‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 90 sur 99 · Op. cit., XMI, 13, 5; XVHI, 1, i ; 2, 1 ; Le H · texte numérisé non relu

Op. cit., XMI, 13, 5; XVHI, 1, i ; 2, 1 ; Le H

482 HISTOIRB DBS LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

assez pour que Ton ne puisse supposer qu'ils se sont servis Tun de Fautre. En réalité, il y a entre eux plus de différences que de ressemblances, à tel point que Schûrer a pu dire que, si saint Luc a lu Josèphe, il a dû très rapidement oublier tout ce qu'il y avait lu.

L'argument le plus solide qui ait été donné pour établir que le troisième évangile a été écrit après la ruine de Jérusalem, est celui qui s'appuie sur les particularités que Ton relève dans le discours de Jésus sur la ruine de Jérusalem, tel que le donne Luc, XXI, 5-36. 11 a convaincu des critiques conservateurs, Zahn, et même des catholiques.

Luc aurait été beaucoup plus précis que Matthieu et Marc sur les circonstances du siège de Jérusalem. Voici les textes :

Le, Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par les armées, alors sachez que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes et que ceux qui seront au milieu de Jérusalem en sortent.

Mt Me, Quand vous verrez l'abomination de la désolation (dont il a été parlé par le prophète, Mt) établie (là où elle ne doit pas être, Mo) (dans le lieu saint, Mt), alors que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient dans les montagnes.

En fait, il n'y a de plus dans Luc que la spécialisation d'un terme de Matthieu et de Marc; au lieu de (( l'abomination de la désolation dans le lieu saint », Luc précise et nomme Jérusalem. Que seul il dise que celle-ci sera investie par les armées, cela n'ajoute rien, sinon un détail concret, à la prophétie du Seigneur. Il en est de même des paroles de Jésus que seul Luc rapporte : <( Et ils tomberont sous le tranchant de l'épée et ils seront emmenés captifs chez toutes les nations et Jérusalem sera foulée par les nations jusqu'à ce que soient accomplis les temps des nations. » Seuls, ces

derniers mots indiqueraient que Luc a connu un temps intermédiaire et indéterminé entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde; idée qui n'a pu naître, dit-on, que chez un chrétien, écrivant assez longtemps après la ruine de Jérusalem. De leur côté, au contraire, les deux autres synoptiques ont rattaché étroitement, diton, la ruine de cette ville et la fin du monde. La vérité est que Luc a été ici plus précis, mais Matthieu et Marc ont su aussi qu'il existerait une période de trou^bles et de calamités entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, Mt XXIV, 23-28; Me XIII, 21-23.

Cet argument n'est d'ailleurs péremptoire que si Ton dénie à Jésus la connaissance de l'avenir et, par suite, le don de prophétie ; il n'a donc pour nous aucune valeur. En fait, Matthieu et Marc nous oïit donné le discours du Seigneur, tel qu'il a été prononcé devant un auditoire juif, et Luc, en quelques passages, l'a adapté aux connaissances de ses lecteurs païens et peut-être en a précisé certains détails.

Les quelques autres arguments que l'on présente en faveur de la date 75-90 ne paraissent pas décisifs. A la suite de ces paroles du Seigneur : « Quand vous verrez établie dans le lieu saint l'abomination de la désolation », Matthieu et Marc, pour attirer l'attention sur cette prophétie, ajoutent : Que celui qui lit y fasse attention, paroles qui ne s'expliqueraient pas si l'événement les avait déjà réalisées. Luc, écrivant après la ruine de Jérusalem, les a supprimées. Mais il est bien plus simple de supposer que Luc a reproduit ici un document qui ne contenait pas cette glose , qu'ont insérée Marc et Matthieu, qui dépendent d'une source commune. On prétend, en outre, qu'on s'expliquerait mieux pourquoi Luc, plus souvent que Matthieu et Marc, appelle Jésus ô Kupioç, désignation de celui-ci dans la littérature post-évangélique, si l'on admet que

son évangile a été écrit à l'époque où fleurissait cette littérature. 11 faudrait ne pas oublier que Luc était le disciple de Paul, qui a très souvent employé cette expression, Rom. 1, 4, 7; V, 1, 11, etc.

11 est inutile de mentionner la date de composition du troisième évangile que rapportent Théophylacte' et Euthymius^, deux manuscrits majuscules, K S, et des minuscules : Luc aurait écrit son évangile quinze ans après FAscension du Seigneur. A cette époque saint Luc ne connaissait pas saint Paul. Cette seule observation renverse cette affirmation que Ton rencontre pour la première fois au ix* siècle.

Il parait donc probable que saint Luc a écrit son évangile vers l'an 60-70. Comme il a beaucoup voyagé dans ce bref espace de temps, il est impossible de dire en quel lieu il l'a composé. La tradition ancienne étant muette sur ce point, on en est réduit à quelques conjectures plus ou moins plausibles. Dans la préface placée en tête de nombreux manuscrits de la vieille version latine 5, préface du iii« siècle, il est dit que Luc écrivit son évangile en Achaïe. Saint Grégoire de Nazianze^ et saint Jérôme^ confirment ce témoignage. Plusieurs manuscrits minuscules, 6, 29, 124, 161, etc. indiquent Alexandrie comme lieu de composition; le minuscule 293 nomme la Béotie ; les manuscrits syriens, les uns, Alexandrie, les autres, la Macédoine^.

Les critiques récents ne s'accordent pas davantage. Les uns, Hilgenfeld, Overbeck, indiquent l'Asie Mineure; les autres, Holtzmann, Keim, Zeller, Belser,

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