‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 77 sur 99 · De viris illust,, VII · texte numérisé non relu

De viris illust,, VII

là, puisque la tradition chrétienne a été unanime à enseigner que saint Luc a écrit le troisième évangile. Nous démontrerons plus tard que Tauteur du troisième évangile est l'auteur des Actes des Apôtres, que l'auteur des Actes était un compagnon de saint Paul, et que ce compagnon était Luc. Donc saint Luc a écrit le troisième évangile. Nous verrons plus loin que cet écrit a été connu par les premiers écrivains chrétiens.

Aouxofç (Luc) est probablement une abréviation de Aouxavoç. Les exemples de semblables abréviations abondent : Silas pour Silvanos ; Artémas pour Artémidoros ; Demas pour Demetrios. Les manuscrits vieux latins Corbeiensis et Vercellensis ont pour titre : Euangelium secundum Lucanum,

Aooxaç ne se trouve pas dans les inscriptions, mais on rencontre fréquemment Aouxavo;. Cette forme diminutive en Sç était commune chez les esclaves. Il est possible que AouxSç ait été un affranchi. Nous apprenons par saint Paul que Luc était médecin. Col, IV, 14. Or., chez les Latins, les médecins étaient, pour la plupart, des esclaves, que leurs maîtres avaient fait instruire; beaucoup ensuite étaient affranchis : Antistius, le chirurgien de Jules César, et Antonius Musa, le médecin d'Auguste, étaient des affranchis. Il est donc possible que Luc ait été un esclave affranchi, et son maître a pu être Théophile, à qui il adresse son évangile.

Il est parlé trois fois de Luc dans le Nouveau Testament. Paul, écrivant aux Colossiens, IV, 14, leur dit : « Luc le médecin, qui nous est cher, vous salue. » De même, dans la lettre à Philémon, f 24, Luc salue celuici. Il était donc à Rome avec l'apôtre, lors de la première captivité de celui-ci. Il était aussi avec lui dans sa deuxième captivité à Rome, II Tim, IV, 11.

Il est possible de trouver encore dans le Nouveau Testament d'autres indications sur Luc. Nous démontrerons que Luc, auteur du troisième évangile, a écrit aussi les Actes des Apôtres. Or, dans cet écrit, nous relevons à diverses reprises des passages où le récit est à la première personne, Act. XVI, 10-17; XX, 5-XXI, 18; XXVII, 1-XXVIII, 16. Diverses hypothèses ont été présentées pour expliquer l'insertion de ces récits personnels au milieu de la narration ; la plus simple et la plus probable est que l'auteur utilise, dans une partie de son livre, des documents écrits ou des récits oraux, et qu'il parle à la première personne, lorsqu'il a été témoin des événements. C'est donc le journal de voyage de Luc, que nous avons dans les Actes; voici ce qu'il nous apprend sur Luc.

Il serait entré en rapport avec Paul, lors du deuxième voyage missionnaire de l'apôtre; c'est à Troas qu'il rencontra celui-ci, Act, XVI, 10; il le suivit jusqu'à Philippes. Il paraît être resté dans cette ville, car le récit n'est plus personnel, jusqu'à un nouveau passage de Paul à Philippes, lorsque, pendant son troisième voyage missionnaire, l'apôtre, revenant de Corinthe, se rendait à Jérusalem. Luc accompagna alors son maître de Philippes à Troas, à Éphèse, à Tyr, à Ptolémaïs, à Césarée et à Jérusalem. Là, après que Paul se fut rendu chez Jacques, Act XVIII, 21, cesse pour le moment le journal personnel. Nous ne savons ce que Luc devint pendant la captivité de Paul à Césarée. Il est à croire qu'il ne s'éloigna pas de l'apôtre en ce moment, et qu'il fut « un de ceux de Paul », Act. XXIV, 23, à qui le centurion, sur l'ordre du gouverneur Félix, devait permettre de rendre leurs soins à l'apôtre, à moins que le terme « oî ISioi autou » ne désignât plutôt et seulement les parents de Paul.

Nous retrouvons Luc, partant avec Paul pour Rome,

OÙ il ne semble pas cependant avoir été captif avec celui-ci. Paul ne dit pas de lui comme d'Aristarque, Col. IV, 10, h (xovaixuaXwTo; fxou, prisonnier avec moi. Il est son compagnon de travail, wyte^'^oçyPhiléni., f 24. Paul parle de Luc dans les épîtres aux Colossiens et à Philémon lesquelles ont été écrites probablement au commencement de la première captivité, vers 60-62; il n'en parle plus dans la lettre écrite aux Philippiens, vers la fin de cette même captivité. Il est probable que Luc avait quitté Rome, car on s'expliquerait difficilement qu'il ne fût pas mentionné dans une épître adressée à une église, avec laquelle il était étroitement lié par son séjour prolongé à Philippes. Nous ne savons ce que devint Luc, de la fin de la première captivité de Paul à la seconde. Nous le retrouvons à Rome avec Paul captif pour la seconde fois, II Tim. IV, 11. Nous le perdons ensuite de vue. La légende le fait vivre tantôt en Achaïe, tantôt en Béotie ou à Alexandrie, puis mourir en Grèce ou en Bithynie.

