‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 59 sur 118 · CONCLUSION. XXI · texte numérisé non relu

CONCLUSION. XXI

C'est ce même disciple, qui atteste ces choses et qui les a écrites. Nous savons que son témoignage est véridique, 24. Il y a encore d'autres choses que Jésus a

faites, si nombreuses que si on les écrivait le monde ne pourrait contenir les livres où elles seraient écrites,

S 9. — Caractères doctrinaux du IV« évangile.

Clément d'Alexandrie a qualifié le IV* évangile d'évangile spirituel, TrveuuaTixov, en opposition avec les autres évangiles qui montraient surtout les faits matériels de la vie de Jésus, tà awijLaTixa. Cette parole nous avertit d'avoir à chercher dans le IV* évangile principalement des enseignements doctrinaux. Nous les relèverons tout d'abord. En conclurons-nous que les faits sont une simple enveloppe de doctrines et n'ont aucun caractère historique, ainsi que l'ont soutenu quelques critiques? C'est ce que nous aurons à examiner en parlant de la valeur historique du IV* évangile. Mais nous devons dès maintenant voir ce qu'il faut penser du caractère allégorique qu'on a cru découvrir dans l'ensemble de l'écrit.

1° Doctrine du 1V° évangile. Nous n'avons pas à faire une étude complète de la théologie du 1V<' évangile, mais seulement à dégager et à faire ressortir ce qu'il y a de plus caractéristique dans son enseignement : Dieu le Père, le Fils, ses rapports avec son Père, le Saint- Esprit, et les rapports du fidèle avec le Fils et le Père par l'intermédiaire du Saint-Esprit. Mais ces enseigne monts, que nous présentons sous leur forme abstraite, sont donnés dans l'évangile sous une forme concrète car ils se rapportent tous ù un personnage historique,

Jésus-Christ. L'évangile proclame dans le prologue l'existence du Verbe, Dieu éternel et créateur; l'incarnation du Verbe, qui a habité parmi nous, et a été Jésus-Christ, puis, dans le cours de l'écrit, il n'est parlé que de Jésus, mais il lui est attribué des qualités et des actes qui sont le propre du Verbe, Fils de Dieu. Nous avons donc ici l'exposé doctrinal de la personnalité de Jésus-Christ. Tout tend à faire ressortir sa nature, tout à la fois divine et humaine; il est éternel, venu du ciel, révélateur, possédant toute science et toute puissance. Avant d'établir ces doctrines, étudions ce que l'auteur nous apprend du Père.

1. Dieu le Père et ses rapports avec le Fils. 11 n'y a qu'un seul vrai Dieu, fjidvo; àXr,Oivc>ç 0£oç, XVII, 3; Dieu est esprit, Trveîîi/a ô 0eo'ç, IV, 24; il est invisible, V, 38: VI, 46; il est juste, XVII, 25, saint, XVII, 11; il est le Père de Jésus-Christ et le nôtre, son Dieu et le nôtre, XX, 17 ; il a la vie en lui, V, 21 ; il est toujours en actes, V, 16; il a envoyé le Fils dans le monde, III, 16, et lui a ordonné de faire ses œuvres, XIV, 31 ; XV, 10; XVII, 4; de parler en son nom, VIII, 26, et il a mis toutes choses en sa main, III, 19; il aime le Fils, XI, 9; il le connaît, X, 15; il aime le monde au point de donner son Fils unique pour que personne ne périsse, III, 16.

2. Le Fils et ses rapports avec son Père. Le Fils de Dieu, c'est Jésus, IX, 37; il est le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, créateur, vie et lumière des hommes; il est devenu chair, I, 1-14; dès lors, tout ce qui est dit de Jésus ou ce que Jésus dit de lui-même se rapporte au Verbe, Fils de Dieu. Il y a identité entre le Verbe du

prologue et Jésus-Christ. Souvent même, ce que Jésus dit de lui-même vise directement le Verbe, Fils de Dieu. Le Fils (Dieu) monogène, qui est dans le sein du Père, a fait connaître Dieu, I, 18. Il connaît son Père qui l'a envoyé, VII, 29. Il est dans le Père et le Père est en lui, XIV, 11 ; lui seul connaît le Père, VI, 46; sa nourriture est de faire la volonté de son Père, IV, 34; il fait ce que fait son Père, V, 19; il ressuscite qui il veut, V, 21 ; il a la vie en lui-même, V, 26; les œuvres qu'il fait témoignent que le Père l'a envoyé, V, 36; il est venu en son nom, V, 43; il est le pain de vie, descendu du ciel, VI, 35, 38; le Père lui rend témoignage, VIII. 18; il redit les enseignements de son Père et il fait ce qui lui plaît, VIII, 28, 29; il honore son Père, VIII, 49, et son Père le glorifie, VIII, 54; il est avant Abraham, VIII, 58; il est la lumière du monde, IX. 5. Lui, Jésus, et le Père sont un, X, 30; il est la résurrection et la vie, XI, 25 ; Jésus est le Seigneur et le maître. XIII, 14; il est la voie, la vérité et la vie, XIII, 6; Jésus est sorti du Père, XVI, 28; le Père est avec lui, XVI, 32. Le Fils avait la gloire auprès de son Père avant que le monde fût, XVII, 5; il a manifesté son Père à ceux qu'il lui a donnés et ils ont cru, XVII, 6-8; tout lui est commun avec son Père, XVII, 10.

