‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 112 sur 137 · Hist. ceci, ni · texte numérisé non relu

Hist. ceci, ni

Messie qu'ils attendaient. Déjà ils avaient poursuivi l'apôtre Paul de leur haine et ils continuaient à s'opposer par tous les moyens à la propagation du christianisme. Ils ne craignaient pas même d'employer la violence, II. 9.

g 6. — But de l'auteur de rApocal3rpse.

On comprend quel devait être l'état d'esprit des chrétiens d'Asie, vivant ainsi dans un milieu hostile, en butte aux tracasseries de leurs concitoyens et aux violences du pouvoir. Ils savaient bien que Jésus avait prédit que le monde les haïrait et les persécuterait à cause de lui, mais ils croyaient aussi que Jésus, vainqueur du monde, reviendrait bientôt. Ce retard de la venue du Seigneur était pour eux une nouvelle cause d'anxiété. Et pourtant, il ne pouvait tarder, car les signes avant-coureurs de la fin du monde, diminution de la foi, catastrophes de la nature, antichrist, avaient paru. Cet état des esprits nous explique et le contenu de l'Apocalypse et le but que s'est proposé l'auteur. Des lettres placées en tête de l'écrit, il ressort que la foi des fidèles est menacée par des hérétiques divers et que la persécution, qui a déjà atteint les églises, va continuer et augmenter. La lutte entre le royaume de Dieu et le royaume du monde, qu'avait annoncée Notre-Seigneur, est commencée, et elle se poursuivra, mais se terminera par la victoire définitive du Christ. Saint Jean voulait donc exhorter ses lecteurs à conserver la pureté de la foi, et les engager à endurer

avec courage les souffrances pour le témoignage de Jésus. C'est sa propre expression. Peut-être en était-il parmi les chrétiens qui, rejetés de la vie commune par la profession de leur foi, étaient découragés, et croyaient que leur attente dans le retour du Seigneur était vaine. Qu'ils ne se laissent pas abattre, semble dire l'auteur de l'Apocalypse, car le triomphe des saints est certain ; toutes les puissances hostiles seront vaincues ; le Seigneur vient. C'est la description, sous forme symbolique, de ce triomphe du Christ, sur la terre d'abord, puis dans le ciel, et de cette destruction des puissances du monde, qui nous est tracée dans ce livre. Babylone, c'est-à-dire Rome, la personnification de l'empire romain, le pouvoir adversaire du Christ et persécuteur des chrétiens, est tombée; elle est devenue le repaire des esprits impurs et des animaux immondes. La Bête, avec les rois de la terre et leurs armées, et le faux prophète, sont précipités dans la fournaise de soufre. Satan est d'abord enchaîné pour mille ans, puis il est plongé définitivement dans le gouffre de feu. Les saints triomphent; une Jérusalem nouvelle descend du ciel et devient l'épouse du Christ glorifié. Le Christ est assis dans le ciel auprès de Dieu; il reçoit les adorations de toutes les créatures.

Le triomphe définitif du Christ sur la puissance du mal doit avoir lieu, il est vrai, à la fin des temps, et il en est question seulement dans les derniers chapitres, mais tout le long du livre le chrétien est encouragé à l'espérance. A la fin de chacune des lettres aux églises, le Seigneur promet à celui qui vaincra de lui

donner à manger de l'arbre de vie, II, 7, de la manne cachée, II, 17, de lui donner la couronne de vie, II, 11, rétoile du matin, II, 28, de faire de lui une colonne dans le temple, III, 12, de le faire asseoir avec lui sur son trône, III, 21, Déjà une multitude infinie attend la suprême récompense; il en est 144,000 qui suivent partout l'Agneau, Malgré les efforts de la Bète, c'està-dire du pouvoir romain persécuteur, ceux qui n'ont pas adoré la Bête et n'en ont pas pris la marque sur le front ou la main, reviendront à la vie et régneront avec le Christ; ils ne connaîtront pas la seconde mort, XX, 4 et ss. Heureux dès à présent ceux qui meurent dans le Seigneur, car ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent, XIV, 13, A celui qui a soif, dit le Seigneur Dieu, je donnerai gratuitement de la source d'eau de la vie. Celui qui vaincra possédera ces choses ; je serai son Dieu et il sera mon fils, XXI, 6, Au contraire « les lâches, les infidèles, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les magiciens, les idolâtres et tous les menteurs, auront en partage le gouffre ardent de feu et de soufre, c'està-dire la seconde mort », XXI, 8. Quant aux serviteurs de Dieu, ils Tadoreront, ils verront sa face et son nom sera sur leurs fronts, le Seigneur Dieu les éclairera et ils régneront aux siècles des siècles, XXII, 3, 5, Donc « que le juste persévère dans la justice et le saint dans la sainteté », XII, 10. Heureux ceux qui lavent leurs tuniques afin d'avoir droit à l'arbre de la vie et d'entrer par les portes de la ville, XXII, 14, Que celui qui a soif vienne, et que celui qui veut, puise

