Dion Ciirysostomk, Or. XXI, \Q
aTTOxaXu'liv awpaxoTOç. Oùoï y»? ^P^ ttoXXou ypo'vou loipdtQr], qui a été traduit : per ipsum utique editum fuisset, qui et apocalypsim viderat. Neque enim ante multum temporis visum est, sed... Cependant, le D' Chase, évêque d'Ely, soutient par des arguments d'ordre logique et philologique qu'il faut interpréter le texte de la façon suivante : « S'il avait été nécessaire que l'explication du chiffre de la bête fût donnée aux hommes de notre temps, elle l'aurait été par l'auteur du livre, celui qui a vu l'apocalypse, car l'auteur a vécu, il n'y a pas longtemps, mais presque pendant notre génération » , Il est probable que le traducteur latin a écrit visus est, car visum est est incompréhensible, s'il se rapporte à Apocalypsis, qui est du féminin'.
De plus, au temps de Paul, les hérésies que reprochent les lettres de l'apôtre aux églises d'Asie étaient certainement nées, Act. XX, 29, 30, s'étaient développées, Col. II, 4-22 et avaient même déjà pris une plus grande extension, I Tim. I, 6-11, 19, 20; IV, 1-3; VI, 3, 20, 21 ; II Tim. II, 14-21 ; III, 1-9, etc., que ne l'indique l'Apocalypse. En outre, la persécution s'éleva avec une plus grande violence à Rome au temps de Néron, mais elle s'étendit probablement aussi aux provinces. En fait, c'est la situation que suppose l'Apocalypse. Si, d'après ce livre, la persécution sévit dans tout l'empire, II, 9, 13; XVI, 6, c'est Babylone surtout, la courtisane assise sur sept montagnes, qui s'est enivrée du sang des saints et du sang
d. The date of the Apocalypse ; the évidence of Irenacus. The Journal of theological Sludies, vol. Vin, p. 431, London, 190T.
des témoins de Jésus, XVII, 6. C'est donc à la persécution de Néron qu'il faut attribuer celles dont il est parlé, XVII, 6; les autres, auxquelles il est fait allusion, sont plutôt futures, XIII, 15; II, 10. Quant à l'organisation déjà complète des églises de l'Apocalypse, elle l'est moins que celle des églises dont parle saint Paul dans ses lettres à Timothée et à Tite.
2. Ces critiques pensent donc que l'Apocalypse a été écrite au temps de Néron. Voici les preuves positives qu'ils en donnent. Au chapitre XI, 1,2, on envoie le voyant mesurer le temple de Dieu, ainsi que l'autel, qui doivent subsister tandis que le parvis extérieur du temple doit être livré aux gentils, qui foulèrent la ville sainte, pendant quarante-deux mois. Il s'ensuit que Jérusalem existait encore quand le voyant a écrit son livre. — Mais, ch. XXI, 9-27, il décrit la nouvelle Jérusalem, ce qui suppose la destruction de l'ancienne. On ne peut donc accepter sans réserve cette date antérieure à 70.
D'après Reuss, une date plus précise est fournie par le chapitre XVI. Sur un monstre à sept têtes, qui représente un emp'îre, est assise une prostituée, qui représente la capitale de cet empire. Les sept têtes du monstre figurent sept montagnes, sur lesquelles est bâtie la capitale, c'est donc Rome, et de plus sept rois. Cinq rois sont déjà tombés ; ce sont Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron. Le sixième. Galba, règne en ce moment; le septième ne restera que peu de temps. Viendra ensuite un huitième qui sera l'un des sept autres ; ceci est une allusion à la croyance du retour de
Néron, de Nero redivivus, L'Apocalypse aurait donc été écrite au temps de Galba. C'est aussi à cette époque surtout que l'auteur a pu affirmer sa croyance à la proximité du retour du Seigneur, I, 3; XXII, 2, 10, 20; III, 11, croyance encore existante vers 50-70, ainsi qu'il ressort des épîtres de Paul aux Tliessaloniciens, tandis qu'elle était bien affaiblie à la fin du i'^'' siècle, puisque nous n'en trouvons pas de trace claire dans le IV® évangile. C'est à ce moment aussi que les chrétiens ont pu être en butte aux persécutions des Juifs, alors protégés par le pouvoir romain. Poppée, femme de Néron, était sinon Juive, du moins prosélyte, tandis que sous Domitien les Juifs furent persécutés aussi bien que les chrétiens ^
Enfin, et surtout, si l'on accepte que l'Apocalypse a été écrite vers l'an 68, on s'explique les différences de langue qui existent entre l'Apocalypse et le IV" évangile. Le style de l'Apocalypse plus rude que celui du IV*' évangile, surchargé d'incorrections grammaticales, d'hébraïsmes, suppose un auteur à qui la langue grecque était peu familière et qui en connaissait surtout les formes populaires. Ce caractère 'conviendrait bien à Jean, lequel n'avait pas encore, vers l'an 70, vécu en contact journalier avec des Grecs, tandis que vers la fin de sa vie, quand il écrivit son évangile, il avait vécu depuis assez longtemps au milieu de populations dont le grec était la langue nationale. Dans ces conditions, on comprend que l'évangile ait été écrit dans