lllst, eccl. III
On en appelle ensuite autémoignage du martyrologe syriaque, traduit par W. Wright ^ , qui, énumérant les martyrs, cite après Etienne : Jean et Jacques, apôtres, à Jérusalem; Pierre et Paul à Rome. Dans sa forme actuelle ce martyrologe ne date que du iv*v*= siècle ; mais n'est-il pas la reproduction d'un document antérieur? Nous devons conclure de la façon dont étaient construits les martyrologes que cette formule signifiait simplement que Jacques et Jean étaient commémorés le même jour à Jérusalem, comme Pierre et Paul l'étaient à Rome. L'Eglise syrienne n'a aucune tradition du martyre de Jean à Jérusalem. Au contraire, d'après la Doctrine d'Addaï'^^ le livre des Actes a été envoyé d'Éphèse par Jean, fils de Zébédée.
Y a-t-il lieu d'attacher de l'importance à la parole du Seigneur disant à Jean et à son frère Jacques : « Vous boirez le calice que je vais boire et vous serez baptisés du baptême dont je vais être baptisé », Me. X, 39? Le Seigneur faisait-il allusion à une mort violente pour les deux frères? En tout cas, on peut toujours alléguer le supplice de Jean plongé dans l'huile bouillante.
On ne peut donc conclure d'aucun de ces témoignages que Jean n'a pas vécu à Ephèse, et ceux que nous avons apportés sur le séjour de Jean dans cette ville subsistent. On ne contredit pas d'ailleurs ces derniers, mais on prétend qu'ils se rapportent à Jean le presbytre et non à Jean l'apôtre.
\. Journ. ofsacredLit. VUI, New Séries, p. 45, 1803. 2. Ed. Phiupps, p. 44, 1876.
On fait quelques observations préliminaires. Comment, si Jean a été à la tète de l'église d'Éplièse, Paul, s'adressant aux presbytres de cette ville, peut-il leur dire qu'il sait (|ue, parmi eux, s'introduiront des loups redoutables, que des hommes prononceront dos discours pervers, et ne fait-il aucune allusion à l'apôtre qui vivra parmi eux? De plus, si l'apôtre Jean a réellement vécu longtemps à Ephèseet y a occupé une place prédominante, comment Ignace, écrivant aux Ephésiens qui, dit-il, ont toujours été en accord avec les apôtres, XI, parlc-t-il seulement de Paul, XII, qui n'a vécu que trois ans chez eux, et cela il y a une quarantaine d'années, et ne leur dit-il rien de l'apôtre Jean, qui avait vécu longtemps parmi eux, et dont le souvenir devait être encore récent lorsqu'il leur écrivit'? On remarque, en outre, que les écrivains de cette époque et de ce pays ne paraissent pas connaître l'évangile de Jean; ce qui est difficile à comprendre si Jean a vécu à Ephèse. Les rapports qui existent entre le IV' "^ évangile et les épîtres de Polycarpe et d'Ignace sont très vagues.
De plus, le texte de Polycrate d'Ephèse, cité plus haut, ne peut viser Jean l'apôtre, fils de Zébédée. L'évéque d'Ephèse donne à ce Jean plusieurs titres, martyr, docteur, prêtre, et ne dit pas qu'il était apôtre ; il le place après Philippe, qui était, dit-il, un des douze apôtres, ce qui est une erreur, puisque Philippe était un des sept diacres, et il semble le ranger avec Polycarpe, Thraséas. Enfin, il ajoute qu'il était prêtre et portait le bandeau sacerdotal. Ce n'est donc pas du fils de Zébédée, pêcheur de Galilée, qu'il parle.
Tout ceci posé, les critiques, Harnack, Schmiedel, soutiennent qu'il y a eu confusion entre deux Jean, Jean Tapôtre et Jean le presbytre. L'auteur de la confusion est Irénée qui ayant appris, étant enfant, que Poly carpe avait été disciple d'un Jean, en avait conclu que Polycarpe avait été le disciple de Jean l'apôtre qui avait alors dû vivre à Éphèse, tandis qu'il s'agissait de Jean le presbytre. Le Jean que Papias a connu était Jean le presbytre; il en est de même pour Polycrate d'Éphèse.
Nous avons déjà fait observer l'impossibilité qu'il va à admettre qu'Irénée ait constamment cru que le Jean qui avait vécu à Ephèse, était Jean l'apôtre, quand c'était Jean le presbytre ; la tradition ne pouvait être confuse à ce point sur les lieux mêmes et à peine au bout de cinquante ans. Ajoutons ce fait : Irénée est tellement persuadé que Polycarpe a connu Jean l'apôtre et, par conséquent, que celui-ci a vécu en Asie, qu'il écrit au pape Victor que son prédécesseur Anicet n'a pas pu persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu'il avait toujours observé avec Jean, le disciple du Seigneur, et les autres apôtres avec lesquels ils étaient en communion ^ Remarquons en outre que sur le séjour de Jean à Jiplièse nous avons d'autres témoignages que celui d'irénée et qu'il est bien difficile, sinon impossible, de supposer que tous ces témoignages, quelques-uns du n" siècle et orientaux, tels que ceux de Polycrate, de Justin et des Acta Johannis, dépen-
i. EusLBE, Htst. ecd, V, Vi, 16.
dont d'un ouvrage écrit à rextrémité de l'Occident à la fin du u'^ siècle. Il faudrait croire que tous, et indépendamment les uns des autres, ont fait, au ii" siècle, la même confusion. Sil en avait été autrement, Irénée, qui a voyagé dOrient en Occident et vu bien des personnages, aurait appris qu'il se trompait.
