‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 58 sur 137 · TiXFRONT, op. cit., p · texte numérisé non relu

TiXFRONT, op. cit., p

Matthieu, I, 20 : 'lojarj-f, uloç Aauei'S, (jiïj cpoêïjOî) TtapaXaêeîv Mapiov Tr;v yuvaîxd (tou* to yàp £v aurri y£vv/;0£v £x 7rveu[ji.«T0ç ECTiv àyiou. Toutes ces idées se retrouvent résumées et condensées en formules dans le prologue du lY*" évangile.

Ainsi donc, c'est surtout dans l'Ancien Testament et aussi dans les discussions rabbiniques du temps que l'auteur du IV^ évangile a trouvé l'idée première du Verbe de Dieu, vie et lumière. On a soutenu * cependant que les théories ambiantes sur le Logos avaient influé sur l'application à Jésus de cette appellation. Aux temps contemporains du IV^ évangile, sous l'influence des idées stoïciennes, il était beaucoup parlé du Logos. Il serait possible que, dans les milieux juifs ou chrétiens du i*' siècle, se soit opéré le mélange entre le concept grec et celui de l'Ancien Testament. Peut-être même que les chrétiens y auraient été amenés par leurs discussions avec les Grecs. Ceux-ci parlaient du Logos, raison éternelle, vivant en Dieu, et lumière intérieure de l'homme; les chrétiens répondaient que ce Logos leur était connu parleurs livres saints, qu'il est devenu homme et a vécu parmi eux dans la personne de Jésus- Christ. Ce serait dans le IV® évangile qu'on trouverait pour la première fois cette adaptation du Logos à Jésus- Christ. Qu'elle ait été suggérée à saint Jean par la ressemblance entre le Logos stoïcien et celui de l'Ancien Testament , dont il retrouvait les traits dans J ésus-Christ , ce n'est pas impossible, mais, à notre avis, ce n'était

). Drimmokd, op. cit.

pas nécessaire. 11 a pu trouver tous les éléments de son identification dans les Livres Saints et surtout dans sa connaissance intime de Jésus. Remarquons d'ailleurs que ce qui lui importait, c'était Jésus-Christ; car, après avoir dit dans le prologue de son évangile ce qu'était le Verbe, son incarnation en Jésus-Christ, il ne le nomme plus une seule fois dans le reste de l'évangile.

Nous devons conclure que l'auteur du IV" évangile a pu trouver dans l'Ancien Testament, dans le Nouveau, dans les écrits juifs extracanoniques, dans les Targums, le germe des idées, qu'il a développées dans son prologue, et si les conceptions métaphysiques qu'il reproduit dans les discours du Seigneur lui viennent de celuici, ce que nous démontrerons, il n'était pas nécessaire qu'il fût initié à la philosophie grecque et principalement à la philosophie alexandrine ; il a pu être un Juif palestinien, ayant vécu dans un milieu grec. Rien ne s'oppose donc à ce qu'il ait été Jean l'apôtre.

2° L'auteur du 1 P évangile a été témoin oculaire des faits qu'il raconte. D'une lecture attentive de l'évangile nous concluons que l'auteur a dû vivre dans le milieu où les faits racontés se sont produits, dans le cercle intime des acteurs de ces faits, I, 35, 51; III, 22-26. Il entre dans de minutieux détails, quelquefois inutiles au sujet, mais trahissant un écrivain qui rapporte ces faits uniquement parce qu'il les a vus. Il spécifie les jours ou les heures comme seul peut le faire un témoin : le lendemain, I, 29, 35, 43; trois jours après, II, 1; la dixième heure, I, 39 ; la sixième heure, IV, 6. Il donne les noms de personnages qui importaient peu au récit :

Philippe, André, Thomas, Judas, non l'Iscariotc, Malchus. Plusieurs de ses récits sont vivants, et présentent une variété de situations que seul un témoin oculaire a pu rapporter. Quon lise en particulier l'épisode de la femme samaritaine où Ton relève une multitude de détails de temps, dé lieu, d'action, insignifiants; la multiplication des pains, la guérison de l'aveugle-né. la résurrection de Lazare, la dernière cène, les différentes scènes de la passion et de la résurrection de Jésus.

