Theol. LUeraturztilung, 1908, col. 359, Leipzig
le Deutéronome et Josué dans la version des Septante; l'autre, en mauvais état, les Psaumes dans un texte grec dont on n'a pas d'analogue, mais apparenté aux Septante.
Le troisième, très bien conservé, est un parchemin de 184 pages in-4« (20''" 8 X 14'="' 3) de 30 lignes à la page, sur une seule colonne. 11 contient les quatre évangiles en onciales légèrement couchées. Les évangiles sont rangés dans l'ordre occidental : Matthieu, Jean, Luc, Marc.
La première question à examiner à cause de son importance pour les conclusions critiques à dégager de ce texte, est celle de la date du manuscrit. Sanders croit qu'il est du v^ ou du vi" siècle; Goodspeed, de la fm du vi°, mais pour Grenfell, un spécialiste dans cette question des manuscrits trouvés en Egypte, il n'est pas plus vieux que le v* siècle et peut-être même est-il du iv" siècle. L'écriture, l'encre et tout l'extérieur du manuscrit serviront à fixer l'âge de ce codex, car si l'on s'en tenait à ses caractéristiques internes, il faudrait le croire assez récent. Examinons celles-ci.
Le copiste était assez ignorant ou négligent. Dans les deux premiers chapitres de saint Matthieu, Sanders a relevé trente-six distractions du copiste : iotacismes, métathèses, ditto graphies, mais ces fautes n'empêcheront pas de reconnaître à quelle famille appartient le texte de ce manuscrit. A la vérité, ce sera assez difficile, car les deux chapitres susmentionnés possèdent trente leçons disculées : treize s'accordent avec les manuscrits syriens, deux avec les textes occidentaux et huit avec
des textes présyriens de famille inconnue. Parmi les caractéristiques signalées nous relevons l'omission de la péricope de l'adultère, Jn. VII, 53-VIII, 11 ; de l'apparition de l'ange à Gethsémani et de la sueur de sang, Le. XXII, 43, 44 ; de la prière sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font », Le. XXIII, 34 ; de l'ange qui troubla l'eau à la piscine de Béthesda, Jn. y, 4 ; de la parole de Jésus : Le Fils de l'homme est maître du sabbat. Le. VI, 5. A sa place on trouve l'addition apocryphe, qui est aussi dans le codex de Bèze : Le même jour, voyant un homme travaillant le jour du sabbat, Jésus lui dit : Si tu sais ce que tu fais, tu es heureux, mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi. Ce manuscrit reproduit la doxologie du Pater, Mt. VI, 13 : ^ti aou Ictiv ^ pnailzia. xai y; Buvafjnç
xai f, 8d$a etç toù; aîôiva;. àjjiiiv, leçon de provenance syrienne. Il a aussi la leçon de Mt. XVI, 2, 3 : Lorsque le soir est venu, vous dites : Il fera beau temps, car le ciel est rouge. Et le matin : Aujourd'hui, orage, carie ciel sombre rougit. Hypocrites, vous savez juger l'aspect du ciel, mais vous ne pouvez discerner les signes du temps, leçon admise par les manuscrits syriens et occidentaux, mais rejetée par les manuscrits kB, par la syriaque curetonienne, etc. En revanche, il s'accorde avec les manuscrits nAB contre D et des codex vieuxlatins pour admettre la leçon de Le. XXIV, 12 : Or Pierre, s'étant levé, courut au sépulcre, et s'étant baissé, il vit les linges à terre seuls, et il s'en retourna chez lui, Bétonnant de ce qui était arrivé; et celle de Le. XXIV, 3G : Et il leur dit : Paix à vous! à laquelle
il ajoute : C est moi, ne craignez rien. 11 est encore en accord avec les mêmes manuscrits en donnant le passage de Le. XXIV, 20 : Et disant cela, il leur montra ses pieds et ses mains.
De ces premières constatations on ne peut tirer aucune conclusion ferme. Il semble que le copiste de ce manuscrit a fait une œuvre composite, où il a admis des leçons de provenance diverse, quelques-unes même apocryphes. On pourrait expliquer l'état de ce manuscrit en supposant que le copiste avait sous les yeux un ou plusieurs jnanuscrits, ayant à la marge des variantes, venues d'un peu partout, et qu'il a inscrit dans son texte toutes ces leçons divergentes. Ajoutons cependant que toute conjecture sera prématurée, tant qu'on n'aura pas le texte sous les yeux.
