‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 60 sur 118 · Ib., p · texte numérisé non relu

Ib., p

îJ. Ib., p. 140; LoisY, op. cit., p. 658. C. LoisY, op. cit., 70;i.

200 IIISTOIKE DES LIVRES DU ^^OUVEAU TESTAMENT.

par sa mère. La mère du Messie est la femme de TApocalypse, XII, 1, 2, 5, que représentait l'ancienne Alliance. Mais au commencement de sa carrière le moment pour Jésus de rétablir la vraie vie d'Israël n'est pas encore arrivé. De là cette parole : Mon heure n'est pas encore venue, laquelle, dans son sens profond, signifie que le temps n'est pas encore venu d'instituer par sa mort l'économie du salut. La réponse de Jésus à sa mère : Qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? doit être interprétée comme la parole du Verbe divin au vieil Israël, du Fils de Dieu, marchant à la mort, au Messie juif. Le vin de Cana, c'est le sang du Christ, le vrai breuvage. En définitive, le miracle de Cana représente la substitution d'une alliance nouvelle à l'ancienne, d'une économie spirituelle du salut à l'économie de la loi.

Voici comment Loisy, à la suite de Holtzmann. explique la genèse du récit de la résurrection de Lazare. L'auteur avait en pensée la résurrection de la fille de Jaïr et celle du jeune homme de Naïn; il les a comme concentrées dans la résurrection de Lazare, et il ne paraît avoir grandi le miracle que pour avoir voulu l'élever à son maximum de signification. Lazare tient d'un côté à Simon le lépreux, cet ami de Jésus, chez qui a lieu, dans les synoptiques, le repas de l'onction, et de l'autre au pauvre Lazare de la parabole, celui dont Abraham a dit qu'il ressusciterait en vain pour les frères du richo; le Laz.ire de l'évangile ressuscite inutilement potir les Juifs. Jean laisse entrevoir comment il a mis les deux sœurs, Marthe et Marie, de Luc, X,

38, 39, en rapport avec son Lazare. Ayant plus ou moins identifié le Lazare de la parabole, au corps chargé d'ulcères, avec Simon le lépreux, il a identifie la femme de l'onction avec Marie, cette amie de Jésus qui, dans Luc, écoute pieusement le Sauveur pendant (lue Marthe travaille. Marie devient la sœur de Lazare- Simon et Marthe devient par la même occasion la sœur de Lazare. La matière de la narration se trouve ainsi constituée pour servir au développement de la vérité formulée par Jésus : Je suis la résurrection... Les divers traits ne tendaient qu'à exprimer en termes concrets et symboliques la doctrine christologique du IV" évangile. Derrière tous les détails se cache une pensée théologique, détails qui obligent le critique à conclure à la non-réalité d'un fait qui n'est pas un fait, mais la perception symbolique dune vérité religieuse * . On reconnaîtra de suite que ces applications symboliques ou allégoriques pourraient être faites à propos de quel texte biblique que ce soit. Pliilon a ainsi trouvé des allégories de tout genre dans les livres de l'Ancien Testament; les Pères de l'Église, les écrivains ecclésiastiques ne se sont pas fait faute d'expliquer allégoriquement les livres sacrés, et même on peut dire que leur ingéniosité s'est exercée beaucoup plus sur les évangiles synoptiques que sur le IV" évangile. En faut-il conclure que nos évangiles synoptiques sont une suite d'allégories? Certains ont pu aller à cette extrémité, mais jamais un critique de sens

i. Loisv, op. cil., p. 658, GH'J.

rassis n'en viendra là. Puisqu'il en est ainsi, pourquoi appliquer un jugement dilïérent aux évangiles synoj)tiques et au IV ** évangile, et affirmer que les récits des uns sont historiques et ceux de l'autre allégoriques, quand on peut les traiter tous de la même façon? On ne peut donc soutenir que d'un bout à l'autre de l'évangile presque tout est allégorie, que les faits et les discours du Seigneur ont été choisis dans un but allégorique. La seule preuve qu'on donne de cette théorie c'est qu'on peut tout expliquer ail égoriquement, faire même un système cohérent d'explications allégoriques. Mais cela ne prouve pas que l'auteur avait en vue de présenter dans un but doctrinal une suite d'allégories et dç symboles sous forme de récits et de discours.

La teneur générale des évangiles ne s'accorde pas avec cette hypothèse, toute fantaisiste. 11 y a dans les évangiles des récits qui ne sont pas historiques, tels que les paraboles des synoptiques, mais entre ces récits et ceux du IV" évangile, qu'on qualifie de symboliques ou d'allégoriques, il n'y a aucune ressemblance. On voit très bien que le narrateur des premiers les donne comme des paraboles, tandis que nulle part saint Jean n'a présenté ses récits comme des fictions doctrinales. Et cela ressort d'autant mieux qu'en certains passages on ne peut douter qu'il ne rapporte des paroles allégoriques. Mais dans ce cas cette allégorie est nettement indiquée ])ar lo texte évangélique. Ainsi. Jésus déclare qu'il est le bon pasteur, qu'il est la porte, la porte dos brebis, qu'il est la vie, la lumière et la vie, la résurrection cl la vie, (pi'il est la lumière du monde,

ÉVANGILE SELOiN SAINT JEAN. 203

qu'il est le pain de la vie, le pain vivant, qu'il est la vigne véritable et que ses disciples sont les sarments: ce sont là certainement des expressions symboliques ou allégoriques sous lesquelles se cache la réalité.