Si l'on veut soutenir avec Bousset que la confusion entre les deux Jean était déjà opérée au temps de Justin, l'hypothèse devient encore plus invraisemblable, car il faut supposer que la confusion s'est faite dans la première moitié du ii'' siècle et sur les lieux mêmes où auraient vécu les personnages.
On résout d'une autre façon la difficulté qui résulte du texte de Papias. Ce Jean le presbytre n'est pas, diton, encore arrivé nettement au plein jour de l'histoire- Papias' nomme dans la même liste Jean, disciple du Seigneur et Jean le presbytre, disciple aussi du Seigneur. « Voici le texte en discussion : Quand, quelque part, je (Papias) rencontrais ceux qui avaient été dans la compagnie des presbytres, je cherchais à savoir les dires des presbytres; ce qu'avait dit André ou Pierre ou Philippe ou Thomas ou Jacques ou Jean ou Matthieu ou quelque autre des disciples du Seigneur; ce que disent Aristion et Jean le presbytre, disciples du Seigneur ». Eusèbe fait remarquer que Papias mentionne deux personnages nommés Jean. Il place le premier avec Jacques, Pierre et le reste des apôtres; c'est clairement l'évangéliste qu'il indique. Pour
i. EtsÈDE, Hist. eccl. HI, 30, 4.
l'autre Jean, il change son discours, et range celui-ci parmi d'autres, qui sont en dehors des apôtres, le plaçant après Aristion et le nommant clairement le presbylre. Cela confirmerait l'assertion de ceux qui affirment qu'il y aurait eu deux personnages de ce nom en Asie.
Nous aurions là, dit-on. une conjecture critique d'Eusèbc, conjecture appuyée sur le texte de Papias, lequel resterait seul comme témoin de l'existence de .lean le presbytre. Mais son texte, remarque-t-on, peut très bien s'interpréter dans le sens d'un seul Jean, qui serait Jean l'apôtre. Dans le premier membre de phrase il rapporterait ce que les presbytres avaient appris des disciples du Seigneur, dont était Jean, et dans le second il redirait ce qu'il a appris lui-même de Jean le presbytre, disciple du Seigneur. Rien ne s'opposerait à ce que le second fût identique au premier,
Dcnys d'Alexandrie ne croit pas, il est vrai, que le Jean auteur de l'Apocalypse, soit Jean l'apôtre, mais il ne soit pas quel est ce Jean. Aucun écrivain ecclésiastique, continue-t-on, n"a parlé de ce Jean le presbytre, qui aurait cependant, prétend-on, occupé une position tellement prééminente en Asie que la tradition l'aurait identifié avec Jean l'apôtre. C'est là un fait extraordinaire, si vraiment ce Jean le presbytre a existé. On n'attache aucune importance au témoignage des Constitutions apostoliques, VII, 46, d'après lesquelles un prêtre Jean aurait été évoque d'Ephèse après Jean l'apôtre. Il est donc possible qu'il n'y ait eu à Ephèsc ([u'un Jean et que ce fut Jean l'apôtre et que, par conséquent, ni saint Irénée, ni la tradition chrétienne ne
se soient trompés en attribuant à Jean l'apôtre ce qui appartenait à Jean le presbytre.
Bien des critiques ^ cependant, croient que Papias a distingué deux personnages du nom de Jean. La tractation grammaticale, qu'on fait subir au texte, ne les a pas convaincus qu'il fallait admettre que le nom du même personnage eût été mentionné deux fois. De plus, le témoignage d'Eusèbe est tellement net qu'il y a une certaine audace à contredire un historien dont ailleurs on accepte l'autorité, et à soutenir qu'il n'a pas compris un texte assez clair. Il semble bien qu'Eusèbe savait le grec, et si vraiment les temps des verbes employés indiquaient qu'il n'y avait qu'un personnage, il l'aurait vu. A lire le texte il apparaît d'ailleurs que Papias marque une distinction entre le premier Jean, disciple du Seigneur qui est rangé parmi les apôtres, et Jean, placé après Aristion, et qui est qualifié de presbytre. Saint Jérôme ^ explique le texte de Papias de la même façon qu'Eusèbe. Philippe de Side^, v* siècle, interprète 'aussi le texte de Papias comme Eusèbe : « Ayant dressé le catalogue des apôtres, après Pierre et Jean, Philippe et Thomas et Matthieu, Papias a inscrit parmi les disciples du Seigneur Aristion et un autre Jean qu'il appelle les presbytres ». Papias aurait donc mentionné deux personnages du nom de Jean, l'un apôtre, l'autre presbytre.
11 faut probablement admettre l'existence d'un Jean le
i. C.U.HES, Évangile selon saint Jean, p. 2-2.