gratuitement de l'eau de la vie, XXII, 17. Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous, les saints! XXII, 26. Telle est la conclusion. L'Apocalypse est donc un « Sursum corda », adressé par l'apôtre Jean aux chrétiens des sept villes d'Asie et aux chrétiens de tous les temps. Cette vue jette une lumière éclatante sur le contenu du livre.

2 7. — Sources de l'Apocalypse.

Nous avons à déterminer : 1" où l'auteur a puisé les idées générales qui forment la base même de son écrit ; 2" d'où lui viennent les symboles au moyen desquels il dévoile l'avenir et le dérobe aussi à nos yeux, ainsi que ces images pittoresques, qui donnent à l'Apocalypse un caractère si particulier, et 3° enfin, à qui il a emprunté bon nombre de ses expressions et tournures de phrases.

1" Pour retracer les péripéties et la fin de la lutte entre le pouvoir du mal et la puissance de Dieu, l'auteur n'avait qu'à s'inspirer des prophéties antérieures. Le rôle du dernier des prophètes consistera donc surtout à adapter ces anciennes prophéties aux événements de son temps et aux fins dernières de l'humanité. Il ajoutera cependant quelques symboles nouveaux, qu'il aura soin d'ailleurs d'expliquer.

Rappelons, en passant, que la littérature apocalyptique était déjà abondante, antérieurement à l'Apocalypse de Jean. Sans remonter jusqu'aux anciens prophètes d'Israël, Isaïe, Joël, ZacharieetsurtoutEzéchiel,

dans les œuvres desquels nous pourrions retrouver des visions apocalyptiques, nousen avons des représentants avérés dans le livre de Daniel, les livres d'Hénoch, le livre des Secrets d'Hénoch, l'Apocalypse d'Abraham, l'Apocalypse de Baruch, le lY" livre d'Esdras; ces deux derniers, écrits à peu près à la même époque que l'Apocalypse. Et nous devons présumer que plusieurs apocalypses juives ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Quelques-unes nous sont connues par leur nom seulement : l'Apocalypse d'Élie, l'Apocalypse de Soplionie. Enfin, il faut admettre une certaine tradition d'idées apocalyptiques, que l'on retrouve un peu partout, surtout dans les documents babyloniens, sans que l'on puisse préciser d'où elles viennent. Mais tenonsnous-en aux textes que nous possédons, pour déterminer les sources auxquelles a puisé l'auteur.

On devrait remonter jusqu'aux plus anciens prophètes d'Israël pour retrouver quelques-unes des idées directrices de l'Apocalypse. Déjà, ces voyants avaient prédit que les pouvoirs qui opprimaient Israël seraient détruits, que Jahvé aurait son jour et que, si Israël se repentait, il lui serait pardonné et qu'il triompherait. Remarquons, cependant, cette différence profonde entre ces prophéties et les Apocalypses, c'est que dans les premières les événements sont annoncés conditionnellement, tandis que dans les secondes ils sont annoncés d'une façon absolue. Le schéma est cependant à peu près le même dans ses lignes générales. Mais c'est surtout avec le livre de Daniel et les Apocalypses juives qu'il faut comparer l'Apocalypse de saint

Jean. Des deux côtés nous retrouvons les mêmes idées. Le jour du Seigneur viendra quand la nuit aura atteint son apogée ; le royaume du monde sera renversé ; le royaume de Dieu s'établira; les saints triompheront sur la terre avec le Messie; à la fm des temps, les puissances du mal livreront un suprême assaut, puis auront lieu la résurrection et le jugement. Le livre de Daniel, écrit d'ailleurs dans le même but que l'Apocalypse, présente une première esquisse de cet écrit. On y trouve décrites les souffrances et la délivrance du peuple de Dieu en lutte avec les puissances païennes, X-XII.

