‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 29 sur 82 · Idem, p · texte numérisé non relu

Idem, p

témoin oculaire, car, outre que les faits en sont psychologiquement vrais, tous les détails peuvent en être vérifiés. On connaît par ailleurs tout ce dont parle saint Luc : les livres magiques, le temple d'Artémis, le Grand Théâtre, le proconsul, magistrat impérial, le grammate ou secrétaire, autorité municipale, les Asiarques, fonctionnaires du culte impérial et présidents de l'assemblée de la province d'Asie, les assemblées judiciaires, ordinaires et spéciales, le culte d'Artémis avec ses termes particuliers — la cité est la néocorc de la déesse tombée du ciel' (SioTte-niç désigne l'informe statue, un aérolithc d'après les uns, une statue de bois d'après d'autres), — les temples d'argent, simulacres do celui d'Ephèse. Voir pour certains détails, ainsi qu'il a déjà été dit : Vigouroux, le Nouveau Testament et les découvertes modernes.

Nous relèverons encore dans Ramsay quelques autres indications qui confirmeront le récit. On s'est demandé ce que pouvaient être ces vaoi àpYupoi qui étaient l'industrie principale d'Ephèse ; car on n'en a jamais trouv»'* d'exemplaire. Il existe beaucoup de petits temples de marbre et quelques-uns de terre cuite ; c'étaient des souvenirs du temple d'Ephèse ou des ex-voto. Il est probable que, suivant sa richesse, le donateur offi'ait un temple d'argent, de marbre ou de terre cuite ; les derniers ont subsisté, car ils n'avaient pas de valeur ; ceux d'argent ont été fondus quand ils encombraient le temple, ou plus tard, quand le temple fut détruit 2.

\. LaVulgate traduit « Jovis prolis ».

i. IlAMs.vY, op. cit., p. 1-23.

Iti HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

Nulle part ailleurs nous ne trouvons le mot vaoç employé dans le sens de simulacre de temple ; mais nous savons que dans les processions il y avait des porteurs de ces simulacres ; Ignace d'Antiochc dans sa lettre auxEphésiens, 9, y fait allusion : Soyez, dit-il, ôeotpo'poi xa\ vaoçopoi. Une fresque de Pompéi nous montre, dans une procession d'Hercule, des vao:popoi ^ .

Un trait à remarquer, qui prouve bien que le récit est dû à un témoin oculaire, c'est la manière dont est présentée l'attitude des prêtres du temple. Tout autre qu'un contemporain, témoin oculaire, aurait cru que ceux-ci auraient été les instigateurs de l'émeute contre Paul, prêchant la vanité du culte des fausses divinités. D'après les Actes, il n'en est rien ; et même les organisateurs du culte impérial, les Asiarques, sont plutôt favorables à saint Paul. C'est un orfèvre, Démétrius, qui excite les ouvriers, ses compagnons. Etant donné l'esprit du temps, c'est bien ainsi que les choses devaient se passer. Le fanatisme et l'intolérance religieuse des Juifs nous font trop souvent croire que les questions de religion étaient capitales pour les esprits de cette époque. En réalité, toute religion nouvelle, en dehors des prosélytes qu'elle faisait, était accueillie par les autres avec tolérance. Qu'importait à celui qui adorait trois ou quatre dieux que son voisin en adorât moins ou davantage? Chacun, particulier, ville ou famille, avait son dieu dont il célébrait exactement le culte, et le dieu des autres, dont

t. R.VMSAY, op. cit., p. 1:28.

il admettait très bien l'existence, lui était indifférent. Ce ne fut qu'assez tard et par Tintroduction des divinités orientales, égyptiennes et syriennes, qu'on vit naître le prosélytisme et l'universalisme des dieux. En fait, à cette époque, les prêtres des différents cultes étaient habitués à vivre côte à côte. Mais, dans le cas présent, il s'agissait d'une religion qui détruisait une industrie ; il était naturel que la révolte vînt de ceux qui vivaient de cette industrie. Ce fut donc une sédition ouvrière, populaire, désapprouvée et par les prêtres et par les magistrats ^

Le cri que poussait la populace était le titre que l'on donnait à la déesse, ainsi que le prouvent les inscriptions. Il ne faut pas lire comme le codex B et presque tous les autres manuscrits : McYotXri ^'Ap-rejxiç 'Ecpeffiwv, grande est la Diane des Éphésiens, mais comme le codex de Bèze et la Vulgatc : Meya^yi "Aptei/iç ^ ! Grande Diane ! qui devient une invocation. Le nominatif s'employait pour le vocatif en Asie Mineure et plus tard en Grèce,

Les Actes XIX, 13, racontent qu'à Éphèse des exorcistes juifs essayaient de chasser les esprits mauvais par une conjuration au nom de Jésus. Or, nous lisons sur un papyrus, cité par Wessely dans sa brochure Ephesia grammata, p. 26, 1888, cet exorcisme : 'Opxi'Çoi ce xatà tou 6eou tîov 'Eêpai'wv 'iTiaoù taêa, iot), a6pab>ô oia 0w6eXe aXw, et d'autres mots qui n'ont point do sens.

i. R VMSAY, op. cil., p. 1:29.

•2. Idem, p. 135.

On pourrait citer encore d'autres faits, justifiés par les documents contemporains. Mentionnons seulement en passant que les personnages nommés dans les Actes : Anne et Caïphe, Gamaliel, Ananias, Ilérode, Agrippa I, Agrippa II et Bérénice, Félix, Portius Festus, Paulus, Gallio, nous y sont présentés avec les mêmes caractéristiques que dans les auteurs profanes. La famine dont il est parlç, XI, 28, est mentionnée par Josèplie. Divers incidents, tels que l'appel de Paul à son droit de citoyen romain, sa captivité sous la forme de custodia militaris, sont confirmés par les lois romaines. On devra lire la dissertation publiée par le célèbre historien de la Grèce ancienne, Ernst Curtius, dans les Mémoires de V Académie de Berlin^ 1893-1894, sur les traits helléniques qui se rencontrent dans saint Paul et spécialement dans le récit de son séjour à Athènes et dans le discours sur l'Aréopage. Il est convaincu, dit-il, que quiconque lira sans préjugé cette page des Actes ne pourra échapper à cette impression que l'incident a été raconté par un témoin bien informé et digne de foi.

Harnack ' a relevé en détail toutes les données chronologiques contenues dans le livre des Actes : rattachement à l'histoire contemporaine, indications précises d'années, de mois et de jours, indications de fêtes, indications de temps indéterminés; les données géographiques : pays, peuples, villes et maisons; enfin, il a étudié ce qui était dit des personnes, et il est arrivé

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