Nous admettrions même que certains épisodes et des conversations aient été choisis par l'évangéliste pour leur valeur symbolique ou allégorique, « Le rapprochement entre le sacrifice du Calvaire et l'immolation de l'agneau pascal, dit Calmes', est manifeste; le rôle figuratif de l'eau et du sang est suffisamment indiqué par le témoignage solennel qui suit la mention du coup de lance ; on peut également soupçonner une allégorie dans l'épisode des vêtements et de la tunique sans couture. » Certains personnages, Nicocodème, la Samaritaine, l'apôtre Thomas peuvent être tenus pour représentatifs d'une certaine catégorie de personnes. L'entretien de Jésus avec Nicodème ou avec la Samaritaine présentent des détails symboliques, mais on devra reconnaître en même temps, au moins pour l'essentiel, la réalité des faits racontés ou des conversations rapportées.

Il est nécessaire de caractériser nettement la méthode de l'évangéliste, qui a vu la signification profonde des faits, et l'a quelquefois fait ressortir; il écrivait un évangile spirituel, c'est-à-dire un récit où les faits réels étaient choisis pour établir un enseignement doctrinal, mais non un récit d'imagination où les faits étaient de son invention. C'est là ce que nous allons essayer de montrer.

i. L'Évangile selon saint Jean, p. T".

20i HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

S 10. — Valeur historique du IV' Évangile.

Appuyé sur l'évidence externe et interne, nous avons affirmé que Jean l'apôtre était l'auteur du IV^ évangile. Cette constatation est un argument de premier ordre en faveur de la valeur historique de l'écrit; il n'est pas le seul. Cette valeur historique peut, en outre, être établie par des preuves particulières d'ordre positif et d'ordre négatif.

Cependant nous n'affirmerons pas que le IV° évangile soit un livre d'histoire au sens strict de ce mot, car une histoire d'un homme ou d'un pays est écrite uniquement dans le but de rapporter les événements aussi exactement que possible, dans leur ordre, dans leur enchaînement réel et dans leur importance relative. Tel n'a pas été le procédé de l'auteur du IV° évangile. Il n'a pas rapporté tous les faits de la vie de Jésus; il en a laissé de côté quelques-uns de très importants ; il n'a pas toujours non plus suivi l'ordre des faits; bref, son livre n'est pas même, à proprement parler, une biographie. Ainsi que nous le montrerons plus tard, le caractère de cet écrit est tout différent. De là, on a conclu à la non-valeur historique du IV évangile. El pour la prouver, on a rassemblé toutesles divergences qu'offraient entre eux les évangiles synoptiques et le IV" évangile, soit dans les récits^ soit dans les discours du Seigneur. On a essayé aussi de mettre l'auteur en contradiction avec lui-mt'^mej on a enfin collectionné de prétendues impossibilités que

présenteraient quelques récits et la plupart des dis cours. Nous allons résumer ces observations; puis pour faire ressortir la valeur historique du IV^' évan ' gile, nous montrerons les points nombreux où il est en accord avec les évangiles synoptiques ; enfin, nous essayerons d'expliquer les divergences relevées, et établirons ainsi quel genre de caractère historique on peut attribuer au IV« évangile. Pour rester sur un terrain solide, nous nous en tenons à la comparaison entrele IV« évangile et lesévangiles synoptiques. Quant aux contradictions et aux impossibilités que l'on a cru relever dans cet écrit, nous les jugeons d'ordre trop subjectif pour qu'elles puissent être discutées scientir.quement. Nous serions d'ailleurs obligé d'entrer dans trop de détails.

Nous étudierons séparément les récits du IV'' évan gile et les discours du Seigneur.

l. — RÉCITS DU QUATRIÈMB EVANGILE.

i" Les divergences entre les récits du IV évangile et ceux des évangiles synoptiques, que l'on a sic^nalees^ sont es unes générales, les autres particulières. Etudions d abord les divergences d'ordre général

Sinoushsons sans arrêt les évangiles synoptiques et elV^ évangile nous avons, dit-on, l'impression que le Jésus des synoptiques n'est pas celui du IV^' évangile

mêlant à 1 T^i "'" "" ^^''"^'^"^ P^P"^-- mêlant a la foule, vivant avec ses disciples, chassant

ies démons, accessible à tous, plein de compassion

pour les maux des hommes, ses frères; en un mot. une personne vivante, un être de chair et d'os. De l'autre, nous avons un personnage hiératique, en deliors de l'humanité et des choses ordinaires de la vie ; en d'autres termes, un être transcendant, qui apparaît uniquement pour enseigner une doctrine très élevée, au-dessus de la portée de ses auditeurs, et dont toutes les actions sont en fonction de cette doctrine ; c'est un personnage conventionnel. « Il semble ne parler et n'agir jamais que pour satisfaire aux termes de sa définition, pour prouver qu'il est de Dieu, qu'il est un avec Dieu. De ses rapports communs avec les hommes de son temps, même avec son entourage, on ne dit rien... On lui épargne le contact des lépreux, des possédés et des pécheresses, la familiarité avec les pharisiens et avec les publicains, même avec ses disciples. Il marche d'un pas qu'on pourrait dire automatique vers le terme fatal de sa destinée, jamais ému, si ce n'est qu'il le veuille, jamais affecté du sort qui l'-attend, si ce n'est qu'il lui plait une fois de se dire in(iuiet pour ajouter aussitôt qu'il ne doit pas l'être et qu'il ne l'est pas »'.

Le Christ johannique, dit Ileitmiillcr, est une divinité vivant sur la terre; il n'a presque aucun des caractères humains que l'on trouve dans les synoptiques. Il se meut ici-bas dans une gloire et une élévation divine; il est le Logos éternel, Dieu par nature, devenu homme. La majesté divine a effacé tout ce qui

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