‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 98 sur 99 · Revue bibl. avril · texte numérisé non relu

Revue bibl. avril

sets. Nous relevons des expressions autres que celles qu'emploie Marc : wptoTy) <yaêêaTou, f 9, au lieu de t^ fAiS Tcov (raêSaxtov du ^ 2 ; IxôàXXeiv (Jtto au lieu de IxCdtXXeiv Ix ; Ikeivoç comme synonyme de ô Ss; Iv tÇ ôvopiaTi [jlou pour , èià Tw ôvofxaTi; Temploi de .aév et Ss pour balancer la phrase ne se retrouve qu'une fois, XIV, 38, dans tout Marc; il est ici aux f 19, 20. Les phrases de Marc sont courtes, d'un grec assez barbare, unies ordinairement par xat et quelquefois par Bi; au contraire, nous avons dans ces 12 versets un morceau bien construit, dont les propositions sont régulièrement enchaînées par les liaisons : [AExà $â TauTocy SffTEpov Ss, ô [xiv oSv^ Ixetvoç Biy qui marquent les divers points de jonction.

c) L'exposé n'est plus historique mais didactique; c'est un résumé où l'on ne trouve plus le style graphique de Marc, mais des propositions parallèles bien balancées.

En résumé, les témoignages sont très forts soit pour, soit contre la finale; l'examen interne lui est plutôt défavorable. Est-il possible de trouver une explication qui tiendra compte de tous les faits? Remarquons, d'abord, que cette finale a été connue très anciennement. Nous ne dirons pas qu'elle a pu l'être à l'état sporadique; il est plus probable qu'elle a été rattachée de très bonne heure à Marc. A un moment, cependant, elle a dû exister à l'état indépendant, car elle n'est pas la suite naturelle des versets précédents ; ou bien elle a été composée pour être la finale de Marc inachevé, ce qui est l'hypothèse la plus probable, car cette finale paraît être un résumé des autres évangiles et des Actes ; par conséquent, elle est une finale intentionnelle, fabriquée ad hoc, et plus récente que Luc et les Actes. Rien n'empêche que l'auteur ait été Marc lui-même; la différence de style ne s'y opposerait pas, surtout s'il s'est écoulé un assez long espace de temps

entre Tévangile et la finale. Dans son évangile Marc a reproduit une catéchèse populaire, tandis qu'ici il résumait un enseignement.

Rien ne s'opposerait, d'ailleurs, à ce que cette finale fût d'un autre que Marc, et qu'elle restât canonique. La canonicité est fondée sur l'usage ancien de l'Église, sur le témoignage des Pères et sur l'adoption que , l'Église fait d'un texte. Or, aucune de ces qualités ne fait défaut à cette finale. Il n'est donc pas nécessaire de la tenir pour écrite par Marc.

Or, dans un manuscrit arménien des évangiles, découvert en novembre 1891 par M. Conybeare dans la bibliothèque patriarcale d'Edschmiatzin, manuscrit écrit en 986, on lit après le ^ 8 cette rubrique : du presbytre A ris ton. Cet Ariston est probablement le presbytre Aristion, dont Eusèbe nous a dit qu'il était disciple du Seigneur, et que c'est de lui que Papias avait eu ses renseignements. Cet Aristion vivait au commencement du second siècle. On comprend que la finale du second évangile, si c'est lui l'auteur, ait été connue de bonne heure et en particulier par saint Irénée, qui était d'Asie Mineure. Cette finale fut adoptée bientôt dans toutes les églises, tandis qu'à Alexandrie quelques manuscrits eurent une finale plus courte. Et maintenant, soit qu'ils aient connu par tradition que cette finale n'était pas de Marc, soit que, plutôt, ils se soient appuyés sur l'examen interne du texte et sur les difficultés d'interprétation qu'il faisait naître, Origène et ceux de son école, Eusèbe, retranchèrent de leurs exemplaires les 12 derniers versets de Marc.

