‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 27 sur 82 · Zeitsch. {. ivis. TheoL, Leipzig, 187(i · texte numérisé non relu

Zeitsch. {. ivis. TheoL, Leipzig, 187(i

pose ce dilemme : Ou Luc n'a rien emprunté à Josèphe, ou il a oublié dans la suite tout ce qu'il avait lu. La première alternative doit être préférée comme la plus simple, Wendt qui, tout d'abord, avait reconnu que les rapports entre Luc et Josèphe étaient trop vagues pour qu'il y ait eu dépendance littéraire, croit maintenant qu'étant donné que, sur un point, Act. V, 3G et Antiq. jud. XX, 8, 9, la dépendance est prouvée, il en résulte que la dépendance existe, môme quand les rapports sont vagues. Le raisonnement est assez fallacieux ; en tout cas, il manque de base, car la majeure n'est nullement prouvée, ainsi que nous le verrons plus loin. Wendt fait remarquer encore que nous avons dans les Actes et dans Josèphe des notices historiques et archéologiques : le tombeau de David à Jérusalem, la Porte belle du temple, la lamine au temps de Claude, que nous ne retrouvons nulle part ailleurs. Cela prouve l'accord, mais non la dépendance.

Avant d'entrer dans la discussion des faits de dépendance qu'on a allégués, observons que Luc et Josèphe sont tous les deux historiens, qu'ils ont raconté les faits de la même époque et que, nécessairement, s'ils étaient véridiques, ils devaient se rencontrer sur les personnages et les événements. Luc a trouvé dans la tradition de son temps, chrétienne ou non, orale ou écrite, tout ce qu'il a, dit-on, emprunté à Josèphe. Celui-ci a eu des sources; pourquoi Luc n'aurait-il pas puisé aux mêmes? Les personnages se présentent dans les Actes avec les mêmes caractéristi-

ques que dans Josèphe; cela prouve que l'écrivain chrétien a bien connu les hommes et les événements dont il parle, et l'historien Josèphe rend témoignage de cette véracité historique, puisque, à presque tous les points de contact, ils se confirment mutuellement. On prouve surtout la dépendance historique de Luc par rapport à Josèphe par le passage du discours de Gamaliel, V, 36, où il est question de la révolte de ïheudas et de celle de Judas le Galiléen, racontées aussi par Josèphe. Voici les textes :

Acl. V, 36 37, 'AvédTïi 0£uîâ; Jiywv elva£ xiva éaurôv...

5; àvT5p£'6Tixai7ràvTe;ôaoi èmi- 6ovTo aÙTû) ôi£Xû8r,(iav xal iyévovTo eI; o'jSév. Meta toûto» àvÉoTT] 'loviSa; à ra),t>ato; èv Taï; y,{i£pai; Trj; àTToypaapïj; xat àitéffTr.ffôv Xaôv ôntffti) aÙToy* xàxEÏvo; ànûltTO xal Ttivre; oaoi èneîôovTo aÙTw û'.EffxopTttaOTiaav.

Anliq.jud. XX, 5, l:©eu6â;...

ïtetOsi TÔv îtXeïffTov ô}(Xov... Ttpoçr,TT); yàp Qeyôv EÏvat... 4>â2o; éïÉTTEjx^/Ev ÎXy)v Itijce'uv £7:' aClTO'j; iÎTt;... 7ro),),où; àvEDxv.

Guerre juive, II, 8, I : 'EttI TOUTOU (Ka):ra)v(ou) xiç àvy;p TaXi- Xaîoç, 'loûSa; ôyopia, eî; ànédTaacv ÈvrJYE Toù; èTrixwpîou; xaxt^cav eI ç($pov te *Ptii)(j.atoi; teXeîv OuopiÉvoyffiv. Cf. Ant. jud. XVIII, I 1,1.