L'Apocalypse dépend aussi des discours eschatologiques du Seigneur, Mt. XXIV, XXV; Me. XIII; Le. XXI, pour les idées générales, pour l'ensemble des tableaux et les résultats finaux. On peut même dire que l'auteur a suivi une marche identique, qu'il a seulement développé et dramatisé les idées du Seigneur en les exposant sous forme de tableaux symboliques.

Et maintenant, si, examinant l'Apocalypse de plus près, nous entrons dans les détails, nous constatons que l'auteur, dans ses descriptions, s'est inspiré souvent des écrits antérieurs. Le portrait du Christ glorifié est tracé à l'aide de traits empruntés à Daniel, VII, 13; X, 6, ou àÉzéchiel, I, 26; VIII, 2; IX, 2, 11. Les insignes dont il est revêtu sont ceux du grandprêtre, Ex. XXVIII, 4, 5, 31 ; XXXIX, 5, ou du roi juif, I Macc. X, 89. Sa physionomie rappelle celle de l'Ancien des jours de Daniel, VII, 9; X, G, et c'est d'Ézéchiel, XLIII, 2, que vient sa voix semblable à un

APOCALYPSE DE SAINT JEAN. 3i)3

bruit de grandes eaux. La description de la cour céleste, IV. 2-8, est formée de traits empruntés à Isaïe, VI, 1-3; XXIV, 23; à Ézéchiel, I, 26-28; V, 5-14; à Daniel, VII. 9; VI, 26 ; vir. 9-10.

Les quatre chevaux du chapitre VI, 2-8, rappellent ceux de Zacharie, VI, 1, 7; la vision des sept plaies, XVI, est manifestement dérivée des sept plaies d'Egypte de l'Exode. La chute de Babylone, c'est-à-dire de Rome, XVII-XIX. 10, est un écho des malédictions prononcées contre Tyr et l'ancienne Babylone. Les oiseaux du ciel, conviés à la curée de la chair des rois et des puissants, l'avaient été déjà dans Ézéchiel, XXIX, 4, 17-20. La lutte entre le Christ et la Bête, unie aux rois de la terre, et la victoire du Christ. XIX, 11-21. sont une ancienne tradition juive, ainsi que l'espoir d'une rétribution terrestre accordée aux justes dont nous avons l'analogue dans le règne de mille ans de l'Apocalypse, XX, 1-8. La rénovation de toutes choses, XXI, 5, rappelle la parole d'Isaïe, LXV, 17; LXVI, 22 : Voici que je vais créer de nouveaux cieux et une terre nouvelle. Le temple de la Jérusalem céleste est celui qu'avait déjà dépeint Ezéchiel.

2" Recherchons maintenant à quelle source l'auteur a puisé la plupart des symboles quil a si abondamment répandus dans son livre. Comme à tous les apocalypticiens, les images et les nombres symboliques ont servi à l'auteur de l'Apocalypse pour exprimer ou suggérer des idées ou des conceptions quil ne pouvait exprimer par des mots. Il a emprunté ses

images aux divers règnes de la nature animée et inanimée. Les animaux, agneau, chevaux, lion, léopard, sauterelle, scorpion, grenouille, aigle, vautour, les oiseaux, les poissons, les arbres, les herbes, passent tour à tour sous nos yeux. La terre, la mer, le ciel, les travaux des champs, Thomme, dans ses divers offices, lui fournissent aussi des images symboliques.

L'Ancien Testament surtout est une mine inépuisable où puise l'auteur. Il lui emprunte dans un but symbolique ses noms de lieux, l'Euphrate, l'Egypte, Sodome, Babylone, Jérusalem, Le chandelier à sept branches lui suggère les chandeliers d'or des sept églises d'Asie; Balaam le fait penser aux Nicolaïtes, Jézabel à la prophétesse de Thyatire. L'épouse du Christ est une nouvelle Jérusalem; le tabernacle, le temple, l'arche d'alliance, l'encens, la manne reparaissent dans l'Apocalypse. Le lion de la tribu de Juda, la racine de David sont des épithètes qui dérivent de l'Ancien Testament. L'arbre de vie, l'eau de la vie viennent de la même source. Nous avons relevé déjà d'autres symboles empruntés aux livres bibliques.

