‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 18 sur 82 · Die diuellen dcr Apottelgeach., Gotha, iS'M · texte numérisé non relu

Die diuellen dcr Apottelgeach., Gotha, iS'M

riilgenfeld^ a donné aussi son avis sur la question. Il distingue trois sources : A, Ilpâçet; nÉxpou, d'origine judéo-chrétienne, d'où dérivent les chapitres I, 15-V, 42; IX, 31-42; XII, 1-23. B, OpâÇeiç twv ÉTtrâ, écrit judéo-chrétien hellénisé, auquel sont empruntés les chapitres VI, 1-VIII, 40. C, Upâ^eiç ITauXou, œuvre d'un chrétien d'Antioche, en partie témoin oculaire des événements, a fourni les chapitres VII, 58 b-WU, la, 3; IX; XI, 27-29; XIII-XXVIII, y compris le journal de voyage. Ces trois sources ont été réunies et modifiées par un paulinien unioniste, qui a voulu montrer que l'Eglise chrétienne d'origine païenne se rattachait à l'Eglise mère de Jérusalem et que Paul était en accord sur tous les points avec Pierre et les apôtres.

J. Weiss^ marche sur les traces de B. V^'^eiss, de Feine et de Spitta ; il reconnaît aussi deux sources, l'une judéo-chrétienne, l'autre paulinienne, et essaie de les déterminer en général, mais il ne croit pas pouvoir entrer dans le détail. 11 insiste surtout sur l'unité du livre. Il lui semble étonnant que le reviseur si habile, dit-on, à combiner ses sources, l'ait été assez peu pour laisser subsister les menues différences, que découvrent les critiques et qu'il aurait pu faire disparaître d'un coup de plume.

De cet exposé il résulte que si l'on s'accorde sur quelques points généraux, à savoir sur l'existence

i. Die Aposlelgesch.nach ihren Quellenschriflen untersucht,ZeiUchr. fur die tviss. Théologie, Leipzig, 18<«, 1890.

2. Ueber ilie.ibsicht und den lit. Charakterder Apostelgesch-, Guttiaacil, 1897.

d'une source d'origine judéo-chrétienne et d'une autre d'origine paulinienne, et si l'on s'accorde assez souvent pour attribuer le même morceau à l'une de ces deux sources, il reste encore beaucoup de points de détail, sur lesquels les critiques divergent. Ainsi, Weiss attribue II, 41, 42 à la source et II, 43-47 au rédacteur; tandis que Spitta donne II, 41, 42, 45-47, à la source A; II, 4o à la source B et II, 44, au rédacteur. L'histoire de Philippe, VIII, 4-40, est extraite de la source pétrinienne d'après Sorof; VIII, 14-13; 18-24; 26-40 de l'histoire de Pierre, mais VIII, 14-25 viennent du rédacteur anti-juif, d'après Clemen. Le récit de la conversion de Paul, IX, 1-13, est attribué par Spitta à la source inférieure B, par Clemen au rédacteur antijuif. Jiingst divise la narration en trois parties : IX, 1-15, 22 bc, 30a viennent de la source A ; IX, 6-15 de la source B; IX, 2, dfvSpaç xe xal Y'Jvatxaç; IX, 10, ixaôyiTiQ; : IX, 16, 20 ^'-22 a; 29-30 a, ont été ajoutés par le rédacteur. Le récit de la conversion de Corneille et la suite, IX, 31-XII, 25, a été découpé de telle façon par Sorof, van Manen, Spitta, Clemen, Jiingst, qu'ils ne se sont accordés sur aucun point du sectionnement.

