cit., p
Toîi ©eoù, dans l'Évangile il est appelé ô ^ôyoî- Les deux expressions sont différentes j.l'une est d'origine palestinienne et rappelle la Memrâ de Jahvé; l'autre est alexandrine et rappelle le Logos de Philon. D'ailleurs cette expression de l'Apocalypse est probablement une glose, puisque, au f 12. il est dit que le personnage porte sur la tête un nom écrit, que personne ne connaît. De plus, quelle différence entre le personnage de l'Apocalypse et le Logos du IV'= évangile.
Nous répéterons que ces différences ne sont pas incompatibles avec l'unité d'auteur pour les mêmes écrits, et cela pour les raisons déjà données : différences des sujets et matériaux préexistants. On pourrait ajouter que, peut-être, les deux écrits n'ont pas été rédigés par le même secrétaire, auquel il faudrait attribuer une certaine influence dans la facture du style.
IL Ressemblances. — 1, Langue: 'OÇwvTraTiqp, Jn. VI, 57 = 0eo; Çwv, Ap. VII. 2 ; ô uîcx; xoïï 0eou, en parlant de Jésus-Christ, Jn. III, 17 = Ap. IL 18; xo cpôiç to àXiriôtvov, Jx. 1,9; lyw £Î[xiri àXïiôaa, XIV, 6; àXTiôivoç, 9 fois dans l'évangile, 4 fois dans les épîtrcs, 10 fois dans l'Apocalypse; trjpw Tov Xoyov, Jn. VIII, 51 = Ap. III, 10. Ai'owfjM est très fréquemment employé dans Tévangile et dans l'Apocalypse ; il en est de même pour Xa[jL6otv£iv, aapTuç, [xapTupsïv, [jiapTupia, vixav, dXYivow, 1 fois dans l'évangile, 4 fois dans l'Apocalypse et pas dans les autres livres du Nouveau Testament; «j^euS-ziç, icpa^w [au. X£YO[Jt£vov], oiJ/k;, (potviç,£XX£VT£Ïv,7rià^£iv, afXTCXoç, av£[AO(; [xéY«<, £VT£uÔ£V, Ixetôfiv, y^F'-iÇeiv ^i ^'^ Tivoç, <TU[jLêouX£U£iv, ffy)[Jiai'veiv, lêpaïffTi, eî 0£f/-/i,vu[jL'fvi, axrfioq, àpvt'ov, mot rare, àTrapii, etc.
S(Hils. l'évangile et l'Apocalypse ont employé le futur de cpÉpw : oTaw. et celui de cpsuyoi : cpfu^ojxat.
Signalons l'emploi de Tupo; avec le datif, Jn. XVIII, 16; Ap. I, 13 ; de ài^o dtaSîwv, Jn. XI, 18; Ap. XIV, 20. Plusieurs des constructions que nous reconnaîtrons plus tard comme particulières, soit à l'évangile, soit à l'Apocalypse, se retrouvent dans les deux écrits. Ainsi l'emploi de la paronomase, c'est-à-dire la répétition d'un mot d'une phrase dans la phrase suivante pour enchaîner la suivante à la précédente : Jn. I, 1, Iv ap)(^î)^v ô Xoyo; xai ô ^oyoç, etc. = Ap. III, 15-16, oîSa... oti outs '^u/poç sTouTS î^euTOç* ocpsXov <\i\jy^poi;ri(;v\ î^sffTOç. 05TwçoTr/Xtapoi; £1, xa\ ouT£ ÇeaToç ouxe 4"^X.P°'î- Remarquons encore l'emploi particulier de l'article placé entre le substantif et son qualificatif : Jn. I, 9, Tocpcôç to àXYi9ivov; XVII, 17, 6 ^oyoç 6 ffo'ç; XVIII, 36, ri paatXei'a r^ iar/, I Jn. I, 2, xi^jv Çwyjv XY\\/ aîioviov ; 1, 3, /) xoivwvia ôè •?) -fifjiêTÉpa = Ap. I, 5, ô (xap-ruç ô TTiffTOç; II, 4, Tvjv (XYaTryiv tvjv TrpioTYjv ; II, 11, ex tou ôavdtxou Toïï SeuTÉpou. De même que l'évangile I, 39, 42, 43; IX, 7; XIX. 13, 17, l'Apocalypse, III, 14; IX, U; XII, 9; XX. 2; XXII, 20, traduit en grec lesmots hébreux, procédé assez rare dans les autres écrits du Nouveau Tesment. Jean emploie le verbe i/(a avec un substantif au lieu du verbe correspondant à ce substantif. Dans l'évangile on trouve àyaTcriv syio pour àyaTrato; àfjiapTtav I/m pour à(j.apTcicv(o, etc. ; dans I Jn. xoivo)v(av ejoi pour xoiva>vew ; dans l'Apocalypse ÔTrojjiovyiv ï/oi pour uTrofjLovsto, etc. Parmi les expressions familières ou même particulières à Jean nous citerons : TTipeTv xov \6^o\, xàç IvxoXàç, év. 12 fois, épître 7 fois, Apoc. 9 fois; TrEpiiraxeiv (xexàxivoç, Y^^OD
TTicftoç, ep/ou xai iSe, ôaupta^siv oiâ, XaXgTv fjLETà tivo;, àxoXouOeîv |j.£-ca; irStç et jamais aita; avec Tarticle et un participe; i5âû)p Çwv, Jn. IV, 10; VII, 38 = CSwp Cwyî;, Ap. XXI, 6; XXII, 17; TrrjY'/) SSaToç, Jn. IV, 14 = ■KfiyaX uoàxcuv, ^/?. VIII, 10, etc.*.
