‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 95 sur 107 · LA PHILOLOGIE. L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA PHILOLOGIE. L'HISTOIRE

chercha dans l'esthétique le germe d'une étude scientifique des œuvres grecques et latines ; il éveilla le sentiment du public à la véritable supériorité des poètes anciens, et fut infatigable dans les travaux qui étendirent cette espèce de critique dans toutes les directions. Ses éditions de Tibulle, de Virgile, de Pindare, font époque dans leur genre : ses leçons souvent répétées sur Homère et sur les tragiques grecs apprirent à ses auditeurs à s'élever audessus de la lettre morte jusqu'à l'esprit de chaque auteur, et à contempler la poésie avec des yeux de poète. A côté des oeuvres de la poésie, Heyne plaça celles des arts plastiques : grâce à lui la science que Winckelmann venait de créer sous le nom d'archéologie de l'art devint une branche de l'enseignement public. Il fut aussi le premier à voir dans la mythologie, non plus, comme on avait fait jusqu'alors, un ensemble de fables inventées arbitrairement par les poètes, mais le produit naturel et le langage nécessaire de l'imagination populaire.

Heyne ne fut pas moins novateur dans ses recherches historiques. Il s'efforça de découvrir, dans Tétude des auteurs, les constitutions politiques, la législation, la vie, les usages et les mœurs de l'antiquité. C'est à Heyne que se rattache Heeren (1760-1842), son gendre, son disciple, dont les Idées sur la politique et le commerce de fantiquité conservent toujours leur valeur. Friedrich Jacobs avec ses excellents travaux est en quelque sorte la fleur et l'épanouissement complet de l'école de Heyne.

Auguste Wolf (1759-1824) alla plus loin que Heyne. Élevé à Gôttingue, professeur à Halle et ensuite à Berlin, sa plus brillante période s'étend de 1783 à 1806 * H ne se

1. De 1783 à 1823, il ne répéta pas moins de dix-huit fois les leçons qu'il avait composées sur r^ncyc/opédie el la Méthodologie^ 9,^X010. la commode et excellente coutume des universités étrangères (Angleterre et Allemagne), et même de nos grandes et sérieuses écoles de France (Droite Médecine, etc.).

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borna pas, comme Tavaient fait Ernesti et l6s plus grands philologues hollandais, à prendre pour but de ses efforts cette précieuse culture de Tesprit que procure Tétude des langues les plus logiques et les plus parfaites ; ni même, comme Heyne, à comprendre et sentir le génie de ces œuvres antiques, qui par leur immortelle et vivifiante jeu nesse, par leur manière à la fois noble et simple d'exprimer le vrai et le beau, seront à jamais les leçons et les modèles des générations futures; ce qu'il étudie dans l'antiquité, c'est l'humanité elle-même, c'est l'homme antique, le type et l'idéal de l'homme: c'est dans la Grèce antique et là seulement qu'il trouve « des peuples et des États qui possèdent dans leur nature les principales conditions propres à former et à développer le vrai caractère de l'espèce humaine... »

S'il ne parvint pas à former un tout, un ensemble régulier de ses aperçus divers, s'il n'a légué à la science que des traités épars et non un système, il n'en est pas moins un des plus actifs promoteurs de la philologie nouvelle. Wolf, selon l'expression de Goethe a laissé ses précieuses paroles s'éteindre sans écho entre les murs d'une salle dô cours; il a relativement peu écrit; mais n'eussions- nous de lui que ses Prolégomènes à Homère (1795), nous devrions encore, quelques doutes que provoquent plusieurs des opinions qu'il expose, le considérer comme l'initiateur le plus puissant non seulement dans l'histoire de l'antiquité classique^ mais encore dans celle du développement général de la pensée. Wolf est le point de départ de cette grande école de philologie qui, pour ûe citer que des noms célèbres et déjà anciens, a produit Gottfried Hermann, Niebuhr, Bœckh, Welcker, Otfried MûUer.

Elle ne devait pas se borner à l'antiquité classique î En 1791, Georges Forster, le grand voyageur et natura- / liste, l'ami d'Alexandre de Humboldt, traduisit en allemand, d'après la traduction anglaise de Jones, le drame

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