Das Johannesevanf/elium, GoUingen
lan 100-125, un chrétien d'Asie, de Técole de Jean, aurait composé l'évangile actuel. Il aurait reproduit de mémoire les discours du recueil johannique, en y introduisant quelques enseignements, plus conformes aux idées de l'âge post-apostolique. Pour les récits, il aurait utilisé les évangiles synoptiques et des traditions qui n'avaient pas trouvé place chez ceux-ci. Des métaphores auraient été transformées en faits, ou matérialisées ou illustrées par des faits. Ainsi, Jésus était la lumière et la vie ; l'idée s'est concrétée dans la guérison de l'avcugle-né et dans la résurrection de Lazare. Cette attribution à deux auteurs différents des discours et des récits est prouvée par les divergences de vues entre les discours et les récits, par les défauts d'harmonie entre les discours et les récits qui les encadrent, par des dislocations d'arguments appartenant primitivement à un même contexte. Ainsi, Jésus, en parlant de ses œuvres, les appelle toujours ip^a, tandis que le récit les qualifie de oyjueïa.
Observons d'abord que cette différence d'appellation est très naturelle. Jésus emploie un terme général, tandis que l'évangéliste spécifie les faits. D'ailleurs, sur les treize fois où Jésus a employé ce terme Ipy» en parlant de ses oeuvres, sept fois c'était le mot propre, IV, 34; IX, 4; X, 37, 38, etc. ; huit fois, il était plus approprié que le terme dïifxeTa, V, 20, 30; X, 25, 32, etc., et une fois seulement a/i^aela était mieux approprié que £pY«, VII, 28. Inversement, Jésus emploie aussi ce terme oryiixeTov, IV, 48; VI, 26, et le terme epya est mis dans la bouche des frères de Jésus, VII, 2.
Par conséquent, ces deux termes sont employés dans leur sens ordinaire, tels que l'idée à exprimer l'exige. Quant aux incohérences, aux dislocations d'arguments, qu'on relève dans le IV« évangile, elles prouveraient seulement, en supposant qu'on les admette toutes, que l'auteur n'était pas un très habile écrivain, qu'il n'a pas su ranger exactement les arguments de ses discours, les harmoniser toujours adéquatement avec les récits qui les encadrent. Enfin, contre cette théorie d'une double origine des récits et des discours du IV évangile, il y aura toujours le fait capital de la tenue très uniforme du style et de la langue d'un bout à l'autre de l'évangile. La langue des récits est, à peu de chose près, identique à celle des discours. Or, à moins de supposer que l'évangéliste s'est appliqué à imiter l'apôtre, duquel provenaient les discours et qu'il a admirablement réussi, œuvre dilTicile, on l'avouera, on doit conclure à l'unité d'auteur pour tout Tévangile. Mais, en ce temps-là, on ne pratiquait pas ces imitations, et même en quel temps est-on arrivé à une aussi exacte ressemblance sur une aussi grande étendue de texte? Comment comprendre ensuite que cet habile écrivain n'a pas su faire cadrer les détails du récit avec les discours ? Il est bien plus simple de supposer que l'auteur, déjà âgé, écrivait ou parlait beaucoup plus pour persuader et enseigner pratiquement que pour donner un enseignement doctrinal. Il aura parlé au courant de sa mémoire, et relaté les faits etles arguments de ses discours dans l'ordre où il se rappelait les uns et les autres.
Signalons aussi une observation à laquelle Weizsàcker^ attache une grande importance. L'auteur du IV" évangile n'a pu être un témoin oculaire des faits et surtout n'a pu être un ami personnel de Jésus, Jean l'apôtre, car, dit-il, il est impossible que le disciple bien-aimé, qui a reposé sa tête sur la poitrine du Seigneur, ait pu représenter sa vie personnelle avec Jésus comme une vie avec le Logos incarné de Dieu. Il est impossible d'imaginer une puissance de foi et de philosophie suffisante pour oblitérer assez le souvenir d'une vie réelle et y substituer cette merveilleuse peinture d'un être divin. On comprend que Paul qui n'avait pas connu Jésus, qui n'avait pas été en contact avec l'homme, ait pu susbtituer le Christ céleste au Christ terrestre, mais il n'a pu en être de même pour un homme qui aurait vécu en commerce quotidien avec Jésus. Si cette observation était juste cela reviendrait à nier que les apôtres, témoins de Jésus-Christ, croyant à sa messianité et à sa divinité, aient pu transmettre quoi que ce soit de la vie de Jésus.
En réalité, il n'y a aucune impossibilité à ce qu'un ami personnel du Seigneur, qui avait vécu dans son intimité, qui, par cette vie de tous les jours et par les enseignements de son maître, avait connu ce qu'était celui-ci, non seulement dans ce qui paraissait aux yeux de tous, mais encore dans sa nature intime, que cet ami ait pu redire ce qu'il avait vu et répéter ce qu'il avait entendu. Or, Jean avait été le témoin