A la condition d'enlever du texte de Josèphe toul ce qui n'est pas identique à celui de Luc, on obtient deux textes assez parallèles quant aux expressions, et encore, remarquons qu'il ne pouvait en être autrement. Mais les faits racontés, bien que presque les mêmes, ne s'accordent pas dans les détails. D'après les Actes, la révolte de Theudas aurait eu lieu avant l'an 30-35, époque où parlait Gamaliel, et se serait éteinte d'elle-même, tandis que, d'après Josèphe, elle aurait été réprimée avec vigueur par le procurateur

Fadus, c'est-à-dire vers Tan 45. Les insurgés étaient au nombre de 400 d'après les Actes; pour Josèphe, Theudas entraîna une grande multitude. Pour les Actes, la révolte de Judas le Galiléen eut lieu après celle de Theudas, tandis que, d'après Josèphe, elle eut lieu avant; ils s'accordent sur l'occasion et l'époque, à savoir le recensement de Quirinius en l'an 6 ou 7. Si Luc cl lu Josèphe, il l'a bien mal compris. La question se réduit à savoir si le Theudas de Luc est le même que celui de Josèphe, ce qui n'est pas prouvé, car on relève plusieurs divergences entre les deux; s'il est le même, à savoir lequel des deux historiens s'est trompé sur la date de la révolte. Luc a en sa faveur qu'il est toujours exact dans ses indications historiques et géographiques, tandis que Josèphe se trompe quelquefois * .

Luc aurait, dit-on, emprunté à Josèphe les menues erreurs qui se sont glissées dans le discours d'Etienne : 450 ans attribués à la période des Juges. Seuls, Luc et Josèphe savent que Saûl a régné quarante ans. En fait, Josèphe n'a pas inventé ces chiffres, ils devaient être traditionnels; pourquoi Etienne ne les aurait-il pas connus lui aussi?

La dépendance littéraire de Luc à Josèphe est-elle mieux établie que la dépendance historique? Il ne semble pas. Le prologue du troisième évangile et celui des Actes rappellent, dit-on, ceux des Antiquités judaïques et du traité contre Apion. Le second livre

i. Belser, Thcol. Quar<afscAr//'(, Tïibingen, 189G, p. G4.

de celui-ci débute comme le livre des Actes : « Dans un premier livre, mon très cher Epaphrodite, j'ai montré l'antiquité de notre nation ». Le commencement du I" livre* présente une singulière ressemblance avec celui du IIP évangile. « Certains hommes malveillants ont entrepris, ÈTcixe/eipr^xaffiv, de calomnier mon histoire (de la guerre juive). Celui qui entreprend de transmettre, TrapàSouiv, la vérité des faits doit, en premier lieu, les connaître exactement, «xpiêw;, soit qu'il ait suivi les événements, v) iraprixoXouô/ixoTa toîç Yeyovo'iîiv, soit qu'il les ait appris de ceux qui les avaient vus. Pour lui, il a été témoin oculaire, aÙTOTcrric. »

Nous reconnaissons ces ressemblances, mais elles ne prouvent pas que Luc se soit inspiré de Josèphe. S'il a eu un modèle c'est ou Dioscoridès Pedakios, ou peut-être même Hippocrate, avec lesquels la ressemblance est beaucoup plus accentuée. En fait, elle se réduit entre Luc et Josèphe à l'emploi de quelques mots identiques ou à une transition entre deux livres tellement naturelle, que les écrivains ont bien pu trouver la même.

On relève encore des mots ou des expressions ideiï tiques dans les deux écrivains : Ixeîde, (jiôyk;, irXoîîç, -itapotjrofjiot, TtapaTrXéo), àvôuTra-roç, vouxXr,po<;, ffTpaToirsSdpj^rji;, TeTpapytw; -/cxpiTa, X"P'v xataxiOecOai tivi; TrupsTw auvsyeaôai; TrpoffTrÎTrceiv ToiçYovaafv Ttvoç; des propositions identiques : Act. XXV, 11 : el (lâv ouv àSixw... TTïitpay^â ti, oO TçapatToufAai To (XTroOaveîv = Vie de Josc'phe, 29 : 0av£îv {jièv tl oîxaiov hxta où napaiToû(ji,ai. Act. XXIII, 11 : (te Ssî xal

i. Contra Apioncm, I, 10.

£t; 'Pwaïjv (xapTupyjffai := Vie de Jos. 42 : ^ti xai 'Pw|ji,atoiç oeî ffs icoXejx^ffai.

