‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 107 sur 137 · Adv. Haer. XI · texte numérisé non relu

Adv. Haer. XI

d'Asie. Les Juifs, très nombreux en Asie, préparèrent la voie au christianisme, en prêchant le Dieu unique et en combattant le paganisme; les Actes des Apôtres en font foi. 11 y eut à Jérusalem, lors de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, des Juifs d'Asie, et il est très probable qu'ils ont dû répéter à leurs compatriotes ce qu'ils avaient vu et entendu sur Jésus et qu'ils ont été les premiers prédicateurs du Christ en Asie. L'Evangile avait été prêché par Paul dans la Galatie méridionale, mais aucune trace de christianisme n'est signalée dans la province d'Asie avant l'arrivée de Paul à Éphèse. L'apôtre y était venu de la Galatie et avait dû, en passant, selon la route qu'il avait suivie, évangéliser Philadelphie, Sardes et Smyrne, ou Sardes, Thyatire, Pergame et Smyrne. A Ephèse, il put, pendant ses deux ans de séjour, fonder une communauté et évangéliser les régions voisines. Le christianisme y devint assez florissant pour qu'il ait été l'occasion d'une émeute à Ephèse. Plus tard, Paul écrivit une lettre aux Colossiens et une lettre circulaire aux Ephésiens, où l'on retrouve des idées dont on a des traces dans l'Apocalypse, principalement cette conception de l'Eglise comme une unité dont Jésus-Christ est le chef, Eph. IV, 1, et la conception de la vie chrétienne, reliée à la vie du Christ ressuscité et triomphant, Eph. 11, G. Mais déjà naissaient dans les églises d'Asie des erreurs sur les anges, Eph. I, 15-23, et sur la prééminence de Jésus-Christ. Paul avait prédit aux Trpsd- 6uT£poi-£7ri(jxoiTot d'Eplièse qu'il s'élèverait parmi eux des hommes professant des doctrines perverses, et

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que des loups cruels n'épargneraient pas le troupeau, Act. XX, 29. Dans ses épîtres à Timothée, Paul constate l'existence de nouvelles erreurs et il prédit qu'il en est qui, plus tard, abandonneront la foi et proscriront le mariage et l'usage de certains aliments, I Tùn. IV, 1-2. Dans les derniers temps viendront des jours difficiles; des hommes seront souillés de vices nombreux, II Tim. III, 1-9.

La situation religieuse des Eglises d'Asie avait peu changé lorsque l'apôtre Pierre écrivit sa première épître. Il y exhorte les chrétiens à garder leurs âmes pures, à éviter les passions de la chair, II , 12 ; en un mot, à être saints dans toute leur conduite. Bien qu'ils aient eu déjà à souffrir de la persécution, III, 13-15, il leur enjoint d'être soumis à toute puissance humaine, II, 13.

L'état moral et religieux des principales Eglises de l'Asie proconsulaire, tel que nous venons de le constater dans les épîtres de Paul et de Pierre, présente les mêmes caractères dans les premiers chapitres de l'Apocalypse. II n'est pas d'ailleurs identique dans toutes les communautés. D'une manière générale la situation est bonne, et l'auteur peut louer la foi, la charité et la persévérance de toutes les Églises, sauf de celle de Laodicée. Cependant, à toutes, à l'exception de celles de Smyrne et de Philadelphie, il a des reproches à faire. L'Église d'Éphèse s'est relâchée de sa ferveur primitive ; celle de Pergame contient des sectateurs de la doctrine de Balaam et des Nicolaïtes ; celle de Thyatire supporte la prophétesse Jézabel ; celle de Sardes passe pour vivante et elle est morte, ses œuvres

ne sont pas parfaites devant Dieu. Quant à celle de Laodicée, elle est tiède et s'enorgueillit de sa richesse, tandis qu'en réalité elle est misérable.

Quelles sont ces erreurs auxquelles il est fait allusion? Il est parlé, à diverses reprises d'hérétiques, qualifiés de Nicolaïtes ou de disciples de Balaam. Il est probable que NiKoXaoç est la traduction de l'hébreu Bil- 'am. NixôXaoi; (vixav-Xaoç) est celui qui vainc, qui domine, qui séduit le peuple, et Bil-'am, celui qui perd, qui séduit le peuple, de ba'ol, dominer ou bala, perdre, et 'am, peuple. Cette étymologie est plutôt audacieuse et ce jeu sur l'étymologie d'un nom grec et d'un nom hébreu est bien subtil pour l'écrivain de l'Apocalypse.

