Elséde, i/î"s(. eccl. III
Saint Jérôme dit que Jean mourut 68 ans après la Passion du Seigneur. Suidas croit quil mourut âgé de 120 ans ; Eusèbe rapporte qu'il avait son tombeau à Éplièse. VU, 25. Daprès une tradition, que relate saint Augustin, Jean vivrait encore, et la terre où il repose serait soulevée par le souffle de sa poitrine. Bien que racontant des faits légendaires, les Acta Johannis, probablement écrits vers 160-170, et faisant partie des Ilepiooot twv à-TroatoXwv, attribués à Leucius, et d'origine gnostique, sont un témoin du séjour de Jean à Éphèse. A ces témoignages on pourrait encore ajouter celui d'Apollonius qui raconte que Jean ressuscita un mort à Éphèse ^ Il semble donc bien établi que lapôtre Jean vécut longtemps à Eplièse et y mourut.
Plusieurs critiques cependant nient ce fait, et quelques-uns soutiennent, Harnack en particulier, que Ion a confondu Jean l'apôtre avec Jean le presbytre, et que l'on a attribué au premier ce qui était vrai du second. En contradiction aux faits relatés ci-dessus on oppose les suivants : Philippe de Side, vers 430, aurait écrit, dans son Histoire ecclésiastique, que Papias raconte dans son second livre que Jean le théologien et son frère Jacques ont été mis à mort par les Juifs, par conséquent à Jérusalem-. Georgios Hamartolos, dans un passage de sa Chronique que nous a conservé le codex Coislin, répète le témoignage de Papias, quil emprunte
i. Ei'sÈBE, Hist. eccl. V,18.
2. Netie Fragmente des Papias, Hegesippus v.nd Pierius in bishciunbekannten Excerplen aus der Kirchengeschichte des Philippus Si- Ueles, von de Boob, p. 170, Leipzig, 1888.
probablement à Philippe de Side. En admettant même la valeur historique de ce témoignage, nous pouvons supposer que Jean a été mis à mort par les Juifs à Kphèse. Rien ne nous oblige à croire que ce fut en Palestine. Georgios Ilamartolos lui-même ne le pensait pas, puisque, un peu plus loin, il raconte, d'après Eusèbe, que Jean mourut à Ephèse. Tout se réduit donc au témoignage de Papias, lequel n'exclut pas Éphèse comme lieu de la mort de Jean, et cela d'autant plus que Papias aurait été témoin oculaire, aÙTour/jç, ce qui indiquerait plutôt Ephèse que la Palestine. On ne peut admettre d'ailleurs que Jean ait été tué à Jérusalem en même temps que son frère Jacques, puisque celui-ci fut mis à mort vers 44, et que Paul nous parle de l'apùtre Jean dans l'épîtrc aux Galates vers 53 au plus tôt. En outre, si Papias a vraiment affirmé le martyre de Jean vers l'an 44, il est bien étonnant que ni Irénée ni Eusèbe n'en aient rien su, et n'en aient pas parlé. Eusèbe, faisant observer que Papias n'a pas été le disciple de Jean l'apôtre, aurait mentionné la mort de Jean en 44, afin de prouver que Papias n'avait pu le connaître. Donc, quelle que soit la cause de l'erreur d'attribution de ce fait à Papias, il est certain que celui-ci n'a pu mentionner le martyre de Jean en 44. Quelle importance d'ailleurs peut-on attacher à des témoins dont le plus ancien vivait au moins quatre siècles après l'événement? Il est vrai qu'ils s'appuient sur un témoignage contemporain, mais nous récusons ce témoignage.