Nous devons conclure que toutes les tentatives pour déterminer exactement les sources des Actes ont échoué; tout ce qu'on peut tirer de ces recherches, c'est que probablement les sources, orales ou écrites, existent, au moins pour certaines parties, mais qu'il est impossible de les cataloguer et de les ranger en documents de môme origine. D'ailleurs, ainsi que l'a

fait remarquer Bludau ^ on a utilisé comme critérium de l'analyse des sources les lacunes, les sauts, les transitions dans la composition, les inégalités, les obscurités, les non-concordances, les contradictions, les additions et les récapitulations que Ton relève dans le texte, mais, tout d'abord, il faudrait tenir compte de ce fait que le texte des Actes a subi, dès l'origine, maintes corrections et qu'encore actuellement on ne sait pas si l'on doit adopter le texte que fournissent les manuscrits x B, etc., ou celui que présente le codex D. 11 est probable qu'il y a lieu de ne pas suivre exclu- WÊs; sivement l'un des deux, mais de juger chaque variante en particulier. Dans ces conditions comment aboutir à des résultats définitifs dans la répartition des passages entre des sources diverses ?

Dans son récent travail sur les Actes des Apôtres, Harnack"^ a, de son côté, étudié de très près cette question des sources des Actes et il a abouti à des résultats plus positifs. Voici ses conclusions : Pour la seconde partie des Actes la question est rapidement résolue : Luc a été témoin oculaire; pour le deuxième et le troisième voyage missionnaire il a entendu Timothée, IGaïus et Aristarque, qui en étaient. En ce qui concerne les derniers événements à Jérusalem et à Césarée, XXl-XXVI, on ne peut nommer personne qui les ait Iracontés à Luc, mais il a pu les apprendre pendant le voyage de Césarée à Rome, en compagnie de Paul. Pour la première partie des Actes, la langue et le 4. Op. cit., p. ÏT!».

•2. Die Apostelgeschichte, p. 131-i;t8.

style sont bien dans leur ensemble de Luc, quoiqu'il ait un peu modifié l'un et l'autre suivant le contenu et l'origine des récits. Si l'on excepte les ch. XIII, 1- XIV, 28, les ch. I, 1-XV, 35, représentent une tradition hiérosolymitaine. Cependant quelques parties sont dorigine antiocliénienne, XV, XI, 27 ss. ; XII, 25, de sorte que, de XI, 27 à XV, 35, le récit a sa source à Antioche, ainsi que probablement XI, 19-26 et VIII, 1-4. On ne peut décider si cette source antiochénienne était écrite. Il est probable que pour tout ce qui concerne le diacre Etienne, VI, VII-VIII, 4, Luc avait un document. Pour les ch. II-V , Harnack suppose deux sources : A, III-V , 16 et B, II; V, 17-42. Voici la répartition des traditions dans les quinze premiers chapitres des Actes, sauf le premier laissé de côté.

Ch. II : Recension B ; récit de l'effusion du Saint- Esprit et ses suites.

Ch. III, 1-V, 16: Recension A; même récit que la recension B mais mieux motivé; source hiérosolymitaine-césaréenne , provenant de Pierre ou de Philippe .

Ch. V, 17-42 : Suite de la recension B.

Ch. VI, 1-VIII, 4 : Source antiochéno-hiérosolymitaine.

Ch. VIII, 5-40 : Suite de la recension A.

Ch. IX, 1-30? : jMorceau sur la conversion de Paul, ajouté d'après une source particulière.

Ch. IX, 31-XI, 18 : Suite de la recension A.

Ch. XI, 19-30 : Suite de la source antiochéno-hiérosolymitaino.

Ch. XII, 1-23 : Suite de la recension A.

Ch. XII, 25-XV, 35 : Suite de la source antiochénohiérosolymilaine.

Ces diverses sources étaient-elles orales ou écrites? Harnack signale dans toutes les sources mentionnées des incorrections, des imprécisions, telles que changement subit du sujet de la phrase, répétitions de faits déjà racontés, anacoluthes, changements de construction, pléonasmes, répétitions maladroites, etc. Ces faits n'obligent pas à conclure à des sources écrites; ils seraient aussi bien la conséquence de sources orales. Il faut examiner chaque source dans le détail.

