I.Ed. Bonnet, Lipsiae
3. Cf. CamePvLYNck, De quarli Ev. auclore, p. 42, Lovanii, 1899.
62 HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAiMENT.
gile, sont pleinement développées dans l'apologiste du milieu du ii" siècle.
Comme citations approximatives du IV*^ évangile par Justin nous relèverons ce passage du Dialogue avec Tryplion : « Et comme les hommes supposaient qu'il (Jean-Baptiste) était le Christ, il leur criait luimême : Je ne suis pas le Christ, mais je suis la voix de celui qui crie, Jn. I, 20-28. Jésus a guéri les aveugles de naissance, toùç Ix Ye^sty); uYipouç », Dial. LXIX. Jean seul emploie ce terme h. YEveTÎic, IX, 1, pour désigner une guérison d'aveugle. Justin cite le texte de Zacharie, XII, 16, en adoptant une variante qui se retrouve dans Jx. XIX, 37, o(|'ovTai eîç 8v l^sxévTïjffav, leçon qui ne reproduit ni le texte hébreu, ni celui des Septante. Cette variante, il est vrai, se retrouve dans l'Apocalypse. Parlant du baptême, Justin rappelle,
I Ap. LXI, 4, que le Christ a dit : Si vous ne renaissez, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.
II est bien évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Ceci rappelle Jn. III, 3-5, mais la citation n'est pas textuelle. Aussi a-t-elle été beaucoup discutée et quelques-uns la rapprochent de Mt. XVIII, 3.
Nous ne pouvons donner aucun passage de saint Justin qui soit littéralement emprunté au IV'' évangile, mais il en est à peu près de même pour les évangiles synoptiques. Justin rappelait les faits évangéliques et les enseignements du Seigneur, tels qu'il les avait lus dans les Mémoires des apôtres, qu'on appelle
évangiles, mais il ne s'astreignait pas à les citer textuellement.
Justin rangeait dailleurs le IV"" évangile parmi les Mémoires des apôtres, qu'on lisait dans les assemblées des fidèles après les écrits des prophètes et, par conséquent, qu'on tenait pour écriture inspirée de Dieu. L'affirmation de Justin à ce sujet est très nette. « J'ai montré précédemment, dit-il à Tryplion, Dial. CV, qu'il était le Fils unique du Père de toutes choses, [jLovoYevr,ç tw Ttarpi = Jn. I, 14, 18, proprement son Logos, sa Puissance, né de lui,WYoi;x«i oûva(xii; YtiY^vvr,[ji.évo; := Jn. I, 13, et ensuite devenu homme par une vierge, ainsi que nous l'avons appris par les Mémoires. » Il paraît peu probable que Justin n'en appelle ici aux Mémoires que pour le dernier fait cité. On relèvera aussi d'autres rapprochements entre Jean et Justin dans des passages que celui-ci dit empruntés des Mémoires. Dial. C = Jn. YI, 69.
On fait observer que saint Justin a désigné nominativement Jean, l'un des apôtres du Christ, comme l'auteur de l'Apocalypse. Pourquoi n'a-t-il pas dit aussi, s'il le croyait, cju'il était l'auteur du IV évangile? Remarquons que nulle part Justin ne déclare quels sont les auteurs des Mémoires. Ajoutons qu'actuellement la grande majorité des critiques, Zahn, Resch, Thoma, von Engelhardt, von der Goltz, Harnack, Bousset, Loisy, Drummond, reconnaissent que saint Justin s'est servi du IV® évangile aussi bien que des synoptiques.
A peu près vers la même époque, 160-180, ont été
écrites les Homélies clémentines. On y trouve des allusions assez claires au IV*^ évangile : Hom. XIX. 22, il est parlé de l'aveugle-né comme dans l'évangile de Jean, IX, 2, 3. On trouve aussi dans ces Homélies des expressions johanniques : <^i\)<:Ty\c, III, 25 = Jn. VIII, 44; Je suis la porte, t\ tcûXy], de la vie, III, 52 = Jn. X, 7, 9. Cf. Hom. cl. XI, 26 = Jn. III, 5, etc.
Probablement vers 175-180, Tatien harmonisa les quatre évangiles pour en former un seul évangile , le Diatessaron ; le I V'^ évangile y est incorporé presque en entier, sauf quelques versets. En tête du Diatessaron se trouve le prologue, Jn. 1, 1-15 et, à la fin, le chapitre XXI. Dans son Oratio ad Gî'aecos, 13, Tatien cite un passage du IV® évangile : xa\ toÎîto ia-zh «pa to eîp7)[jisvoi* r) ffxoTi'a TO cpw; ou xaTaXaixêolvet.
Dans la lettre des églises de Vienne et de Lyon nous trouvons citée presque textuellement une parole du Seigneur qu'on trouve seulement dans Jean, XVI, 2.
Dans le Reste des paroles de Baruch, IX, 3, éd. Harris, nous trouvons une réminiscence de Jean, I, 9 : TO çôi; TO aXvjôivov to cpwTiîJo'v [xs. Les traces johanniques dans Aristides, éd. Hennecke, sont plutôt vagues : ch. 15 — Jn. I, 13, 14 et ch. 16 = VIII, 12 ch. ; 14 = XXI ,
Les premiers gnostiques semblent avoir connu le IV* évangile. D'après Lightfoot ^ les Naasséniens ou Ophites et les Pérates, dont Hippolyte ne distingue pas nettement les erreurs, auraient connu et cité ex-
i, Biblical Essays, London, 1893.
plicitomcnt le IV*" évangile. Voici quelques-unes des références qu'il donne. Pour les Naasséniens : Hippo- LYTE, Réf. haer. V, 8 = Jn. I, 3; V, 9 = 1,9 ;V, 8 = III, 5; V, 7= IV, 12, 14 etc. Pour les Pérates : V, 16 = I, 1-4 ; III, 14; V, 12= III, 17 ; V, 17 = VIII, 44 ;X, 7. Vérification faite , je n'ai pu distinguer dans ces passages des citations, ou même des réminiscences du IV" évangile. Lightfoot relève aussi des citations dans la Pistis Sophia. qui me paraissent aussi peu discernables que les précédentes. Basilides, vers 133, d'après Harnack, vers 120-125. d'après Zahn, aurait écrit vingt-quatre livres sur lévangile de Jean et cité au moins deux paroles du Seigneur extraites du IV" évangile : ^v to (pw; xo àXrjôivov, t ;p(i)TtîJet ravTa avOpojTCov io-/ô\xt'iO'i eîi; tov xo(tu.ov, Jx. I, 9. Valentin, 135-160, aurait emprunté l'idée de son ogdoade au prologue du IV*^ évangile. Presque tous les noms qui la composent : Xo'yoç, «px^i, àXTiôeta, Trar/^p, Cw^ àveptoTToç, s'y retrouvent. Hippolytc ^ attribue à Valentin une citation du IV évangile X, 8 : XéYÊiôDcoTïip- Travxeç ot :rpo laou lÀvjXuôOTgç xXéTCTai xa\ Xr,GTat sÎTiv. Tcrtullien - affirme que Valentin se servait de tout l'instrument évangélique, integro instrumento. Nous savons d'ailleurs par Irénée ^ que les disciples de Valentin , Ptolémée, Héracléon, Théodote, Marcus, usaient de la manière la plus complète de l'évangile de Jean. Marcion aurait, d'après Tertullien ^, rejeté les évan-