Die Oeneiis de» Johannesevangelium
qui ôtait celle d'un Fils unique venu du Père. Le Verbe, devenu chair, c'est Jésus-Christ. Ji-sus-Christ est le Verbe, le Fils de Dieu, aflirme le prologue. L'évangile démontre celte filiation divine et la messianitéde Jésus. Jean-Baptiste atteste que Jésus est le Fils de Dieu, I, 34; Nathanaël le confesse, I, 49. Les premiers disciples croient, parce qu'ils reconnaissent Jésus comme le Messie annoncé par les prophètes, I, 41, 45; Jésus, par son premier miracle, manifeste sa gloire, II, 11. De ses paroles à Nicodème il ressort qu'il est le Fils de l'homme, III, 13, mais aussi le Fils unique de Dieu, envoyé par Dieu dans le monde, pour sauver quiconque croit en lui, 111, 16. Jésus affirme à la Samaritaine qu'il est le Messie, IV, 26; les Samaritains déclarent savoir qu'il est le Sauveur du monde, IV, 42. Les Pharisiens ont compris que Jésus appelait Dieu, son Père, et par là se faisait égal à Dieu, V, 18. Toute la réponse de Jésus, V, 17 ss., prouve qu'il est le Fils de Dieu; même démonstration après la multiplication des pains, VI. 40, qui aboutit à la confession de Pierre, que Jésus est le Messie, Fils de Dieu. De nouveau, Jésus affirme auxJuifsque Dieu est son Père, VIIL 54; à ses disciples, qu'il est la lumière du monde, IX, 5; à l'aveugle-né, qu'il est le Fils de Dieu, IX, 37. Il déclare aux Juifs qu'il est le Messie, V, 25, et ils veulent le lapider parce qu'il se fait Dieu, X, 33, 36. Jésus déclare à Marthe qu'il est la résurrection et la vie, XI, 25, et celle-ci professe que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, XI, 27. Dans ses dernières paroles à ses disciples, Jésus affirme qu'il est dans le Père et que le
I iO HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.
Père est en lui, XIII, 10; que tout ce qu'a le Père est à lui, XVI, 15; qu'il est un avec son Père, XVII, 21, 22. L'auteur résume tout son livre par ces mots : Jésus a fait encore en présence de ses disciples beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et afm que, en croyant, vous ayez la vie en son nom, XX, 30, 31. En admettant même que ces paroles visent directement les miracles, rapportés immédiatement auparavant, on doit reconnaître aussi qu'elles ont une portée plus générale, et qu'elles s'appliquent à l'ensemble de l'écrit.
Le but de l'auteur est ici nettement marqué. Il a écrit pour promouvoir la foi en Jésus, Fils de Dieu et Messie, afin que les croyants aient la vie en son nom. Tout le long de l'évangile il insiste sur la nécessité de la foi en Jésus-Christ et relève avec soin l'incroyance des uns et la foi des autres en Jésus. Jean rend témoignage à la lumière afin que tous croient par lui, I, 1; ceu\ qui croient deviennent enfants de Dieu, I, 12; après le miracle de Cana, les disciples crurent en Jésus, II, II ; à Jérusalem, plusieurs crurent en lui. H, 23; les Samaritains crurent en lui, IV, 39; l'officier de Capharnaiim crut à la parole de Jésus, IV, 50; après la multiplication des pains, il y en a parmi les disciples de Jésus qui ne croient pas, VI, G9; les frères de Jésus ne croyaient pas en lui, VII, 5 ; dans le temple plusieurs de la foule crurent en Jésus, VII. 27; VIII, 30, 31; les Juifs ne croyaient pas en lui,
IX, 18; après les discussions qui suivirent la guérison (le l'aveugle-né, beaucoup crurent en lui, X, 42; la résurrection de Lazare a été opérée pour promouvoir la foi des disciples, XI, 17, et elle est accordée à la foi de Marthe, II, 27 ; les Juifs qui avaient vu la résurrection de Lazare crurent en Jésus, XI, 40; XII, 11; cependant les Juifs ne croyaient pas en lui, XII, 27; plusieurs des chefs crurent en lui, XII, 42; les disciples ont cru que Jésus était envoyé par le Père, XVII, 8, 4. A chaque page de l'évangile, il est affirmé que celui qui croit aura la vie éternelle, III, 36; VI, 67; XI, 25, 40; qu'il ne restera pas dans les ténèbres, XII, 46. Enfin, Jésus déclare heureux ceux qui ont cru, XX, 29. Il ressort encore nettement de ces textes que l'auteur veut faire naître dans l'esprit de ses lecteurs la foi à Jésus, Fils de Dieu et Messie, afin que par cette foi ils aient la vie en son nom.
Ce but dogmatique est certainement le principal, mais ne peut-on pas admettre des buts secondaires, ou tout au moins croire que l'écrit suppose d'autres buts, ou si l'on veut, en atteint d'autres, indépendamment peut-être de l'intention de l'auteur? Passons donc en revue les buts divers que l'on a cru reconnaître dans cet écrit, et voyons ce qu'il en faut retenir.