Pour le journal de route, il est possible que Luc ait utilisé des notes qu'il possédait. Pour la seconde moitié des Actes, sauf le journal de route, il est très vraisemblable que Luc n'a pas eu des sources écrites. Quelques passages : XVI, 24-34; XVIII, 8-10, 24-28, sont des additions postérieures.

Pour le ch. I et la recension B, il n'est pas nécessaire d'admettre une source écrite. Pour la source A, il est très vraisemblable que, surtout pour les ch. III, IV et XII, Luc avait une source écrite. Ce l'est moins pour X, 1-XI, 18 et tout à fait incertain pour VII et IX, 32-43. La source antiochéno-hiérosolymitaine, VI, 1-VIII, 4; XI, 19-30 ; XII, 25-XV, 35 était écrite en très grande partie; elle a pu être complétée par les communications orales de Silas.

Harnack a essayé de déterminer la valeur historique de ces sources diverses. Les sources de la seconde partie des Actes sont de haute valeur historique pour l'ensemble, malgré les critiques du Wellhausen ; il en

est de même pour la source antiochéno-hiérosolymitaine. Pour la source A, hiérosolymitaine-césaréenne, l'ensemble dérive d'un narrateur quHarnack qualifie de « Pneumatique». Le fond, surtout pour les ch. III, IV, XII, est historique. La partie légendaire est facilement reconnaissable. Dans la source B et le ch. I se trouvent d'après Harnack les récits qui s'écartent le plus de la vérité historique.

S 6. — Date de composition des Actes.

Aucun écrivain ecclésiastique jusqu'à saint Jérôme n'a dit nettement à quelle date les Actes on* été écrits. Le canon de Muratori est ambigu sur ce point et probablement corrompu. On pourrait cependant établir approximativement cette date par les affirmations de saint Irénée, qui place la composition du III'^ évangile et par conséquent celle des Actes après la sortie, iloBoq, de Pierre et de Paul. Mais est-ce la sortie de Rome ou de lavie?G'est ce qu'on ne peut décider '. Saint Jérôme fixe cette date à la quatrième année de Néron, parce que le récit est poursuivi jusqu'à cette époque. Cette date a pour elle les vraisemblances qui rcssortentde la conclusion môme du livre. Paul demeura, Ivs'fAsivev, deux ans entiers dans une maison qu'il avait louée, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de Dieu et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ, avec toute liberté, sans

1. JACQLiEn, Hi.tt. des livret du N. T., l. Il, j). 480, l'aris, liKXi.

empêchement, XXVIII, 30, 31. Si les Actes n'ont pas été écrits à cette époque, c'est-à-dire vers la fin de la captivité de Paul à Rome, plusieurs traits qu'on y relève restent inexplicables, même dans la supposition où l'auteur se proposait d'écrire un troisième livre, ce que semble indiquer l'emploi de itpÛiTo;, I, 1, au lieu de TTpÔTepo;. Luc a raconté longuement la première partie dupasse de Paul, l'arrestation, l'accusation, la défense de Paul, l'appel à Rome, le voyage, l'arrivée à Rome. Comment, si le procès a été terminé par un acquittement ou par une condamnation, Luc ne l'a-t-il pas dit? Les débats devant l'empereur, la sentence étaient des faits plus importants que les discours devant les procurateurs romains. Si Luc n'y a pas fait la moindre allusion, c'est qu'ils n'avaient pas encore eu lieu quand il a écrit. Qu'il ait voulu ou non donner une suite à son récit, la sentence qui a clos le procès était la conclusion nécessaire du livre. Comment, en outre, après la mort de Pierre et de Paul, aurait-il pu passer sous silence des événements de cette importance? La mention de ce martyre des deux apôtres terminait dignement l'histoire de Pierre et de Paul. D'ailleurs, de l'examen des verbes, employés au présent dans les Actes, il ressort que Pierre et Jean, IV, 13; que Paul, XVI, 38; XX, .'^8; XXI, 33; XXII, 29, etc. sont encore vivants au moment où l'auteur écrit. Quand il parle en effet d'un événement passé ou de quelqu'un de décédé il emploie un temps du passé, IV, 13 ; V, 41 ; VIII, 14 ; X, 45 etc. Enfin, l'ensemble même du livre prouve qu'il a été écrit avant la persécution de Néron. II ressort de tout