C'est tout ce que nous savons de certain ou de vraisemblable sur saint Luc. Les identifications de Luc avec divers personnages sont peu probables. Faut-il, par exemple, l'identifier avec le Aouxioç de Rom. XVI, 21? Il ne semble pas, car ce Aouxioç était Juif, puisque Paul l'appelle ô auYYevi^; (Jtou, et Luc était gentil. Dans l'épître aux Colossiens, IV, 14, Luc est séparé nettement de ceux qui sont de la circoncision, IV, 11, Aristarque, Marc et Jésus Justus; il est placé avec Épaphras et Démas^

Luc serait-il le même que le Aouxioç de Cyrène, Act. XIII, 1, qui était un des prophètes et des didascales de l'église d'Antioche? Cela nous paraît improbable, car, s'il en était ainsi, l'auteur des Actes aurait dès lors parlé à la première personne, comme il le fera plus tard, lorsqu'il accompagne l'apôtre. En outre, bien

que Lucas puisse être une abréviation de Lucius, de Lucilius ou de Lucianus, nous n'avons pas d'exemple certain d'une abréviation de Lucius en Lucas.

On ne peut identifier non plus Luc avec Silas ou Silvanus qui était un Juif, Act. XV, 22. S'il avait été gentil, Silas n'aurait pas été envoyé à Jérusalem avec Paul et Barnabe pour discuter la question de l'abrogation de la loi en faveur des Gentils.

Inutile de rechercher si Luc a été parmi les soixante et dix disciples, s'il a été un de ces Grecs qui demandèrent à Philippe de leur faire connaître Jésus, Jn XII, 20, ou le compagnon de Clopas sur la route d'Emmaûs, Le XXIV, 13, le soir du jour de la résurrection. Toutes ces conjectures sont détruites par cette attestation de Luc qu'il a appris ce qu'il raconte de ceux qui ont été témoins oculaires, 1,2.

Le lieu de naissance de Luc est très douteux. Nous

n'avons aucune donnée sur ce point avant Eusèbe, qui

nous dit que, par sa famille, Luc était d'Antioche ^ Les

autres témoignages reposent sur celui d'Eusèbe. Saint

Jérôme appelle Luc, medicus Antiochensis^. Par qui

Luc a-t-il été converti? On suppose que ce fut par saint

[ et à Tarse, lorsqu'il étudiait la médecine dans les

3S florissantes de cette ville, à moins que ce ne fût

itioche par ces chrétiens de Jérusalem, dispersés

la persécution, et qui convertirent à Antioche un

id nombre de Grecs, Act. XII, 19-21.

ic était-il peintre, comme on l'a dit? La légende

>se sur le témoignage de Théodore, lecteur de l'é-

3 de Constantinople, vi«-vii* siècle, qui raconte que

pératrice Eudoxie avait trouvé à Jérusalem un por-

de la Mère de Dieu, Ôeojji^Twp, peint par l'apôtre

fist. eccL, ni, 4,7.

>e Viris ilL, VII.

Luc^ Cependant, toute peinture de ce genre paraît inconnue à saint Augustin ^ qui dit : Neque novimus faciem Virginis Mariae.

Que Luc fût médecin, cela paraît certain. Nous avons d'abord les témoignages de saint Paul et du canon de Muratori; puis, nous rencontrons, dans le troisième évangile et les Actes, des termes médicaux, dont l'emploi s'explique si l'auteur est médecin. Le Dr. Hobart^ a relevé 400 mots particuliers à saint Luc ou plus fréquemment employés par lui que par les autres écrivains du Nouveau Testament et qu'on retrouve dans les écrits médicaux. Cette longue liste prouve trop. En fait, bon nombre de ces termes avaient déjà été employés dans les Septante et c'est de là que saint Luc les a tirés. Il reste cependant dans saint Luc assez de mots d'usage proprement médical pour conclure que l'auteur était médecin. Parmi ceux-là nous citerons : xpaiTcaXïj, XXI, 34; irapaXcXujAsvoç, V, 18; auv£yo]txévTi, terme technique; irupeTw îx6y«^«î>> expression médicale, IV, 38; 6Sp(oinxoc, XIV, 2; SaxtuXw irpoa<{/auEiv, XI, 46; Stoc TpiQuiaToç PeXovTjç, XVIII, 25; eatr) ^ fu<xiç tou a^a^oç, VIII, 44; àj^Xu;, Act. XIII, 11; wapoEudfAoç, Act. XV, 39; l<7T6p£w6rjaav auTOu at pàdEiç xa\ xà dcpuSpa, Act. III, 7; [Aetà àçppou, IX, 39, etc. Il existe une curieuse coïncidence entre la préface du troisième évangile et celle du médecin Dioscorides Pedakios, probablement contemporain de saint Luc; le traité Ilepl ap/ofir.ç lyitpixr,;, communément attribué àHippocrate, 460-350 avant J.-C, commençait de la même façon que le prologue du troisième évangile : ôxoffoi lirej^eipyiaav TCcpl tyiTpiXYÎç XéYStv y| ypd(ftiyf etc.. De cet ensemble d'observations on peut conclure que

i. MiGNE, Patr, gr.j LXXXVI t. 86, col. i6S.

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