Remarquons d'abord que nous avons bien là un évangile spirituel, Trveuixaxixov tùay^iXm, ct que Clément d'Alexandrie a exactement caractérisé le livre et son but par cette expression. De plus, il est exact de dire que le IV évangile a réfuté Cérinthe, puisque cet héré-
tique niait la divinité de Jésus-Christ. D'après Irénée ', Cérinthc, soutenait que Jésus, fils de Joseph et de Marie, était un homme semblable aux autres. A son baptême, le Christ descendit en lui sous la figure d'une colombe, et vécut en Jésus jusqu'à la Passion ; à ce moment, le Christ s'était envolé de Jésus, et celui-ci seul serait mort et aurait ressuscité. La première épître de Jean répond encore plus directement à cet hérétique : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ? » I Jn. 11, 22, et cette épître se rattache à l'évangile lorsqu'elle affirme que Jésus le Messie est venu en chair, IV, 2. Le IV* évangile réfutait aussi les Ebionites, négateurs de la divinité de Jésus-Christ. 11 n'a pu avoir en vue les gnostiques, non plus que Marcion, puisque ces hérétiques ont surgi postérieurement, mais on peut dire qu'il les a réfutés à l'avance.
Nous ne pouvons admettre avec Schanz et Batifîol qu'en certains passages fauteur avait en vue les Juifs, qu'il voulait surtout convertir. 11 a, dit-on, nettement aïfirmé l'abolition de la loi mosaïque, VII, 23; le salut par le Fils seul, VIII. 36; déclaré que Dieu serait adoré dans l'Esprit et dans la vérité, IV, 23. En quelques passages se trahit une certaine hostilité contre les Juifs. Jésus devait mourir non pas pour la nation seulement, mais aussi pour réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés, X. 52. Le privilège des Juifs est donc périmé. Remarquons seulement
i. Adv. Ilner. f, 0, 1.
que ces passages sont assez peu nombreux dans l'évangile et tendent surtout à prouver ce que nous avons déjà relevé dans les synoptiques, à savoir que Jésus était venu pour sauver tous les hommes, et non plus les Juifs seulement. C'est à cela surtout que se borne l'antijudaïsme du IV'' évangile. Les Juifs que Jésus combat, sont ceux qui voudraient restreindre le salut à Israël. Si Jean avait voulu convertir les Juifs, au lieu d'en appeler au témoignage de Jean-Baptiste, des apôtres et du Père lui-même, pour établir la messianitc de Jésus, il aurait, quoi qu'en pense Batiffol, montré par les textes de l'Ancien Testament que Jésus était le Messie, attendu par les Juifs. Cette preuve seule aurait pu faire impression sur les Juifs. Or, nulle part, sinon dans le récit de la Passion, le IV- évangile n'en appelle aux écrits de l'Ancien Testament pour établir la messianité de Jésus.
Nous présenterons des observations analogues à ceux qui soutiennent que Jean a écrit contre les disciples de Jean-Baptiste. Il insiste, en effet, à diverses reprises, pour établir que Jean-Baptiste n'était pas la lumière, mais qu'il devait rendre témoignage à la lumière, I, 8; qu'il est le prédécesseur de celui qui était avant lui, I, 15. Jean déclare lui-même qu'il n'est pas le Messie, 1, 20; il est venu baptiser dans l'eau afin de manifester à Israël Jésus, l'Agneau de Dieu, I, 29-31. Plus tard, il déclare nettement encore qu'il n'est pas le Messie, III, 28. La présence de Jésus aux noces de Cana est un contraste avec la vie austère de Jean-Baptiste. Enfin, il est affirmé que Jean n'a point fait de
miracles, mais que tout ce qu'il a dit de Jésus était vrai, X, 41. il est fort possible que tous ces passages visent les disciples de Jean-Baptiste, hostiles à Jésus, et qui, encore au temps de Paul, donnaient le baptême de Jean, Act. XIX, 3. Mais cette polémique transitoire contre les disciples de Jean ne peut être tenue pour le principe directeur du IV^ évangile, car elle se rencontre seulement dans les premiers chapitres.
Enfin, Jean a-t-il eu pour but de compléter les évangiles synoptiques ? Nous ne le pensons pas, bien qu'en réalité il l'ait fait dans une certaine mesure. Jean a écrit, pour démontrer que Jésus était, avons-nous dit, Messie et Fils de Dieu et par là promouvoir et fortifier la foi en lui ; il a choisi les faits qui établissaient le mieux sa thèse, laissant de côté des faits déjà racontés par les synoptiques, qui n'importaient pas à sa démonstration, répétant ceux qui lui étaient utiles ou nécessaires et ajoutant ceux que les synoptiques n'avaient pas enregistrés et qu'il relevait, parce qu'ils fortifiaient son argumentation. En définitive, dans le choix des matériaux qu'il a employés, Jean n'a pas agi autrement que les synoptiques.
