurs et des institutions. Il se montra digne d'avoir pour disciples des écrivains tels que Hugo, Heeren, Savigny, Schlosser,