Que l'auteur de l'Apocalypse se soit inspiré de l'Ancien Testament, ou même de précédentes apocalypses, nous le reconnaissons, mais nous . devons constater aussi que souvent il est complètement original dans ses symboles ou que, s'il en a emprunté les éléments à d'autres, il leur a donné une signification nouvelle. Les visions de l'ouverture des sceaux, des sonneries de trompettes, de l'effusion des coupes produisant

des fléaux divers, sont une créalion de l'auteur à laide d'éléments préexistants. La description de Babylone. la courtisane assise sur la Bête écarlate, est due à son imagination. Les âmes des martyrs, qui demandent à Dieii justice et vengeance, sont un tableau qui lui appartient. On a essayé de retrouver dans le folk-lore babylonien ou même égyptien quelquesunes des images symboliques de l'Apocalypse, entre autres le dragon du chapitre XII, le monstre du chapitre XIII et la Bête du chapitre XVII. Le récit, ch.XlI, de la lutte entre la femme et le dragon serait un souvenir d'anciennes légendes cosmogoniques. C'est possible; mais pour la discussion de ces hypothèses il faut se reporter aux ouvrages spéciaux ^ .

Il est probable que les nombres symboliques, très multipliés dans l'Apocalypse, ont été fournis à l'auteur par la tradition apocalyptique. Le nombre 7 est le plus fréquemment employé, 54 fois. L'écrit est adressé aux sept églises d'Asie, figurées par sept lampes; leurs anges sont sept étoiles. Il y a sept esprits de Dieu, symbolisés par sept lampes; sept sceaux ferment le livre ; l'Agneau a sept yeux et sept cornes. Il y a sept sonneries de trompettes, sept coupes, sept fléaux, sept tonnerres; le dragon a sept têtes, sept couronnes," etc. Cet emploi du nombre 7 s'explique par l'idée sémitique que ce nombre symbolisait la totalité. Le nombre douze se rencontre 22 fois dans l'Apocalypse. Nous avons les douze tribus d'Israël, les douze étoiles qui

i. Gl-nkel, ScMpfung und Chaos.

couronnent la tête de la mère du Messie, les douze portails de la nouvelle Jérusalem, les douze pierres de fondement du temple, qui portent les douze noms des douze apôtres, etc.; puis, les multiples de 12 : 24, 144.000. Le nombre dix revient assez souvent : dix cornes, dix couronnes, dix rois, ainsi que le nombre quatre : quatre animaux, quatre anges aux quatre coins de la terre, quatre vents du ciel, etc., et le nombre trois : trois trompettes, trois malédictions, trois portails, etc., et le nombre 3 1/2.

Parmi tous ces symboles, images ou nombres, il en est que l'auteur a interprétés lui-même : Voici le mystère des sept étoiles, que tu as vues dans ma main droite et des sept chandeliers d'or : les sept étoiles sont les sept anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont les sept Églises, I, 20. Cf. encore IV, 5; V, 6; VII, 9; XVII, 9, 12, 15. Quelques autres symboles ne sont pas difficiles à expliquer : le personnage semblable à un fils d'homme, l'Agneau, l'épouse de l'Agneau, mais pour beaucoup de ces symboles on n'est pas d'accord sur leur signification. Chacun les interprète d'après l'idée générale qu'il s'est formée de l'Apocalypse.

3° Mais c'est non seulement les idées directrices de son livre et les tableaux de son récit et les symboles, que l'auteur a reçus des écrits antérieurs, c'est encore un bon nombre d'expressions. Et d'abord, il est tellement imprégné des livres de l'Ancien Testament, qu'on trouve à chaque verset de l'Apocalypse des souvenirs de ceux-ci. On a compté que, sur les 404 versets de

ce livre, 278 contiennent des références aux saintes Écritures. Il serait trop long de les énumérer ; nous citons seulement les plus -caractéristiques ' :

Ps. LXXXYIII, 38, ô [AdtpTUî

Ap. I, 5; II. 13, ô |xdtpTu; ô

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