‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 92 sur 118 · L'Apocalypse, p. 34 et ss., Paris · texte numérisé non relu

L'Apocalypse, p. 34 et ss., Paris

aussi, que les fidèles avaient été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Eph. II, 20.

En résumé, la tradition a tout d'abord attribué le livre de l'Apocalypse à Jean Tapôtre; si, plus tard, à Alexandrie et en Orient, on a rejeté l'origine de ce livre, c'est en s'appuyant sur des raisons critiques et dans un but polémique. On voulait combattre plus efTicacement les millénaristes et les montanistes, qui se servaient de l'Apocalypse pour établir leurs erreurs. La lutte terminée, l'accord se fit dans toute l'Église sur l'authenticité et la canonicité de ce livre. C'est de nos jours seulement que l'on a soulevé des doutes nouveaux, mais aucun des arguments présentés contre l'origine johannique, qu'ils soient d'ordre externe ou interne, n'entraîne la conviction. Au contraire, l'idée que nous nous faisons, d'après l'évangile, du fils do Zébédée répond bien au caractère de l'auteur de l'Apocalypse.

§ 4. — Destinataires de l'Apocalypse.

L'Apocalypse est un écrit adressé aux sept églises d'Asie, I, 4, Kphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée, auxquelles le voyant avait reçu Tordre d'écrire, I, 11. C'est donc une encyclique, qui devait ôlre lue dans toutes les églises de la province, et elle est adressée à des communautés qui, par leur disposition géographique, embrassent toute la province : Sardes, la vallée moyenne de l'IIcrmos; Philîidclphic, la Lydie supérieure; Laodicée, la valU'o du LycoH cl la Plirygie centrale; Éphèse, les vallées du

Caystros et du bas Méandre, et les côtes ; Sniyrne, la vallée du bas Hermos et les côtes septentrionales de rionie. Par ces villes l'Apocalypse se répandait dans toute l'Asie, dont les villes étaient reliées par de grandes routes. Cinq de ces villes, au moins, étaient très importantes : Ephèse était le siège du gouvernement elle centre d'un commerce considérable. On y rendait un culte spécial à Artémis, et le temple de cette déesse, l'Artémision, était célèbre. Smyrne était aussi un grand port do commerce, et possédait un Augusteum, élevé en l'honneur de Tibère. Pergame, l'ancienne capitale du royaume des Attales, possédait un temple célèbre d'Esculape, auquel était attachée une école de médecine. Thyatire n'a rien de remarquable au point de vue historique; on y signale seulement de nombreuses associations (guildes d'artisans). Sardes, la capitale delà Lydie, rendait un culte local à Koré. Philadelphie avait pour elle sa position, qui en faisait un lieu de passage, de Smyrne au plateau de l'Asie. Laodicée était une ville de Phrygie, très prospère par son commerce.

Étudions maintenant l'état religieux, social et politique de la province d'Asie, afin de nous rendre compte de l'occasion quia provoqué l'Apocalypse et du but que s'est proposé l'auteur ; nous en expliquerons ainsi le caractère et les données.

S 5. — Milieu religieux et historique.

1° Milieu religieux. Si nous jetons un coup d'œil sur l'état religieux général des premières commu-

nautés chrétiennes, nous constaterons que cet esprit prophétique, dont l'Apocalypse est un des plus beaux témoins, était très répandu dans la seconde moitié du i®"" siècle. La primitive Ég-lisc a possédé, en effet, des prophètes, dont les plus anciens documents chrétiens nous ont conservé quelques prédictions, Aci. XI, 28; XXI, 11. Le prophète estcelui qui parle sous l'action du Saint-Esprit soit pour exhorter, consoler, soit quelquefois aussi pour annoncer l'avenir. Le prêtre Zacharie, Jean le Baptiste, Anne étaient des prophètes. Jésus est appelé prophète, Mt. XXI, 11; il se range lui-même parmi les prophètes, Mt. VI, 4. Le jour de la Pentecôte, Act. 1, 4-36, le Saint-Esprit descendit sur les apôtres, et Pierre prophétisa, c'est-à-dire parla, inspiré par Dieu. « En ce jour, dit-il, se réalise la parole du prophète Joël, II, 23-32 : Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit et ils prophétiseront. » Nous voyons, en effet, paraître une floraison de propliètes. Nous trouvons à Antioche des prophètes venus de Jérusalem, et parmi eux, AgabuSjAc/. XI,27, 18; XXI, 10. Judas et Silas étaient prophètes, Act^ XV, 32, ainsi que Barnabas et Simon le Noir, Luciiis de Cyrène, Manahen et Saul, Act. XIll, 1. Philippe l'évangéliste avait quatre filles, qui étaient prophétesses, Arf. XXI, 9. Paul parle à diverses reprises des prophètes, Eph. II, 19; IV, 11; III, 5; I Cor. XII, 28, et décrit avec précision ce qu'était dans la nouvelle loi le don de prophétie, I Cor. XIV, 3, 5, 29, 31, 33, On trouve des prophètes dans toutes les communautés fondées pur Paul, i Th. V, 20; I Cor.

