‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 92 sur 99 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Nous n'avons pas l'intention de traiter ici en détail la question du texte des évangiles ; il faudrait pour cela exposer les principes généraux de la critique textuelle du Nouveau Testament. Ce serait un autre livre à faire, lequel d'ailleurs n'est pas possible à exécuter en ce moment, étant donné que nous sommes actuellement à une période nouvelle de cette critique, situation que nous allons caractériser en quelques mots.

La critique textuelle du Nouveau Testament a déjà une longue histoire ; en résumé, elle avait abouti d'abord à l'établissement du Textus receptus, xvi« siècle. Lorsqu'il eut été démontré que ce Textus était basé sur des manuscrits d'origine assez récente, et qu'il ne représentait que le texte en usage au vi* siècle dans l'église grecque, on essaya de reconstruire le texte d'après les

1. Martin, Introduction à la critique textuelle du Nouveau Testament ^ Paris, 4880. Scrivener, Miller, A plain Introduction to tke Criticism of the New Testament, 4»" Ed., London, 1894. Grbgort, Textkritik des Neuen Testamentes, Leipzig, 1900. Kenyon, Handbook to the textual Criticism of the New Testament, London, 1901. Warfield, An Introduction to the textual Criticism of the New Testament, London, 1896. Nestlé, Einfûhrung in das griechische Neue Testament, GOtUngen, 1809. Von Soden, Die Schriften des Neuen Testaments in ihrer àltesten erreichbaren Textgestalt, B. I, i Ab., BcrUn, 190a.

LE TfiXT^ DES ÉVANGILES. 487

manuscrits grecs les plus anciens que l'on possédât, Vaticanus, Sinaïticus, etc.. et Ton aboutit à des éditions, comme celles de Wescott-Hort, Nestlé, pour ne citer que les plus récentes, que l'on put croire définitives. Des recherches plus étendues et des études plus approfondies ont prouvé que ces éditions reproduisaient seulement le texte en usage au iii®-iv* siècle, à Alexandrie. Actuellement, la question est posée de savoir si Ton ne pourrait pas atteindre un texte plus ancien du Nouveau Testament. Il ne faut pas le chercher dans les manuscrits grecs, de quelque origine que ce soit, puisque, pour le moment, notre manuscrit le plus ancien, le Vaticanus, date tout au plus de la fin du IV® siècle, et que d'ailleurs les manuscrits représentent un seul type avec ses variantes, suivant la date du texte que reproduit le manuscrit et le lieu où ce texte a été en usage. Il y a lieu de généraliser les recherches et les résultats, et de faire entrer surtout en ligne de compte les vieilles versions latines, syriaques, égyptiennes et les écrits des auteurs ecclésiastiques. Les vieilles versions sont toutes plus anciennes que le plus ancien manuscrit grec, et, sauf pour le cas où il s'agit de constater un mot, un terme, elles peuvent fournir les textes aussi bien qu'un manuscrit grec. Nous avons aussi des écrits des Pères, antérieurs au iv® siècle, qui par leurs nombreuses citations seront d'un grand secours pour la reconstitution du texte de leur temps. 11 était admis jusqu'à présent que les Pères ne citaient pas littéralement, parce que leurs citations s'éloignaient du texte reçu. Cette observation n'est exacte qu'en partie. Que les Pères ne citent pas toujours littéralement, cela ressort du fait qu'ils citent quelquefois différemment le même passage; mais souvent leurs citations ne paraissent pas littérales, parce qu'en réalité ils citent une recension du texte, différente de celle

que nous possédons. On ne pourra d'ailleurs utiliser les ouvrages des écrivains ecclésiastiques que lorsqu'on en possédera des éditions critiques, éditées d'après les manuscrits. Dans les éditions imprimées, les textes cités ont été ramenés au Texte reçu. Même pour les manuscrits il faudra tenir compte de la possibilité d'un texte remanié par le copiste, intentionnellement ou non, pour l'adapter au texte de son temps et de son pays. Ceci posé, si l'on étudie de près les manuscrits grecs, les vieilles versions, les écrits des Pères de l'Eglise, et ceux-ci dans les manuscrits, on constate qu'il se forme des groupes de manuscrits, versions, etc., appartenant à un même pays et à une même époque. On a ainsi le groupe syrien du vi® siècle, représenté par le Textus receptus ; le groupe alexandrin du iii*lye.yo siècle, reproduit par Westcott-Hort et Nestlé; le groupe occidental du ii®-iii® siècle, représenté par le codex de Bèze, par les vieilles versions latines et les écrivains latins; le groupe formé par les versions syriaques, curetonienne et ludovisienne ; ces deux derniers groupes fortement apparentés et auxquels se rattacheraient Clément d'Alexandrie et d'autres Pères grecs, probablement Justin et Irénée. Ce groupe dit occidental , mais qui serait aussi bien appelé oriental, puisqu'il paraît avoir eu son origine en Syrie, a chance de représenter un texte local, plus ancien, du Nouveau Testament. Mais comme il n'existe rassemblé dans aucun manuscrit grec, sinon pour les évangiles et les Actes dans le Codex de Bèze, et encore dans une de ses formes seulement, il y aurait lieu tout d'abord de le reconstruire et de voir ensuite s'il constitue le texte qui se rapproche le plus de l'original, ou s'il en est une forte altération, ce que pensent la plupart des critiques jusqu'à présent; et d'autre part, de se demander si le texte alexandrin du iv* siècle est le texte le plus ap-

parenté à Toriginal, ou s'il est une correction du texte occidental altéré ou non. Dans ce dernier cas, il serait une interpolation d'un texte plus ancien. Nous n'avons pas à résoudre ici ces questions, et cela d'autant plus que nous ne possédons pas actuellement tous les éléments du problème, tel qu'il se pose, ainsi que nous le dirons plus loin ; nous devons donc nous borner à signaler les dififérences principales qui existent entre le texte occidental et le texte de nos éditions modernes, afin de montrer un des éléments du problème, puis exposer brièvement les hypothèses qui ont été émises au sujet de ce type occidental, et enfin discuter les principaux textes évangéliques dont l'authenticité a été mise en doute.

§ 1. — État des textes.

Le texte, qu'on a improprement appelé occidental, puisqu'on l'a retrouvé en Orient, dans les versions syriaques : ludovisienne et curetonienne , aussi bien qu'en Occident, dans les vieilles versions latines et les écrits des Pères latins, ce texte n'a pas encore été reconstitué. Nous devons, pour en établir les caractères principaux, nous borner à quelques observations générales. Ce texte occidental est caractérisé surtout, par rapport au texte de nos éditions critiques, par un grand nombre d'additions, petites et grandes, par quelques omissions remarquables, par une multitude de variations de termes ou de transpositions de mots, par l'incorporation dans un évangile de sentences appartenant à un autre évangile. Pour donner aux lecteurs une idée de ces variantes, nous en reproduisons quelques-unes, empruntées au représentant le plus autorisé de ce texte, le Codex de Bèze. Si nous examinons

la collation qu'a faite Nestlé ^ des variantes de ce codex, nous trouvons que celles-ci sont très nombreuses, principalement dans Tévangile de saint Luc. On dirait que le codex de Bèze nous offre une rédaction différente d'un même récit. Nous allons faire ressortir cette affirmation par une comparaison juxta-linéaire du passage de Le V, 5-11 dans le codex Vaticanus, la base de nos éditions actuelles, que nous désignons par la lettre B, et dans le codex de Bèze marqué par la lettre D ; nous ne reproduisons pas les mots semblables.

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