le récit que les autorités romaines n'étaient pas hostiles au christianisme, qu'elles leur étaient plutôt favorables. Comment saint Luc aurait-il pu écrire son livre avec un aussi serein optimisme après les excès de cruauté qui furent déployés en 64 envers les chrétiens? Rien non plus ne laisse supposer que le temple de Jérusalem était détruit, que les Juifs étaient dispersés, que l'église de Jérusalem était en exil. Tout concorde à fixer la date de composition des Actes à l'an 62-67, au moment où sont déjà réalisées les dernières constatations du livre. Paul, ainsi que l'indique l'aoriste, temps du passé indéterminé, n'est plus dans la situation indiquée. Il est libéré, mais il est encore vivant. C'est donc bien vers la date 62-67 que le livre a été écrit. Pourquoi s*arrôte-t-il là? C'est ce que personne ne peut dire : toutes les suppositions sont vaines.

La date 64-70 a été adoptée par des critiques de valeur, Cornely, Knabenbauer, Belser, Bisping, Schegg, Godet, Salmon, Hug, Maier, Schneckenburger, Hitzig, Grau, Nosgen, Blass, Rackham, probablement Rose; la date 80, par Ewald, Lechler, Bleek, Renan, Meyer, Weiss, Ramsay; 75-100, par Wendt, Spitta; 80-100, par Knopf; 90, par Kôstlin, Mangold; 95, par Ililgenfeld; vers 100, par Volkmar, Burkilt; 110-120, par J*fleiderer; 105 ou 110-130, par Schmiedel; temps de Trajan et d'Adrien, par les derniers tenants de l'école de Tiibingen, Schwegler, Zeller, Overbcck, Davidson, Keim, Hausrath; vers 125-150, par Straatman, Meyboom, van Manen. llarnack avait d'abord ' adopté pour

1. Die Chronologie (1er allclt. Litlfralur, B. 1, p. 340, Leipzig, 18in.

les Actes la date 78-93; actuellement % il croit que Luc a écrit au temps de Titus ou dans les premières années de Domitien, mais peut-être déjà au commencement de la sixième décade d'années.

Les critiques qui placent les Actes après 70 s'appuient surtout sur l'argument suivant. Les Actes ont été écrits après le IIP évangile; or, celui-ci n'a pu être écrit avant la prise de Jérusalem, à laquelle il est fait, dans le discours eschatologique de Notre-Seigneur, XVI, 5-36, des allusions beaucoup plus précises, XXI, 20, 24 et XIX, 43 que dans les autres synoptiques. Nous avons déjà montré^ que cet argument n'était pas suffisant pour établir que le IIP évangile avait ét< composé après 70.

Voici, résumées par Holtzmann 3, les raisons pour lesquelles la composition des Actes a été placée à une époque tardive. 1, La connaissance qu'aurait eue l'auteur des Actes des épîtres pauliniennes, Romains, Calâtes, Corinthiens, Ephésiens, Thessaloniciens, Hébreux et surtout de Josèphe. 2, La correction consciente du récit de Gai. 1, 17-24, dans Act. IX, 26-30; de Gai. II, 1-10, dans Act. XV, 1-33 ; de Gai. 11, 11, dans Act. XV, 35-39. 3, La présentation non historique du phénomène de la glossolalie, II, 4-11, et de la position de Paul par rapport à la loi; les récits légendaires, qui trahissent l'éloignement de la période apostolique. 4, L'auteur est contemporain de Plutarque, dont il imitt

\. Die Apf)stelgeschichte,it. m, 1!108.

i. Hisl. des livres du S. T., t. II, p. **i.

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