Qu'étaient donc ces hérétiques? Qu'étaient aussi ceux qui « se disent Juifs et qui ne le sont pas, mais qui forment une synagogue de Satan »? Il, 9; III, 9. Les disciples de la doctrine de Balaam, les Nicolaïtes et la prophétesse Jézabel avaient ceci de commun qu'ils enseignaient à manger des viandes offertes aux idoles et à commettre la fornication. Ramsay et Swete expliquent ces accusations de la façon suivante. La défense de manger les idolothytes entraînait pour le chrétien non seulement l'exclusion des fêles publiques, mais de toute société ou guilde et de tout rapport avec un compatriote païen, vu la possibilité où l'on était dans ces différentes situations d'avoir à prendre part à un repas où seraient servies des viandes offertes aux idoles. La position des chrétiens devenait donc difficile dans leur cité. Déjà saint Paul avait atténué celte défense de manger des idolothytes dans sal"' épîlre aux Corinthiens, VllI, 10;

X, 25 et ss. Les Nicolaïtes voulurent briser complètement cette défense. Mais participer aux fêtes païennes, qu'elles fussent publiques ou privées, entraînait nécessairement à pratiquer l'immoralité qui en était d'ordinaire la suite. Ces hérétiques avaient-ils, en outre, une doctrine ésotérique, une sorte de gnose? C'est ce que semble dire l'écrivain, lorsqu'il félicite ses lecteurs de n'avoir pas connu « les profondeurs de Satan, comme ils disent », 11,24. Mais cette expression est peut-être une formule ironique pour ridiculiser les prétentions de ces hérétiques.

On a cru voir des allusions à l'apôtre Paul dans ces gens qui se disent Juifs et qui ne le sont pas, dans ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, mais surtout dans les Nicolaïtes. Nous reconnaissons que les deux premières insinuations avaient été portées en d'autres temps contre Paul et que certains pouvaient bien le qualifier aussi de vixoXao;, séducteur du peuple. De plus, on accusait Paul de permettre l'usage des viandes offertes aux idoles et d'autoriser la fornication parce qu'il ne défendait pas le second mariage. Remarquons que cette polémique contre Paul serait dans l'Apocalypse sans objet, car, à l'époque où furent écrites ces lettres, il y avait longtemps que Paul avait disparu de ce pays, sans laisser, semble-t-il, beaucoup de traces. Est-il même certain qu'il ait jamais évangélisé les villes, sauf Ephèse, où l'écrivain constate l'existence des Nicolaïtes ? Tout ce que l'on peut admettre c'est que ces hérétiques se soient prétendus des disciples de Paul, en interprétant à faux certains principes libéraux de l'apôtre.

Saint Irénée' et Hippolyte- rattachent les Nicolaïtes au diacre Nicolas. Clément d'Alexandrie explique cette relation par un malentendu. Nicolas aurait dit qu'il fallait abuser de sa cliair, c'est-à-dire la mortifier, ce que ses disciples auraient entendu au contraire d'une licence absolue à lui accorder. De là leur immoralité^. Il y eut, en effet, à la fin du second siècle, des hérétiques appelés Nicolaïtes. Sont-ils identiques aux Nicolaïtes de l'Apocalypse et se rattachent-ils au diacre Nicolas? On l'ig-nore.

Si nous voulons comprendre plus à fond l'Apocalypse, il faut étudier une croyance très répandue à cette époque et qui est l'idée directrice de ce livre, la croyance à l'Antichrist.

De l'ensemble de l'Apocalypse, il ressort que le monde est et sera le théâtre d'une lutte entre les deux royaumes ennemis, le royaume de Dieu et le royaume de Satan, lutte qui a pour protagonistes le Christ et son adversaire, l'Antichrist. Dans le récit que fait l'Apocalypse des phases diverses de cette lutte, nous retrouvons les idées du temps et les événements de l'époque.

L'adversaire du Christ, tantôt a été personnifié, tantôt a été un pouvoir ennemi généralisé, le monde ou Rome. Déjà, les Juifs avaient connu un adversaire du Messie, sous le nom de Beliar ou Belial '. Saint Paul lui donne aussi ce nom, II Cor. VI, 15. Il en parle en détail aux Thessaloniciens dans une sorte d'apocalypse

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