Jésus est roi, mais sa royauté n'est pas de ce monde, XVII I, 36, 37. Sa connaissance des événements futurs est parfaite, II, 4; VII, 6; il. sait combien dtemps encore il va rester avec ses disciples, VII, 33; XII 35; il soit ce qui devait lui arriver après son arrestation, XVIII, 4 ; il prédit le reniement de Pierre,

XIII, 38; et sa propre résurrection, II, 19-22; il annonce la mort de Lazare, XI, 14. Sa puissance est infinie : le Père lui a remis toutes choses, III, 35; XIII, 35 ; il lui a donné autorité sur toute chair, XVII, 2 ; il guérit un paralytique, V,9; il multiplie des pains, VI, 11-13; il marche sur les eaux, VI, 19 ; il guérit un aveugle-né, IX, 6, 7; il ressuscite Lazare, mort depuis quatre jours, XI, 44. Enfin, l'écrivain déclare que Jésus a fait beaucoup d'autres miracles qui ne sont pas consignés dans ce livre, XX, 30. De la vie de Jésus-Christ, telle que la raconte le IV»^ évangile, il ressort nettement que Jésus est Dieu. Sa vie, il la dirige comme il veut ; il est maître des événements, ce qui lui arrive il l'a voulu ; il donne sa vie, on ne la lui enlève pas, X, 18.

3. Le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est descendu sur Jésus au moment de son baptême, I, 32. Ceux qui croient en Jésus recevront l'Esprit, VII, 39. Jésus prie le Père d'envoyer un autre Paraclet, qui demeurera éternellement dans le croyant, qui le connaît,

XIV, 16, 17. L'Esprit-Saint enseignera toutes choses aux disciples et leur répétera ce que Jésus leur a dit, XIV, 20. Le Paraclet, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, rendra témoignage à Jésus, XV, 26; il convaincra le monde de péché, de justice, et de jugement, XVI, 8-11 ; il conduira les disciples dans la vérité, il ne parlera pas de lui-même mais dira ce qu'il aura entendu et glorifiera Jésus, XVI, 13, 14.

De ces textes il ressort que désormais l'action du

Saint-Esprit est, à un certain degré, substituée à celle de Jésus-Christ; c'est par lui que l'action du Père et du Fils va se manifester dans le monde. Il devient le principe de vie pour le croyant et pour la société chrétienne, pour l'Eglise de Jésus-Christ.

4. Les croyants ; leuis rapports avec le Père et le Fils et le Saint-Espiit. Ceux qui reçoivent le Verbe de Dieu, Jésus, qui sont nés de Dieu, deviennent enfants de Dieu, I, 11-13. Par Jésus-Christ nous sont venues la grâce et la vérité, I, 17. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, III, 36 ; les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, IV, 23. Ceux qui auront entendu la voix du Fils de Dieu vivront, V, 25. Quiconque croit au Fils sera ressuscité au dernier jour, XI, 26. Celui qui croit en Jésus a la vie éternelle, VI, 47; celui qui mange le pain vivant, descendu du ciel, vivra éternellement, VI, 51 ; celui qui mange la chair et boit le sang du Fils de l'homme a la vie éternelle, VI, 53, 54. Personne ne peut venir à Jésus si cela ne lui est donné par le Père, VI, 65 ; celui qui croit en Jésus croit en celui qui l'a envoyé,

XII, 44. Les croyants doivent s'aimer les uns les autres,

XIII, 24. C'est par Jésus qu'ils vont au Père, Xlll, 6; celui qui l'a vu a vu lo Père, XIII, 9 ; le croyant est on Jésus et Jésus est en lui, XIV, 20 ; celui qui aime Jésus et garde ses commandements sera aimé du Père et de Jésus, XIV, 21 ; le Père et le Fils feront leur demeure en lui, XIV, 23. Jésus a aimé les siens, XV, 12. Les croyants ne sont pas du monde, qui les hait cl les j)er8écule, XV, 11-20; XVI, 1-4; ils ren-