4** Loi, 46 : Kal eÏTcev Mapiàfx* MfiYaXuvsi ^ ^^r^ {aou. Telle est la teneur de tous les manuscrits grecs, des codex de la Vulgate, du Diatessaron, etc. Tous les auteurs ecclésiastiques, grecs, latins ou syriaques, ont connu cette leçon ; c'est elle seule que l'on rencontre dans les écrits

antérieurs au milieu du ii* siècle. Pour la formule : Et ait Elisabeth, nous avons seulement trois manuscrits de la vieille version latine, a b 1 ; deux passages de la version latine de saint Irénée, laquelle donne ailleurs la leçon : Et ait Maria^ et ce texte d'Origène, probablement inauthentique : « Invenitur beata Maria, sicut in aliquantis exemplaribus reperimus, prophetare. Non enim ignoramus quod secundum alios codices et haec verba Elisabeth vaticinetur. » Enfin nous avons le témoignage de Nicéta, évoque de Remésiana en Dacie, 335-414 : « Nec Elisabeth..: Deum de ipsa anima magnificare cessauit. » * Pour la formule : « et ait », qui aurait été la transition de la formule : « et ait Elisa^ beth » à a était Maria », il y aurait, dit -on, quatre manuscrits de Tancienne version latine, que Tischendorf mentionnerait. Or, Tischendorf pas plus que Wordsvorth-White* ne citent de manuscrits vieux latins ayant cette leçon.

La critique textuelle est donc en faveur de la leçon : xa\ flicev MapiotfAy laquelle est, d'ailleurs, soutenue par l'étude interne du contexte. Cette question de l'origine du Magnificat a été discutée en ces dernières années par de nombreux critiques, Loisy, Durand, Lepin, Harnack, Hilgenfeld, Spitta, Bardenhewer, et vient d'être très bien résumée par M. Ladeuze, auquel nous renvoyons pour une étude approfondie du problème ^.

50 Le XXII, 43, 44 : ô^Otï M aôtco o[yy«Xo< i-n ' oôpavou Ivt9}^ua>v auT^v. Kal Yevofxtvoç Iv àycovia ixTevéorepov Tcpooifiti^eTO. Ka\ l'^intia 6 tSp(i>ç aÔTou J>9el 0p(S(A6ot atjAaTOç xaTa^oiCvovreç lia T^v Y>iv. Ces versets se trouvent dans les manuscrits

i. BURN, I^iceta of Hemesiana, hia Life and Works, Cambridge 1903; p. 7e, 77.

2. Nouum Testamentum secundum editionem sancti Hieronymi, Oxford, 1889.

3. Revue d histoire ecclésiastique, octobre 1903, p. 6i3-64t, Louvain.

majuscules, nDFGHKLM, etc., dans tous les minuscules, sauf ceux qui seront nommés plus loin, comme les ayant omis, dans les versions syriaques, Curetonienne, Peshitto, hiérosolymitaine ; dans les versions coptes, sauf quelques manuscrits de la version bohaïrique, dans les versions éthiopienne, arménienne, arabe, dans les manuscrits des vieilles versions latines, sauf le codex f, dans les manuscrits de la Vulgate, dans le Diatessaron, dans Justin, Irénée, Hippolyte, Epiphane etc.

Ont omis ces versets : les manuscrits majuscules, ABRT, les minuscules, 69 124 178 443 561, les Évangéliaires qui placent ces versets après Mt XXVI, 39, le codex vieux latin f, les meilleurs manuscrits de la version bohaïrique, quelques-uns de la sahidique et de Farménienne, la syriaque ludovisienne, hérakléenne, Cyrille d'Alexandrie, Ambroise. Saint Hilaire^ et saint Jérôme^ ont résumé la tradition en affirmant, le premier, que ces versets n'existaient pas dans la plupart des manuscrits grecs et latins, et le second, que ce passage se trouvait seulement dans quelques exemplaires grecs et latins.

L'évidence textuelle paraît donc aussi forte pour l'insertion que pour l'omission de ces versets ; on ne voit pas cependant pourquoi ils auraient été retranchés, sauf peut-être pour des raisons de convenance pieuse ou parce qu'ils étaient placés ailleurs. Il est donc certain que ces versets représentent authentiquement une tradition d'abord orale, qui se répandit, tout d'abord, en dehors du texte canonique, et qu'ensuite on ne sut plus à quel évangile la rattacher, ce qui explique sa présence dans Matthieu, dans les

i. De Trinitate, II, 1. î. Adv, Pelag., If, 16.

Évangéliaires, et son absence dans certains manuscrits de Luc,

On a relevé encore un grand nombre d'autres variantes dans le texte des évangiles ; la plupart n'ont qu'une importance très relative ; les autres sont discutées dans les traités de critique textuelle du Nouveau Testament, auxquels nous renvoyons. Disons, cependant, en terminant, qu'aucune d'entre elles ne change substantiellement le texte que nous connaissons.

iTâgea.

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