Observons que la plupart des mots cités par Krenkel comme communs à Luc et à Josèphe sont classiques ou bibliques (Septante, principalement I et II Macchabées), ou sont d'usage courant. Quelques-uns même, TO TraiSiov, aù^dcvw, Tropeuoijiot, itôXir], vu;, sont dans tOUS les écrivains grecs. La plupart des mots cités se retrouvent chez Thucydide, ce qui peut s'expliquer par ceci que Luc et Josèphe ou ses traducteurs grecs, tous les deux historiens, ont dû connaître et étudier le grand historien grec et que, traitant de faits historiques comme lui, ils ont employé los mêmes mots. Le fait est bien constaté pour Luc. La même observation pourrait être faite à propos de Polybe, 205-123 avant Jésus-Christ. Lorsque ces termes sont des fiTra; X«YoVeva, comme veoxôpoi;, vaûxXrjpoç, OU des mots qu'on retrouve dans Luc et Josèphe pour la première fois comme àvôÛTcaTo;, Terpop/gcu, ce fait prouve seulement que nous n'avons pas de preuve de leur emploi par d'autres écrivains que Luc et Josèphe, mais qu'ils étaient connus à cette époque ; par conséquent, il est très naturel que nous les trouvions chez ces deux écrivains. En cherchant on pourrait signaler des identités de mots entre Josèphe et d'autres écrivains du Nouveau Testament. Enfin, une preuve que le récit des mêmes faits nécessite l'emploi des mêmes termes ressort des ressemblances nombreuses, que Ion constatera entre les deux voyages à Rome de Luc et de Josèphe, signalés par des incidents analoo;ues.

Nous n'irons pas jusqu'à dire avec Belser^ que Josèphe a connu le III* évangile et les Actes et s'en est servi ; nous nous contenterons de conclure qu'à tous les points de contact où Josèphe et Luc se rencontrent, ils se confirment mutuellement. Chez tous les deux les mêmes personnages et les mêmes faits se présentent avec les mêmes caractéristiques parce qu'ils ont puisé aux mêmes sources. Donc, Luc a bien connu les hommes et les événements dont il parle, et l'historien Josèphe en rend témoignage.

Pour l'accord avec les autres écrits profanes, nous ne pouvons le montrer pour l'ensemble des faits, puisque aucun d'eux ne couvre le même terrain historique, mais il est possible de prouver que, toutes les fois que les Actes se trouvent en contact avec eux pour des détails historiques, géographiques, administratifs ou politiques, ils sont en accord.

Saint Luc, dans son récit, s'est montré très bien au courant des mœurs, des usages, des coutumes, des lois, des institutions, des cérémonies religieuses, non seulement de la Palestine, mais de tous les pays qu'ont évangélisés les apôtres : la Syrie, l'Asie Mineure, la Macédoine, la Grèce, l'Italie. Partout et toujours se révèle le témoin oculaire ou l'historien qui parle d'après un témoin oculaire. Et certes, ce n'était pas tâche aisée que de décrire sans erreur l'administration de ce temps-là, de donner à chacun le titre qui lui convenait, dans ces modifications, sans cesse

V Th. Quartalichrift, Tubingen, 1890, p. 78.

renaissantes, d'attributions de province tantôt au sénat, tantôt à l'empereur, et d'assigner à chaque région et à chaque ville sa position administrative, dans ces fluctuations de pays, appartenant tantôt à une province romaine, tantôt à une autre. Tout autre qu'un témoin oculaire s'y serait trompé et aurait commis des erreurs, sans même s'en apercevoir. Un faussaire aurait eu soin, d'ailleurs, d'éviter ces particularités de détail qui pouvaient l'induire en erreur, ou les aurait omises, parce quelles ne pouvaient lui être connues. Saint Luc, au contraire, loin de les éviter, glisse à chaque page dans son récit ces détails qui se trouvent toujours être exacts. Ainsi, l'île de Chypre est une province « proconsulaire », XIII, 7, au moment où saint Paul la traverse. La ville de Philippes est une « colonie romaine », XVI, 12, dont les magistrats portent le titre de ^TpaxiriYÔî, XVI, 20, et sont précédés de licteurs. Les premiers magistrats de Thessalonique s'appellent « politarques », titre inusité en dehors de la Macédoine, non mentionné par les anciens, mais attesté aujourd'hui par des inscriptions de l'époque trouvées à Thessalonique même ' . Ephèse vit, pour ainsi dire, du temple de Diane, et de la statue de ladéesse dont elle est la « néocore », XIX, 33; les a Asiarques », XIX, 31, président à ses jeux et à ses fêtes ; les « proconsuls » y représentent le pouvoir romain et y tiennent des « assises judiciaires », XIX, 39;