Reconnaissons cependant que ces observations n'obligent pas à conclure nécessairement que l'auteur de

lévano-ilc a été témoin oculaire des faits; elles constio

tuent seulement une forte présomption. En effet, nous trouvons dans les apocryphes du temps : Evangile des Hébreux, Actes de Pilate, Protévangile de Jacques, Histoire de Joseph le charpentier, autant de personnages dont les noms sont donnés, autant et même plus de détails sur les diverses scènes racontées. Et pourtant, on n'est pas autorisé à conclure de ces constatations que les auteurs de ces écrits ont vu les événements. Nous devons donc présenter des preuves plus adéquates de notre proposition.

A diverses reprises, l'écrivain déclare qu'il a été témoin oculaire des événements qu'il raconte. Nous avons démontré que l'auteur du IV'' évangile a écrit aussi la première épîtrcdc Jean. Or, dans les premières lignes de cette épître, il est nettement affirmé que l'écrivain a vu ce qu'il rapporte et ce qu'il rapporte est contenu dans le IV*" évangile. Ce qui était dès le com-

mencement et que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché concernant le Verbe de la vie, — car la Vie a été manifestée et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée, — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi, afin que vous ayez, vous aussi, communion avec nous, et notre communion à nous est avec le Père et avec son fils J ésus- Clirist. Et nous vous écrivons ces choses afin que notre joie soit accomplie, I Jn. 1, 1-4. Il ne peut être question ici, comme on l'a soutenu, de vision mystique.

Les témoignages que, dans l'évangile, l'écrivain se rend à lui-même se rapprochent beaucoup de celui que nous venons de citer. « Et le Logos devint chair et il habita parmi nous et nous contemplâmes sa gloire, £Gea(ydp.e9a r/jvSô^av aùxou ». I. 14. Comme précédemment, l'auteur parle au nom dune collectivité, mais cela n'infirme en rien sa qualité de témoin oculaire. Au chapitre XIX, 35, le témoignage est moins clair : « Et celui qui a vu a attesté et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez ». Avons-nous ici le témoignage d'un ou de deux témoins : l'écrivain qui a vu les faits et les allcste, et lui-même se rendant le témoignage qu'il dit vrai, ou bien l'écrivain en appelle-t-il au témoignage d'un autre, qui connaît sa véracité? On pourrait encore croire que l'écrivain déclare qu'il tient ce récit d'un témoin oculaire dont il garantit la véracité. La première hypothèse paraît la plus plausible ; un semblable procédé se retrouve en

offct dans les écrits johanniqucs. Dans l'évangile, Jésus en appelle à son propre témoignage; dans la 111'' épître de Jean, 12, nous avons un raisonnement analogue : Tout le monde et la vérité elle-même rendent témoignage à Démétrius ; nous aussi nous lui rendons témoignage, et tu sais que notre témoignage est vrai.

Enfin, le témoignage qui est rendu à l'auteur au chapitre XXI, 24, est décisif. Nous montrerons plus tard que ce chapitre est du même auteur que le reste de l'évangile. Il y est raconté du disciple que Jésus aimait, que le Seigneur ayant dit de lui : Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? le bruit aurait couru qu'il ne mourrait pas, mais en réalité la parole ne comportait pas cette conclusion. A la suite nous lisons : C'est ce même disciple, qui atteste ces choses, et qui a écrit cela, et nous savons que son témoignage est véridique. Cette attestation peut être celle de l'auteur lui-même ou celle de personnages, qui garantissent la véracité de l'évangéliste. Quelle que soit l'hypothèse adoptée, il s'ensuit que c'est le disciple bien-aimé qui a écrit le IV'' évangile. Or, nous avons vu que le disciple que Jésus aimait, était l'apôtre Jean, lequel a été témoin oculaire de la vie de Jésus, et témoin auriculaire de ses enseignements.

Il est vrai qu'on peut faire une autre hypothèse et penser que ces paroles visent seulement le passage où il est question de l'immortalité éventuelle du disciple que Jésus aimait. Mais si, comme nous le prouverons, ce chapitre XXI'' est du même auteur que

les autres chapitres, il s'ensuit néanmoins que le disciple bien-aimé est celui qui a écrit tout l'évangile.

A ces preuves directes par lesquelles nous venons d'établir que Jean est l'auteur de l'évangile, on pourrait ajouter les passages où l'écrivain, rapportant des paroles ou des actes du Seigneur, II, 16-22 ; XII, 18 ; XVI, 2, 4, 32; XIY, 25-27; XVI, 13, 14, parle comme un témoin qui a vu ou entendu, mais qui n'a compris que plus tard la signification véritable de ce qu'il relate.

