Ib. I
8, Ib. II, 36.
que nous trouvons codifiée dans le IV*' évangile, et dont les traces se laissent discerner dans les écrits de l'époque, mais il est difficile de conclure, sauf en quelques cas, à une dépendance littéraire de ceux-ci à celui-là.
Cette observation trouve une nouvelle justification dans les fragments d'évangile trouvés à Behnesa, 1896 et 1903. On y constate nettement marquée l'empreinte d'une tradition que l'on peut appeler johannique, sans que cependant aucun passage du IV*-' évangile soit cité. On y rencontre même des expressions johanniques : voir le Père, être dans le monde, être vu en chair, avoir soif, le Seigneur vivant, ô Çwv Kupioç, goûter la mort. Que l'on compare, par exemple, ces paroles de Jésus dans Jean, VII, 37 et les Logia de Behnesa, l""^ col., 3^ sentence.
Jn. VII, 37 : Èv Se tv) âcrxâTi!)
XEi 6 'lyiToù; y.at ïxpa^ev )iYa)v èâv Ti; ôt'J;à, IpyÉffOo) Ttpôç \i.z xai «ivéxw.
Logia de Behnesa, III : li-^ei 'It](toùç* éaxyjv èv (aÉitw toù y.ôapiov» xaî £v (Tapxl wtpÔYiv aùroï; xaî sûpov TtâvTa; [xeôûov-rai; xai oùîe'va eùpov ônl/wvra èv aÙToïç.
Les hérétiques qui, au dire d'lrcnée\ n'admettent pas cet enseignement de l'Eglise, lequel est en accord avec l'évangile de Jean; les Aloges qui, d'après Epiphane, nient que l'apôtre Jean soit l'auteur du IV évangile et Fattribuent à Cérinthe, sont des témoins indirects de l'existence de cet évangile au ii*^ siècle et de la croyance générale qui l'attribuait à Jean l'apôtre.
i. Adv. Haer. IH, 11, 9.
Nous avons relevé les traces les plus visibles qu'a laissées le lY"^ évangile dans les écrits du n" siècle; nous aurions pu en signaler d'autres. Nous pouvons donc conclure que. dans toute l'Eglise, il existait une tradition joliannique, que l'on constate en Asie Mineure chez les presbytres, dont Ircnée nous a rapporté les dires, chez Polycarpe, Papias, dans la lettre aux chrétiens de Smyrne, chez Méliton de Sardes, Claudius Apollinaire, Polycratc d'Ephèsc; en Gaule, dans la lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères de Phrygie et d'Asie, chez Irénée, dont il va être parlé plus en détail; à Antioche, chez Ignace martyr, Théophile d'Antioclîc; en Palestine, chez Justin et Tatien; à Alexandrie, dans lépître de Barnabe, chez Clément d'Alexandrie et Origène, dont nous relèverons plus tard les témoignages; en Grèce et en Macédoine, dans l'épître à Diognète, chez iVthénagorc ; à Rome, dans le Pasteur d'Hermas. dans le canon de Muratori, cité plus loin, chez Hippolyte; en Afrique, chez Tertullien, dans les Actes du martyre des saintes Perpétue et Félicité. Les hérétiques du II'' siècle, Naasséniens, Pérates, Séthiens, Justin, hérétique ophite, la Pistis Sophia, Basilides, Valentin, Héracléon, Ptolémée, Marcus, INIarcion, les docètes, les chrétiens judaïsants, les Ebionites, les Aloges, témoignent de l'existence de cette tradition joliannique, qui n'a pu s'établir dune façon aussi universelle que grâce à un écrit existant, écrit que, d'ailleurs, quelques-uns mentionnent. Cet écrit n'aurait pas joui d'une telle faveur, s'il n'avait eu une origine apostolique directe ou indirecte.
2° Témoignages sur l'origine johannique du IV évangile. Les textes que nous avons relevés prouvent qu'au ii*^ siècle existait, dans toute TEglise, un enseignement analogue à celui du IV° évangile, qui probablement en dérivait, et que quelques écrivains dépendaient littérairement de celui-ci. Nous devons maintenant présenter et discuter les témoignages des écrivains qui affirment nettement l'origine johannique du IV® évangile. Nous en possédons trois à peu près de la même époque et très catégoriques : celui du canon de Muratori, 170-210, celui de Théophile d'Antioche, 160, et celui d'Irénée, 175-190.
