Hist. eccl. m
précise l'interprétation d Irénée. La première Béte est l'empire romain, blessé à mort, mais restauré par TAntichrist; la femme avec l'enfant est l'Eglise. Babylone, cest Rome; les deux témoins sont Enoch et Elie.
A Alexandrie, on donna à l'Apocalypse un sens spirituel. Pour Clément d'Alexandrie, les vingt-quatre vieillards sont un symbole de l'égalité du juif et du gentil dans l'Église chrétienne; les pierres, diversement colorées, de la cité de Dieu, représentent la grâce multiple de l'enseignement apostolique. Pour Origène. le livre scellé, c'est l'Ecriture dont le Christ seul a la clef. Méthodius d'Olympe croit que le fils de la Femme n'est pas le Christ, mais l'âme baptisée dans laquelle le Christ est né. Les sept tètes du dragon sont les sept plus grands péchés, les dix cornes sont la contre-partie des dix commandements.
Les Latins se rattachent à l'interprétation d'Irénée et d'Hippolyte. Pour TertuUien, Babylone c'est Rome. La Bête de la mer c'est l'Antichrist. Victorinus de Pettau, 303, le premier écrivain latin qui ait donné un commentaire sur l'Apocalypse, voit dans ce livre une série de visions parallèles qui se rapportent aux mêmes événements. Son interprétation est historique, mais vise les fins dernières. Tyconius. fin du iv^ siècle, prélude à l'exégèse fantaisiste de la Réforme par son application du texte de l'Apocalypse aux luttes de son église donatiste avec l'Église catholique. Il a donné cinq règles d'interprétation, qui ont été plus ou moins suivies par les exégètes latins : Augustin, Jérôme. Primasius. Cassiodoret Apringius, Bède, Beatus. D'après
la quatrième règle, l'exégète pouvait passer insensiblement d'un nom qui suggérait un objet particulier au fait universel, qui était symbolisé. De là sont nées ces interprétations, où la fantaisie des auteurs s'est donné libre carrière.
En Orient, Œcumenius. vi'' siècle, fut le premier écrivain grec qui donna un commentaire de l'Apocalypse, lequel, découvert par Diekamp dans un manuscrit de Messine, n'a pas été encore publié. Andréas de Césarée nous a laissé une 'Ep(xy]vsia eî; Trjv 'AuoxaXu^Jnv, précieuse pour ses citations d'écrivains ecclésiastiques depuis Papias jusqu'à Cyrille d'Alexandrie. 11 allégorise souvent à la manière d'Origène, mais il signale aussi les accomplissements historiques des visions apocalyptiques. Il a essayé de concilier les interprétations d'Irénée. d'Origène et de Tyconius; c'est un syncrétiste. Aréthas. x*" siècle, a abrégé le commentaire d'Andréas.
En Occident. Berengaud, ix" siècle, s'efforce de montrer que l'Apocalypse est une vision de toute l'histoire de l'humanité. Son interprétation est à la fois mystique et historique. Joachim de Flore, fin du xii" siècle, établit la correspondance entre l'Apocalypse et les événements du xii'' siècle. Jean Oliva. un autre franciscain, pense que l' Antichrist sera un pseudopape. Nicolas de Lyre. xiV siècle, revient à l'interprétation historique; d'après lui, le millenium a commencé avec la fondation des ordres mendiants.
Pour les exégètes de la Réforme. l'Antichrist c'est la Papauté. Le Jésuite Ribeira pense que l'Apocalypse
parle des événements de son temps et prédit les fins dernières. Les commentateurs catholiques se sont ralliés d'ordinaire à cette explication. Les protestants ont préféré trouver dans l'Apocalypse une prédiction de tous les événements qui se sont accomplis depuis Domitien jusqu'à leur temps. Il faut arriver à notre époque pour trouver une méthode d'interprétation modifiée par les hypothèses critiques, dont nous avons parlé précédemment. Signalons le système récent de Gunkel * , lequel est une protestation contre l'interprétation historique de l'Apocalypse. L'auteur, soutient-il, n'a pas fait allusion aux événements de son temps, ni prédit les événements futurs; il a mis en œuvre les traditions apocalyptiques qui, de Babylone, se sont propagées à travers les livres bibliques pour aboutir à l'Apocalypse. 11 signale dans tout le livre quelques traces de cette tradition, mais ne l'expose en détail que pour le chapitre XII. La femme et le dragon rappellent le mythe babylonien de la lutte entre Tiàmat et Marduk. Le dragon est Tiâmat et l'enfant qu'il veut dévorer, c'est Marduk. Il explique par les légendes babyloniennes cette femme qui, d'après l'Apocalypse, est vêtue du soleil, qui a la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles; le dragon qui, de sa queue, balaie le tiers des étoiles, et qui, malgré sa défaite par Michaël, poursuit encore la femme, laquelle d'abord dans le ciel, vêtue du soleil, est ensuite sur la terre, fuyant avec les deux ailes du grand aigle.