Mais venons-en à la particularité la plus singulière de ce manuscrit, à savoir les seize lignes insérées dans la'fmale de Marc entre les f. 14 et 15 du chapitre XVI. Déjà, saint Jérôme, dans son traité contre les Pélagiens, écrit en 415-416, avait rapporté que, dans quelques manuscrits latins et plus souvent encore dans les codex grecs, il y avait une addition après le f. 14 et il la citait en latin : Et illi {apostoli) satisfaciebant, dicentes : Saeculum istud iniquitatis et incredulitatis sub Salaria est, qui non sinit per immundos spirîtus ç'eram Dei apprehendi virtutem, idcirco iamnunc révéla iiistitiam tuam. On n'avait trouvé jusqu'à présent aucun manuscrit grec ou latin, contenant ces paroles. Or, le manuscrit nouvellement découvert nous en donne le texte grec et il ajoute la réponse de Jésus.
KàxEÏvoi àTreXoyouvTO Xe'YOVTe;* Sxi 6 «îwv oûtoç ty]; àvojxiaç x«l ty;; aTtKTTiaç tmo tov aaravay Iïtiv, 8 {ji^( Itov -ri utto Ttov 7tveu(ji.àT0)v dxâôapTa tV àXyi8ivr]v Toîi 0£oû xataXaêscôat Siiva- (XIV Sià TOÎÎTO aTCoxâXu^ov (Totî TYiv SixaioauvYjv tjSt), êxEÎvoi eXeyov Tw XpiariTr xai ô Xpiffxbç èxeivotç TrpodéXeYev oti ireirXr^pwTai 6 opoç Twv etSiv TÎiç e^ouffi'aç tou ffaxotva, àXXà èy^i^ti aXXa Setva* xai uTTÈp Twv àjjLapTYiffdvTOJV èyto TrapeSoôrjv ei; Ôotvaxov, ha. u7roffxp£(|'to(iiv eîç x"})v (xXy,9£iav xoti jxYixéxi a.u.apxr\(Shiai\ , l'va xTjV ev xôi oOpavw 7rv£U[/.axiXY)v xai dîpOapxov xîiç Sixaiosuvïjç 5oÇav xXïjpovojjiiiffwcriv... àXXà Ttopeuôévxeç, etc.
Voici la traduction que nous proposons. D'après le texte canonique, Me. XVI, 14, Jésus se manifesta aux onze eux-mêmes, comme ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité... Et ceux-ci, ajoute le nouveau manuscrit, se défendaient, disant : Ce monde d'iniquité et d'incrédulité est au pouvoir de Satan qui, par les esprits impurs, ne permet pas de saisir le vrai pouvoir de Dieu. C'est pourquoi, révèle ta justice. Et le Christ leur répondit : Le terme des années delà puissance de Satan est accompli, mais d'autres choses terribles approchent. Et pour ceux qui ont ])éché j'ai été livré à la mort afin qu'ils reviennent à la vérité et qu'ils ne pèchent plus ; afin qu'ils héritent de la gloire spirituelle el incorruptible delà justice dans le ciel. Suittoxtc authentique : Allez dans le monde.
Gregory ' a examiné attentivement ce texte et il a fait
i. Dax Freer-Logion, Leipzig, 4908.
les remarques suivantes : Certaines expressions, è «twv oStoç, TreTrXv^pwTai, y) e^oufft'a tou caTavS, iyyi^tif TrapîSôQriv eîç Oalvatov, se retrouvent dans les évangiles synoptiques ; Sixaioffovr, 0£oû dans Paul ; Stà touto dans Marc ; uTtod-rpé-^oj dans Actes et II Pierre; itveûfjLa àxaôaptov, (XTtoxaXûitxio, à7roXoYoïï[xai, Èoco), Trapa8(Su)|jLi, dans tout le Nouveau Testament ; [jLYixeTi ajxapTrjffojaiv a son analogue dans le IV" évangile ; aXT)6tvy) Suvaixti;, TrpoaXe'YW, opoç, Ssivoç, Ttveu- [AatiKY] So^a, a!{»9apTo<: 8ô;a, ne sont ])as des expressions néotestamentaires. 11 en conclut que l'auteur de ce logion connaissait bien le Nouveau Testament, mais qu'il ne se croyait pas obligé à se servir seulement des expressions de ce livre.
Est-il possible de déterminer l'origine de ce logion? Déjà Richard Simon avait conjecturé que le passage rapporté par saint Jérôme provenait d'un évangile apocryphe ; il en est probablement de même pour la suite que nous venons de citer. Gregory ne croit pas que nous ayons là des paroles authentiques de Jésus. Ce serait probablement une sentence, analogue à celles que Ton i retrouvées à Behnesa , dont l'origine pourrait remonter a des paroles authentiques du Soigneur que nous n'avons plus, llarnack • fait remarquer que tout ce passage a une facture nettement hébraïque palestinienne.
Le texte des évangiles que donne ce manuscrit est, on le voit, assez déconcertant. Il va à l'encontre de tout e qui paraissait établi sur la critique textuelle des évangiles et pose des problèmes qu'il ne sera pas facile