Le canon de Muratori est très explicite sur l'origine, la cause occasionnelle et les caractères distincts du IV° évangile ^ Ligne 9: QuartiEuangeliorum. lohannis ex decipolis cohortantibus condescipulis et episcopis suis, dixit : conieiunate mihi odie triduo et quid cuique fuerit reuelatum alterutrum nobis enarremus. eadem nocte reuelatum Andrae ex apostolis ut recogniscentibus cuntis lohannis suonominecuntadiscribirctetideo licit uaria singulise uangeliorum libris principia doceantur, nihil tamen differt credentium fedei cum uno ac principali spiritu declarata sint. In omnibus omnia de natiuitate de passione de resurrectione de conuersatione cum decipulis suis ac de gemino eius aduentu. Primo in homilitate dispectus quod foit secundum potetate regali pis preclarum quod fotorum est. Quid ergo mirum si lohannes tam constanter singula ctiam in epistu-
1. Ed. BuciiANAN.T/ie Journal o/T/i. Sludies, vol. VHI, p. 500, London.
lis suis pi-ofcram dicens in semetipsu que uidimus oculis nostris et auribus audiuimus et manus noslrae palpauerunt liaec scripsimus uobis ? Sic enim non solum uisureni sed audilorcm sed cl scriplorem omnium mirabilium diis per ordincm profîtelur. »
Il ressort de ce texte que l'auteur a voulu défendre le IV*^ évangile contre des adversaires qui en niaient l'origine apostolique et en contestaient la véracité historique ainsi que la valeur doctrinale. Si, comme le croient quelques critiques, Hippolyte, évêquede Porto, est l'auteur de ce canon, il a dû répondre ici aux attaques de ceux contre lesquels il avait écrit un livre : inrèp Toîi xatà 'Iwavyjv eua.'{^i\io\i xa\ dtTTOxaXu'jieoiç .
On remarquera que l'auteur du canon appelle Jean : ex decipolis, tandis qu'André est qualifié de : ex apostolis ; de plus, Jean est exhorté par condescipulis et episcopis suis. Faut-il en conclure que le Jean auteur de l'évangile est un des disciples de Jésus, et non un apôtre? Il est probable que Jean est qualifié de ex decipolis pour le distinguer du Jean nommé immédiatement avant; et qui est Jean-Baptiste. Mais pourquoi alors ne l'a-t-il pas distingué par ex apostolis? 11 est certain cependant que l'auteur du canon vise ici Jean l'apôtre, puisqu'il affirme que celui-ci a été témoin oculaire et auriculaire de Jésus.
Le témoignage de saint Irénée, évêque de Lyon, a été très discuté par ceux qui rejettent Torigine johan • nique du IV^ évangile. Il fallait à tout prix en diminuer la valeur, car il est aussi formel que possible, et c'est sur lui que repose, en définitive, tout l'argument
Jautlienticitc externe, le seul véritablement probant.
Donnons d'abord les textes. Après avoir parlé des trois évangiles de Matthieu, Marc et Luc, Irénée ' ajoute : "ËTTSiTa 'lojàwYiç, ô y.a.^r^■:^r^<; toîÎ Kuptou, ô xai etti to aÔïjTOç aiiTOu àvaTTECTWV, xal aixoi; l^îSwxe to eùafyi'kiQ'J , Iv 'Ecpéffw TÎî; 'Affiaç Siaxpiêcov. « Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur la poitrine de celui-ci, donna, lui aussi, l'évangile, pendant qu'il résidait à Ephèse d'Asie ». Irénée rapporte ^ encore que Jean, le disciple du Seigneur, a écrit son évangile pour détruire les erreurs semées par Cérinthe et les Nicolaïtes. Il est inutile de prouver qu'lrénée a eu entre les mains notre IV* évangile canonique; il le cite presque à chaque page de son ouvrage^, et très souvent il fait précéder ces citations des expressions suivantes : Quemadmodum Joannes, Domini discipulus, confirmât... Testimonium perhibet Joannes, Domini discipulus, in Evangelio dicens : ... Sic inchoavit (Joannes) in ea quae est secundum Evangelium doctrina : In principio erat Verbum. Et pour lui le disciple Jean était l'apôtre Jean, fils de Zébcdée. Deux fois il l'appelle apôtre, I, 9, 2 et I, 9, 3; il le range parmi les apôtres : Quidam autem eorum non solum Joanncm sed et alios apostolos vidcrunt, II, 22. 5.
Constatons, tout d'abord , que pour saint Irénée il est certain : 1° que le IV* évangile a été publié par