‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 37 sur 137 · Adv. Haer. V · texte numérisé non relu

Adv. Haer. V

évangiles de Matthieu et de Maie. Voilà le point délicat sur lequel on a beaucoup insisté et discuté. Observons d'abord que nous n'avons qu'une très petite partie de l'ouvrage de Papias et que nous n'avons pas non plus de témoignage de Papias sur l'évangile de Luc. Mais pourquoi Eusèbe, qui nous rapporte son témoignage sur Matthieu et Marc, ne relève-t-il pas aussi celui sur Luc et Jean, si vraiment Papias a parlé de ces deux évangiles? On a donné diverses raisons de ce silence. Eusèbe, a-t-on dit, ne relevait que les témoignages des auteurs en faveur des livres contestés. Ceci n'est pas très exact. Il rapporte le témoignage d'Irénée en faveur des quatre évangiles canoniques ; il nous fait connaître même celui de Papias sur la première épître de Jean et sur celle de Pierre, (|ui. pour lui, ne sont pas des écrits contestés. En fait, Eusèbe relevait d'ordinaire ce que les auteurs avaient dit de spécial sur les écrits incontestés; quand ces écrivains n'offraient aucune particularité, il ne disait pas (juils avaient connu ces écrits. Ainsi. Théophile d'Antioche acité le IV*^ évangile sous le nom de Jean. Eusèbe mentionne les trois livres de Théophile adressés à Autolycus, mais ne dit pas que Théophile a connu l'évangile de Jean. En somme, le silence de Papias est assez déconcertant. On ne peut cependant en conclure qu'il n'a pas connu le IV^ évangile, et cela d'autant plus que dans l'argument placé en tête de l'évangile selon saint Jean dans les Cod. "Vatic. Alex. 14 du IX* siècle et Toletanus du x" siècle, on lit : Evangelium Johannis manifestatum et datum est Ecclesiis ab Jo-

hanne adhuc in corporeconstituto, sicut Papias nomine Hierapolitanus, discipulus Johannis carus, in exotericis id est in extremis quinque libris retulit.

On a relevé des ressemblances assez frappantes entre le IV*^ évangile et l'évangile de Pierre, écrit vers 110-130. Les critiques ^ s'accordent à supposer que l'auteur s'est servi du IV'' évangile, mais très librement, comme, du reste, des synoptiques. Il parle du jardin de Joseph, que seul le IV'' évangile, XIX, 41, a mentionné; de Jésus crucifié au milieu des deux voleurs, comme Jx. XIX, 18 ; des clous pour les mains seulement, de même que Jean, XX, 20, 25, 27; de Jésus, que Pilate fait asseoir au tribunal, comme Jean, probablement, XIX, 13 : c'est le même verbe £xd6i(7ev qui est employé. 11 rappelle la loi juive, qui défend de garder les cadavres après le coucher du soleil; même observation chez Jean, XIX, 31.

Il serait possible de retrouver des traces du I V" évangile dans les Actes de Pierre et les Actes de Jean, bien que Corssen"^ les ait niées.

Actits Petri^, p. 46 : Abrelinquere vostanquam parvulos sine matre = Jn. XIV, 18; p. 53 : Deus omnipotens misit filium suum in saeculo = Jx. III, 17 ; p. 54 : Filius perditionis = Jn. XVII, 12; id : Patrem quem nemo vidit unquam = Jx. I, 18; p. 67 : Ipse est in Pâtre et Pater in eo = Jx. XVII, 21.

1. Rendel Harkis, Gospel of Peter, p. 64,London, 1893. Harkack, Bruchstûcke des Evangeliums und der Apok. des Petrus, p. 33, Leipzig, 1893.

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