(Iront témoignage au Père et au Fils, XV, 27. Le Père leur accordera tout ce qu'ils demanderont au nom de Jésus, XVJ, 26 ; le Père les aime parce qu'ils ont aimé Jésus et qu'ils ont cru qu'il était venu de Dieu, XVI, 27. La vie éternelle consiste à connaître le Père, vrai Dieu, et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, XVII, 3. Les croyants doivent être un, comme le Père et le Fils sont un, XVII, 23. Jésus envoie ses disciples et leur donne le pouvoir de remettre les péchés, XX, 21-23. Ces textes montrent bien qu'entre le croyant et le Père et le Fils il y a union. L'auteur insiste sur la vie qui est donnée au croyant par le Père en Jésus, pain de vie, VI, 33. Parle corps et le sang de Jésus le croyant a la vie éternelle et demeure en Jésus et Jésus en lui, VI, 54-56. Jésus est la lumière qui illumine le monde, I, 4, 5, 8 ; il donne la vie éternelle à ses amis, X, 28 ; il est la résurrection et la vie, XI, 25. Celui qui demeure en lui porte du fruit, XV, 5. C'est par la foi dans le Fils de Dieu que le croyant a la vie éternelle, III, 16. L'union du croyant avec Jésus est la condition de vie pour le croyant, III, 36. La même union doit exister entre tous les croyants. Ils doivent s'aimer les uns les autres comme Jésus les a aimés, XIII, 24, et par là ils lui sont unis comme il est uni à son Père et ainsi ils sont un ; il est en son Père et il est en eux et eux en lui, XIV, 20.

2° Caractère allégorique du IV^ évangile. Si l'on en croit Loisy *, le IV^^ évangile est un écrit didactique, où

\. Le quatrième évangile, p. 70-79.

l'enseignement est donné sous forme de symbole et d'allégorie. La tradition a fourni à l'auteur les données qu'il a utilisées comme symboles en les modifiant plus ou moins, parfois même considérablement. Toutes les vérités doctrinales se présentent sous forme d'allégorie. Il y a unité de symbolisme entre les récits et les discours. Le récit tout entier, jusque dans ses moindres détails, est subordonné à l'enseignement, et le narrateur ne s'est pas préoccupé des faits comme tels, mais de la doctrine qu'ils figurent. L'évangéliste semble avoir une suprême indifférence à l'égard de l'histoire; non seulement il choisit dans la tradition ce qui convient à son but, mais il corrige la tradition et il la complète, sans le moindre scrupule, pour l'équilibre de ses peintures allégoriques, en sorte que la mesure de vérité historique, qui peut subsister dans son livre, n'y a pas été maintenue par une intention réfléchie, mais tout simplement parce qu'elle a pu servir à ses fins; il était prêt à en conserver davantage comme à en sacrifier plus encore, si le bien de son enseignement lui avait paru le réclamer. Pour lui, le réel et l'imaginaire se confondent dans l'unité du symbole; on entreprend un calcul qu'il n'aurait jamais songé à faire lorsqu'on essaie de déterminer par une analyse minutieuse ce qu'il a pu emprunter à la tradition antérieure et ce qui doit venir de lui-même. Kt Loisy étudie tous les faits du IV" évangile pour montrer que leur raison d'être est un symbole ou une allégorie. Rien n'a été laissé en dehors de cette loi. Les discours sont entièrement allégoriques et il les passe en revue pour dégager de chacun d'eux l'alIc

gorie qu'ils contiennent. Cette théorie n'est pas particulière d'ailleurs au critique français , car on l'avait déjà trouvée exposée en détail par H. Holtzmann. Que devons-nous en penser?

Nous reconnaissons qu'il y a quelques allégories dans le IV" évangile ; nous les indiquerons. Mais leur présence ne prouve pas que les faits donnés comme historiques ne le soient pas. Ils ne sont pas là pour servir de base uniquement à une interprétation allégorique, et d'ailleurs cette interprétation est d'ordinaire une vue subjective, qui peut être différente suivant les divers exégètes. Rien n'empêcherait en adoptant ce système d'allégoriser tous les faits historiques. En fait, par exemple, est-il vraiment prouvé que tout ce qui est raconté du miracle de Cana est une allégorie dans tous ses détails*? Faut-il aussi en trouver une dans l'entretien de Jésus avec la Samaritaine 2, dans la multiplication des pains ^, dans la guérison de l'aveugle-né \ dans la résurrection de Lazare, ^ dans le lavement des pieds ^? Il suffira de citer quelques-unes de ces explications allégoriques pour qu'on juge du procédé. Voici l'interprétation du miracle de Cana que propose Holtzmann : La détresse de ce qui est ancien est parachevée ; le judaïsme légal manque de force; il n'a plus de vin. et le Seigneur en est averti

i. HoLiTMVNN, Hand-Com. Ev. des Johannes, p. 46, 47.

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