1. Am. Journal of Tfieology; The Politarchs, H, p. 598, Chicago, 1K'J8.

NOUVEAU TilSTAMEST. — lîl. 7

« le grammate » est à la tête de son administration intérieure, XIX, 35.

Nous indiquons seulement l'argument, car il a été développé avec beaucoup de science par Vigouroux ^ . Pour les détails, nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage. Sur ce point d'ailleurs il avait été devancé par Lightfoot^. Sur la géographie en particulier saint Luc se montre très bien renseigné, et les auteurs qui ont écrit la vie des apôtres et de saint Paul ont pu suivre dans le détail les voyages de lapôtre des Gentils. Qu'on lise, par exemple : A. Trêve-', et les vies de saint Paul par Lewin, Conybeare et Howson, Farrar, Fouard. Inutile de répéter ce qui a été déjà dit bien des fois. Nous pouvons trouver encore quelques preuves nouvelles de l'exactitude historique et géographique des Actes dans les ouvrages de Ramsay •* ; l'auteur mérite toute confiance, puisqu'il parle de nsitj ayant parcouru, à diverses reprises, les routes qu'avait suivies saint Paul dans ses voyages à travers l'Asie Mineure. Or, il a reconstitué les itinéraires de l'apôtre et constaté que le récit des voyages de saint Paul est exact dans les plus petits détails. Voici quelques exemples.

Dans son premier voyage en Asie Mineure, saint

1. Le Nouveau Testament et les découvertes archéologiques modernes, p. 183-332, Paris, 1896.

a. Contcmporary Review, Londoii, mai 1878.

3. Une traversée de Césarée de Palestine à Puléoles au temps de saint Paul; La Controverse, Lyon, 1887.

4. The Church in thc Roman Empire bcforc A. D. 170; London, 18!»3. Paul, the travelter and the Roman Citizen, London, 189.'i. The ciliés of St Paul, London, 1907.

Paul évangélisa Antioche, la Pisidienno, XIII, 14, et non, comme on lit quelquefois dans les manuscrits plus récents et le texte reçu : Antioche de Pisidie. Les Actes l'appellent ainsi, parce qu'en réalité Antioche était, historiquement, une cité de la Phrygie, et administrativcment, elle appartenait à la province romaine do Galatie. mais était englobée dans cette partie de la province qui, par une extension populaire du terme géographique de Pisidie, reçut le nom de Pisidie, quoique ne faisant pas partie de cette région. Elle était donc Pisidienne, mais non de la Pisidie *.

Iconium, qu'évangélisa aussi saint Paul, était une cité phrygienne, mais de très bonne heure elle fut rangée parmi les villes de la Lycaonie. Saint Luc ne s'y trompe pas, et il nous dit que Paul, fuyant Iconium, entra en Lycaonie, XIV, 6. U savait donc qu'Iconium n'était pas une cité lycaonienne ". A Lystre, saint Paul et saint Barnabe sont pris pour des dieux, et le prêtre de Jupiter, « qui est avant la ville » comme on traduit ordinairement, veut leur offrir un sacrifice. Ce temple de Jupiter, qui était avant la ville, devait porter le titre de Aièç TtpoTro'Xew;, ainsi que le prouve une inscription semblable, trouvée à Claudiopolis. C'est donc le Codex do Bèze qui a conservé la bonne leçon : tou ovto; Aïoç TrpoTTo'Xewî, le prêtre de Jupiter propoléos. Les copistes, ne comprenant pas que Jupiter pût porter ce titre, ont transposé et lu : toîÎ Aiô; tou 5vTo;7rpo xîjçTtoXEtoi;^.

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