Plusieurs critiques cependant ont soutenu que l'évangile ne pouvait pas être l'œuvre d'un témoin oculaire, qu'il n'avait pas été écrit par Jean, mais par un de ses disciples. Nous avons déjà vu ce qu'il fallait penser de l'hypothèse de Delff, qui rejette l'identification de Jean avec le disciple que Jésus aimait. Relevons d'abord deux menues observations, qu'on a présentées pour établir que l'auteur n'était pas Jean, témoin oculaire des faits, mais un de ses disciples.

Puisque Jean est, dit-on, le disciple que Jésus aimait, il ne peut être l'auteur de l'évangile sans être taxé de présomption ou d'orgueil, pour avoir rappelé à diverses reprises l'amour de son maître pour lui. Pour nous, cette épithète, que se donne Jean, est plutôt une marque de reconnaissance et un témoignage de l'amour en retour de Jean pour Jésus. D'ailleurs, cette objection ne porte pas, puisqu'il est dit nettement dans l'évangile, XXI, 24, que le disciple bienaimé en est l'auteur.

On a prétendu qu'en certaines scènes Jean était placé au-dessus de Pierre, et l'on a vu là le fait d'un

disciple de Jean, qui a voulu exalter celui-là aux dépens de celui-ci. Au dernier repas, Jean repose sur la poitrine du Seigneur, et Pierre s'adresse à lui pour qu'il demande au Seigneur le nom du traître, XII, 23, 24 ; lorsque Jésus est conduit chez le grand-prêtre, Jean entre en même temps que Jésus, et Pierre reste dehors, près de la porte. Jean parle à la portière et fait entrer Pierre, XVIII, 15, 16. Lors de la résurrection, Jean va au tombeau avec Pierre, mais il court plus vite que lui, et arrive le premier, XX, 3, 4. Le choix de ces menus faits, assez insignifiants en euxmêmes, ne prouve en aucune façon l'intention chez l'auteur de rabaisser Pierre. Si tel avait été son but, il l'aurait atteint par des faits plus importants. Et remarquons que Pierre occupe en réalité dans l'évangile la première place. C'est lui qui parle au nom des disciples : Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle, VI, 68, et c'est à lui que Jésus donne la charge de paître ses agneaux et ses brebis, XXI, 15-17.

L'argument sur lequel on a le plus insisté, pour établir que l'auteur n'avait pas été témoin oculaire et pour attribuer à un disciple de Jean la composition du lye évangile, est la différence qui existe entre cet évangile et les synoptiques, soit pour les faits, soit pour les discours. L'apôtre Jean, a-t-on dit, connaissait trop bien les événements pour les avoir rapportés d'une façon aussi défectueuse. Quant aux discours, ils présentent un mélange de paroles authentiques et de considérations théologiques, qui ne peuvent être que

le fait d'un disciple, qui a rapporté indistinctement les enseignements authentiques de son maître, les traditions populaires ou les spéculations théologiques, postérieures à la mort du Seigneur, en particulier les doctrines pauliniennes. Nous établirons plus tard la valeur historique des faits et des discours rapportés dans le IV'' évangile, et Ton verra s'il est nécessaire ou même utile, pour expliquer l'état des choses, de supposer l'intervention d'un disciple.

Le système de Wendt ' précise davantage cette hypothèse de l'intervention d'un disciple dans la composition du IV^ évangile. L'apôtre Jean, dit-il, aurait rassemblé deux groupes de discours du Seigneur, l'un, proclamant devant les Juifs de Jérusalem la communion intime de Jésus avec Dieu, et l'importance unique de celui-ci pour le salut de l'humanité; l'autre, rapportant son enseignement secret à ses apôtres. Analogues aux Logia de Matthieu, ces discours étaient introduits par de brèves notices. Ce recueil avait une haute valeur historique. Jean avait placé en tête le prologue pour mettre en garde les chrétiens d'Asie contre les fausses spéculations sur le Logos, en reproduisant la conception juive de la parole, une avec Dieu, par qui le monde a été créé et qui s'est manifestée dans le Christ historique. Ce document fut publié, et c'est lui qu'ont connu Ignace et Justin. Personne, sinon ces deux écrivains, ne l'aurait connu. Cette ignorance nous paraît bien extraordinaire. Vers

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