On pourrait relever dans l'évangile et la P® cpître de Jean des irrégularités analogues à celles de l'Apocalypse : Jx. I, 14, Sô^av Ôjç (jLOvoyevouç,.. TcXTipr,?; XV, 5, ô {xévwvlv i[xoi xàyw iv auTto; XII, 12, Oy(^Xo(; tcoXuç ô ilQoiV... âxoû(ï«vT£<; ; XXI, 12, oùSe'iç IxôXfjLa... siSois;; XVII, 2, iva TTÔcv 6 oéôcoxa; aÙTÔi ouxrr) auToTç Cwyjv atojviov ; XV, 6, lotv (/.>] Ti; {aÉw) Iv ep.ot... duvayousiv aura; I Jn. V, 16, xat owaei auTw î^wv^v, Toï; àuapTavouoriv {jiri Tcpoç ôavaTov ; II Jx. 1, toîç Téxvoiç aÙT^ç ouç lyw aYaTrÔl. Signalons aussi les changements de construction, Jn. II, 24, 25; III, 28; VI, 22; XIII, 29 ; TTpoffxuvéw, Jn. IV, 22, 23 ; Ap. XIII, 8, avec l'accusatif, forme classique, au lieu du datif employé dans le Nouveau Testament, Mt. IV, 10, citation des Septante. Le sens trop étendu donné à l'va se rencontre dans l'évangile et l'Apocalypse : Jx. XII, 23; XIII, 1; XVI, 32 = Ap. II, 20; Jx. XV, 13 ; I Jn. I, 9 = Ap. XIII, 13. L'emploi elliptique du même iva, Jx. I, 8; IX, 3; I Jx. II, 19 = Ap. XIV, 13. Comparez encore Jx. VIII, 56; IX, 2; XI, 15 = Ap. XIV, 13; XXII, 14.
2, Ressemblances doctrinales. Dans l'évangile et l'Apocalypse Jésus-Christ est le Xo'yoç 0coù, Jx. I, 1; Ap. XIX, 13; il est appelé l'Agneau, à[xvoç, Jx. 1, 29, 36; àpviov, Ap. V, 6, 8, etc. 28 fois; le Fils fait connaître le
i. Cf. BoussET, Die OfTenbarung Johannis, p.i'l, Gôttingeu, 190C.
Père, Jn. I, 18 = Ap. I, 1; il doit être honoré avec le Père, V, 23 = V, 12, 13 ; le Père et le Fils sont un, X, 30 = XXI, 23 ; XXII, 1 ; tout ce que le Fils possède lui a été donné par le Père, V, 19, 22, 26, 27 = 1, 1 ; II, 26, 27 ; Jésus a vaincu le monde, XVI, 33 = III, 21 ; le démon va être jeté dehors, lxéXy,6vi(TeTat eÇw, Jn. XII, 31 ; a été jeté sur la terre, l%\r^'r\ ûc, xviv y^v, vIjd.XII, 9. Jésus nous a aimés, I Jn. III, 16 =: Ap. I, 5; III, 9; tout ce qu'il a reçu de Dieu il l'a donné aux siens, XVII, 22 ; XV, 15 = III, 21 ; il a enlevé nos péchés par son sang, I Jn. I, 7 ; Jn. I, 29 = Ap. 1,5; V, 9 ; Jésus est appelé roi, I, 50; XVIII, 35 = II, 26, 27 ; XVII, 14; il paît ses brebis, X.27, 28 = VII, 17; il donne l'eau vive, IV, 10- 14 = XXI, 6 ; XXII, 1 ; il habite avec ceux qui l'aiment, XIV, 23 = III, 20; il ressuscite les morts, V, 21, 25; XI, 25 = I, 18; il jugera, V, 22, 27 = XIX, 11. Le Saint-Esprit instruit les fidèles XIV, 26 = II, 7 ; ceuxci suivront Jésus, XIII, 36 = XIV, 4; le démon est homicide, Vin, 44== XII, 4.
Le IV*^ évangile seul parle, XIX, 37, du soldat qui perça de sa lance le côté de Jésus et il cite un texte de Zacharie, XII, 10, qui est cité aussi dans l'Apocalypse, I, 7. Or, des deux côtés on a la même traduction grecque, différente de celle des Septante, le même verbe grec, IxxevTet», employé ici seulement et dans Aristote, Polybe et Polyen.
Tout compte fait, la somme des ressemblances l'emportant de beaucoup sur celle des différences, nous pouvons conclure que le IV*' évangile, les épîtres johanniques et l'Apocalypse ont été écrits par le même au-
tcur. Il faut déterminer quel il est, en traitant séparément ces livres, car les preuves d'origine johannique sont particulières pour chacun d'eux; puis examiner les questions critiques, historiques et doctrinales qui concernent ces écrits.