L'auteur du IV* évangile a-t-il voulu réfuter les Docèles? C'est possible, car après avoir déclaré dans le prologue que le Logos était devenu chair, il insiste à diverses reprises surl'lmmanité de Jésus, Il rapporte seul la constatation que Thomas est invité à faire par Jésus de la réalité du corps ressuscité, XX, 25-27. Ces indices sont trop vagues pour permettre une affirmation, et le dernier argument porte à faux, car il est
question là de constater la réalité de la résurrection de Jésus et non l'union du Logos avec l'humanité, ce que contestaient les Docètes.
S 4. — Destinataires du IV évangile.
De l'opinion que l'on a adoptée sur le but que l'auteur s'est proposé en écrivant son livre, découle, à un certain degré, celle qu'on aura sur les destinataires de l'écrit. Il semblerait, à première vue, que l'auteur a écrit pour les Juifs, à qui il voulait prouver que Jésus était le Messie; mais, s'il en était ainsi, il n'aurait pas supposé chez ses lecteurs l'ignorance des usages juifs, l 39, 48; V, 2, etc. et surtout de la langue liébraïque, et, par conséquent, n'aurait pas traduit les mots araméens qu'il rencontrait, I, 38, 42; IX, 7. D'ailleurs, il aurait établi sa thèse, ainsi que nous l'avons déjà dit, en s'appuyant sur les preuves scripturaires, sur les prophéties réalisées en Jésus, ce qu'il ne fait jamais, excepté pour des causes spéciales, pendant le récit de la Passion.
L'auteur a donc écrit pour des Grecs convertis au christianisme. S'il avait écrit pour des païens, ou même pour des néophytes, il n'aurait pas établi la preuve de la divinité de Jésus sur le témoignage de Jean-Baptiste, des apôtres, de Dieu ou de Jésus luimême. Mais, il aurait, à l'exemple des synoptiques, insiste sur les miracles, qui prouvaient la divinité de Jésus. Ecrivant pour des chrétiens, il a employé les meilleurs arguments qui pouvaient leur être pré-
>OliVEAU TESTAMENT. — iv.
sentes, à savoir les témoignages mentionnés plus haut. S'il a cité plusieurs prophéties dans le récit de la Passion, c'est qu'il voulait prouver à ses lecteurs que ce qui avait été prophétisé du Christ s'était accompli en Jésus, pendant sa passion, et, par conséquent, que les Cérinthiens se trompaient, en affirmant que le Christ avait abandonné Jésus avant sa passion. Il semble donc que la foi des lecteurs avait besoin d'être fortifiée, et c'est pour vivifier cette foi, nous l'avons vu, que l'auteur du IV'' évangile a écrit. A-t-il écrit pour un petit groupe de disciples, parce que son évangile était trop profond pour être compris de tous? C'est ce dont nous ne sommes pas convaincu, car si tous n'ont pas pu le comprendre dans son entier, tous pouvaient y trouver la confirmation de leur foi en Jésus, Fils de Dieu et Messie, et ainsi avoir la vie en lui. Le but de l'auteur était donc atteint.
S 5. — Date de composition du IV* évangile.
Presque tous les critiques, à l'exception de Semler, Wittichen, Wuttig, croient que le IV* évangile a été écrit après les évangiles synoptiques. Il a dû être écrit après la ruine de Jérusalem, on 70, car, en plusieurs passages, il est parlé au passé de tout ce qui touche à Jérusalem : Au delà du Cédron, où il y avait un jardin, XVI il, 1. Béthanie était i)rès de Jérusalem, XI, 18. Au n?ste, nous verrons plus tard que l'auteur du IV* évangile a connu les synoptiques. Si l'on s'en tient à eu que raconte le canon de Muratori. il fuu-
drait croire qu'il a été écrit avant la mort de l'apôtre André, mort dont on ne connaît d'ailleurs pas la date, mais ce témoignage a peu de valeur sur ce point. Il est des écrivains qui ont pensé que Jean aurait écrit son évangile au temps de son exil à Patmos, par conséquent avant le règne de Domitien, 96-98. Si, comme nous allons lo dire, l'évangile a été écrit à Éphèse, il a dû être écrit vers l'an 98-117, les dates entre lesquelles est placée la mort de l'apôtre Jean. Épiphane ' affirme que Jean a écrit son évangile étant âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, après son retour de Patmos. L'auteur du commentaire sur Jean, attribué à saint Augustin, dit que l'évangile a été écrit soixantecinq ans après l'Ascension du Seigneur 2; Théophylacte ^ et Eutliymios Zigabenos * disent trente-deux ans seulement.
Il est impossible de fixer la date par l'étude de l'évangile; il ne donne aucune indication sur l'époque à laquelle il a été écrit. En supposant même, ce qui n'est pas prouvé, que l'auteur a voulu combattre les Cérinthiens, les gnostiques ou les docètes, nous restons toujours dans l'imprécis, car nous n'avons aucune date certaine sur le temps où florissaient ces bérésies. Il n'est donc pas étonnant que l'on ait donné sur l'époque de composition du IV^ évangile les dates les plus diverses. Voici celles qu'indiquent les principaux cri-
i. Haer. 5i,1à.