Le IV* évangile, p
2, Le lV*ivangUe,p.im\.
leur de l'évangile, ils répondent que la rectification, laite par l'auteur de la parole de Jésus, ne prouve pas que le disciple bien-aimé était mort, mais seulement que le bruit avait couru qu'il ne mourrait pas. Cette opinion n'était pas confirmée parla parole du Seigneur, qui n'avait pas dit que le disciple ne mourrait point, mais seulement : « Que t'importe, si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne? » Il attestait ainsi que le disciple bien-aimé serait vivant au jour de la venue du Seigneur. L'auteur aurait-il pu écrire ces paroles si le disciple était déjà mort? Reste donc, comme argument contre l'authenticité de ce chapitre XXI*, le fait qu'il parait surajouté. Si nos évangiles étaient des œuvres d'art, composées d'après les règles de la plus stricte rhétorique, l'argument serait décisif, mais encore il ne prouverait qu'une chose, c'est que ce chapitre a été ajouté après coup, ce que nous admettrons, si l'on veut, pourvu qu'on reconnaisse qu'il est de la même main que le corps de l'évangile.
Nous avons déjà établi ce fait en partie, mais on pourra remarquer encore que ce chapitre s'ouvre par fjtc-ïà xauTa, formule de transition familière à l'auteur du IV« évangile, III, 22; V, 1, 14; VI, 1; 8 fois, et fxgTi TOÏÏTO, formule analogue, II, 12; XI, 7; 4 fois. Il se rattache à ce qui précède pa'r la constatation que l'apparition de Jésus, XXI, 4, est la troisième manifestation de Jésus à ses disciples, XXI, 14. Or, les deux premières sont racontées, XX, 19 et 26. Le triple témoignage d'amour de Pierre, XXI, 15-17, répond à son triple reniement, XVIII, 17, 25, 27. Il y est rappelé,
XXI, 20, un fait que le ÏV- évangile seul a rapporté : le disciple bien-aimé s'était penché pendant la dernière cène sur la poitrine du Seigneur, et lui avait demandé quel était celui qui devait le livrer, XIII, 23, 25, Enfin, on peut y relever une rectification, XXI, 23, comme on en rencontre souvent dans le reste de l'évangile.
2. Chapitre XXI, 24, 25. Le chapitre XXI, 1-23 est donc du même auteur que le reste du IV*" évangile. En est-il de même pour les -^ suivants ? « C'est ce même disciple qui atteste ces choses, et qui a écrit cela et nous savons que son témoignage est véritable. » Et d'abord, ces choses, attestées et écrites par le disciple, sont-elles seulement celles qui viennent d'être racontées, XXI, 20-23, ou celles qui sont contenues dans tout l'écrit ? Plusieurs critiques, Calmes S entre autres, soutiennent la première hypothèse. Cependant, la seconde paraît plus probable, car l'écrivain ajoute immédiatement après : « Il y a beaucoup d'au- , très choses encore que Jésus a faites. » Ceci vise évidemment tout ce qui est raconté dans tout l'évangile et non simplement une parole du Seigneur à Pierre touchant le disciple bien-aimé.
Mais ce f 24 est-il de l'écrivain du IV' évangile, qui se rendrait ainsi témoignage à lui-même? Les critiques y ont vu souvent une attestation, que portait la communauté éphésicnne sur la véracité de l'ccrivain du IV" évangile. Mais pourquoi ne verrait-on pas là
i. L'Évangile ielon saint Jtariy p. 47i.
simplement une façon de signature de lécrivain? Cest moi, le disciple bien-aimé, qui écris cela. Observons que cette façon de parler est bien dans la phraséologie de l'auteur. Dans sa III" épître, Jean, parlant de Démétrius à qui tous rendent témoignage, ajoute : Nous aussi nous lui rendons témoignage et tu sais que notre témoignage est vrai. Mais le pluriel : oîoafxev éfn Hrfir^ aÙToû il fAapTupia e'dTi'v, XXI, 24, paraît établir une distinction entre ce disciple et ceux qui disent : Nous savons. BatilTol ' croit cependant que J ean a pu se rendre à lui-même ce témoignage, en parlant au pluriel, parce qu'il avait conscience qu'il n'était pas seul et que le Saint-Esprit avait parlé par sa bouche. De même que Jésus avait dit de lui-même : Mon témoignage est véritable parce que je ne suis pas seul, mais j'ai avec moi celui qui m'a envoyé, VIII, 16, le disciple a pu écrire : Celui qui a vu en rend témoignage et son témoignage est véritable. Celte explication nous paraît un peu subtile. Remarquons qu'au f suivant l'écrivain revient au singulier : Et si on écrivait ces choses en détail, je pense, oTaai, Peut-on supposer que c'est encore un autre qui a écrit cela? Serait-il possible que l'écrivain, comme le font quelquefois Paul et les auteurs du temps, ait employé indistinctement le pluriel et le singulier, ou employé le pluriel pour donner plus de force à son attestation? Ce pluriel rentre bien dans la phraséologie de l'écrivain, I, 24; I Jn. I, 1-4, ainsi que l'emploi alternatif du pluriel et du singulier : Nous
i.Six leçons sur les Évangiles, p. H3.
VOUS écrivons ces choses, I Jn. I, 4; Je vous écris ces choses, Un. II, 1; V, 13. La difficulté que présente cet emploi successif du pluriel et du singulier, serait supprimée, si nous adoptions le texte du Sinaïticus, qui ne contient pas ce ^ 25. Mais toutes les autres autorités le possèdent, il est vrai, avec des variantes. La conclusion la plus probable est donc que ces f 24, 25 sont de la même main que le reste du chapitre, lequel a été écrit par l'auteur de l'évangile.
IV. Wellhausen ' propose diverses modifications au texte du IV" évangile. Chapitre XIV, 30, 31, Jésus dit à ses apôtres : Je ne dirai plus beaucoup de choses avec vous, car le prince du monde vient... Levez- vous, partons d'ici. Puis, ch. XVIII, 1 : Après avoir ainsi parlé, Jésus passa au delà du torrent du Cédron. Les chapitres XV, XVI, XVII, qui contiennent les discours du Seigneur, rompent l'enchaînement du récit et sont une addition tardive. Entre les discours de ces chapitres et ceux des précédents il y a, ajoute Wellhausen, des divergences sensibles, surtout en ce qui concerne l'envoi du Paraclet et le retour du Seigneur.
Le chapitre V* devrait être placé entre le VP et le VIP chapitre. Le f 44, ch. VIII, a été retravaillé par une seconde main. D'autres observations sont faites à propos de XVIII, 12-27; XIX 31-37; XX, 24-29; IV, 2, 44; X, 7, 9, 10, 16; XI, 2; XVIII, 9, 32. Wellhausen croit h une seconde édition du IV' évangile où auraient été introduits ces divers changements.
I. Ertoeilerungtn und Aenderungen im vierten Ev., Berlin, l(H)7.