XII, 28; XIII, 2; XIV, 37; Eph. III, 1 ; il y en a à Rome, Rom. XII, 6; à Lystre, I Tim. IV, 14. Le prophète, nous dit l'apôtre, est un des fondements de l'Église, Eph. Il, 19; il édifie, exhorte et console les hommes par ses paroles ; il connaît tous les mystères et toute la science, I Cor. XIII, 2. Paul, luimême, était un prophète, car souvent il parle inspiré par le Seigneur; il déclare qu'il a l'Esprit de Dieu, I Cor. VII, 40. Il semble que bientôt, dans l'Église chrétienne, le prophétisme devint un ordre, une sorte de fonction, de charge analogue à celle des apôtres, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs, Eph. IV, 11. Il en est qui, en vertu de ce don, remplissent un office public, Did. XIII, 2, et ce don paraît être devenu dans la Didachè une fonction permanente, XI, 11; XIII, 1, 3 et passim.

Il y avait des prophètes à Éphèse, et là aussi ils étaient des membres importants de l'église ; Paul les place immédiatement après les apôtres, Eph. IV, 11 ; il en est de même dans la Didachè, XI, 3, où il est longuement parlé des prophètes, de leurs caractéristiques, des devoirs qu'on a envers eux, XI, 7- VIII, 6. L'Apocalypse paraît les mettre au premier rang, et même ne connaître que les prophètes et les saints, c'est-à-dire les fidèles, XI, 18; XVI, 6; XVIII, 24. Ailleurs, les apôtres sont nommés aussi, XVIII, 20; les noms des douze apôtres de l'Agneau sont inscrits sur les pierres fondamentales de la Jérusalem nouvelle. Les prophètes devaient former un ordre, car l'ange aux pieds duquel Jean s'est jeté, lui dit : Je suis ton

compagnon de service et celui de tes frères, les prophètes, XXII, 9. C'est à eux qu'a été révélé le moment où s'accomplirait le mystère de Dieu, X, 7. Dieu les inspire, XVII, 6.

L'esprit prophétique était donc répandu en abondance dans l'église primitive ; mais les paroles des prophètes sont restées orales dans les communautés paulinienncs et dans l'église d'Asie; l'Apocalypse de Jean est le seul souvenir écrit que nous possédions encore du prophétisme chrétien authentique. Cependant, le Pasteur d'Hermas pourrait être considéré comme une sorte d'Apocalypse, surtout dans la I""^ partie : Visions. Mentionnons encore l'Apocalypse de Pierre, l'Ascension d'Isaïe, le IV" livre d'Esdras, qui présentent des points de contact assez frappants avec l'Apocalypse canonique.

Au 11° siècle cet esprit prophétique était encore en activité : Chez nous, dit Justin * à Tryphon, on peut voir des femmes qui possèdent les dons de l'Esprit divin . Saint Irénée connaît aussi des hommes qui prononcent des discours prophétiques ^. Enfin, nous trouvons los prophètes très nombreux chez les hérétiques du ii" sir cle, Valentiniens, Marcionites, Basilidiens et surtout Monlanistes. Ces faux prophètes supposent l'existence de véritables prophètes, mais les excès des premiers aboutirent à l'extinction dans l'Eglise du charisme I)ropliétiquc.

Venons-en maintenant à ce qui concerne i)articulièrcment l'état religieux des églises do la province

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