‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 100 sur 110 · DONDIAXE, 2) B.'J21: IL · texte numérisé non relu

DONDIAXE, 2) B.'J21: IL

Judas dût éprouver de saisissement à cette nouvelle inattendue.

À peine le crime était-il accompli, que le désespoir s’empara d’Aristobule ; son mal s’aggrava subitement, des douleurs intolérables envahirent tout l’intérieur de son corps, et il rendit une grande quantité de sang. Par un hasard véritablement providentiel, un des serviteurs qui l’entouraient, enleva ce sang et le porta jusqu’au point même qui était encore tout souillé du sang d’Antigone. Là il fit une chute, et laissa tomber le vase qui le contenait, de sorte que le sang d’Aristobule se mêla à celui de son frère. Un cri d'horreur s’éleva parmi les assistants, comme si le serviteur l’eût fait exprès. Aristobule entendant ces exclamations, en voulut connaître la cause. On refusa d’abord de lui répondre; il n’insista que plus vivement pour savoir ce qui s'était passé. A force de menaces il finit par se faire révéler la vérité, et fondant alors en larmes, il s’écria. « Il n’était pas pos- » sible de cacher à Dieu mes abominables crimes, et je suis » promptement puni du meurtre de mon frère. Misérable corps, » garderas-tu longtemps la vie que je dois aux mânes de mon » frère et de ma mère? Pourquoi la mort ne vient-elle pas tout » d’un coup? pourquoi faut-il que je perde, goutte à goutte, le » sang que je dois verser pour ceux que j'ai traîtreusement » assassinés? »

Il mourut en prononçant ces paroles, après un an de règne *.

Aristobule avait été surnommé le Philhellène. Son règne si court fut néanmoins favorable à son peuple. Il vainquit les Ituréens et soumit à la Judée une grande partie de leur pays. Il en força les habitants, s’ils voulaient rester dans leurs foyers, à se faire circoncire et à vivre sous la loi juive. Il était juste et réservé, ainsi que l’atteste Strabon, d’après l'autorité de Timagènes qui s'exprime ainsi: « [Il se montra toujours juste, et ren-

A, ASTRID NI LE 2. À. J. XIII. XI, 8. —B. J. I, IIT, 6 (105 av..J.-C.).

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» dit de grands services aux Juifs ; car il recula leurs frontières, » et annexa à la Judée une partie de l’Iturée, dont les habitants » durent se soumettre à la circoncision ‘ ».

Aussitôt après la mort d’Aristobule, Salomé, sa femme, qui portait parmi les Grecs le nom d’Alexandra, mit en liberté les frères du Roi défunt, que celui-ci avait incarcérés. Jonathan et par abréviation Jannée qui était également nommé parmi les Grecs Alexandre, était le plus avancé en âge et le plus distingué. Ce fut à lui que Salomé donna la royauté. Chose étrange! Le nouveau Roi, depuis le jour de sa naissance, avait été détesté par son père, qui ne lui avait jamais permis de paraître en sa présence. Cette haine impardonnable avait la cause suivante : Hyrean qui chérissait tendrement ses deux fils aînés, Antigone et Aristobule, pria Dieu de lui faire connaître celui de ses enfants qui lui succéderait au trône. Dieu lui apparut en songe, et lui désigna Alexandre Jannée. Désespéré de savoir que cet enfant serait l'héritier de sa grandeur, il l’exila, pour ainsi dire, en Galilée, où il avait vu le jour, et l’y fit élever loin du palais. Nous avons vu comment la prédiction divine s’accomplit. Aussitôt maître du pouvoir, Alexandre se débarrassa par un meurtre de l’un de ses frères qui cherchait à lui disputer la couronne ; quant à l’autre qui se vouait volontairement à l'obscurité, et qui se nommait Absalom, le nouveau Roi le traita avec bienveillance*?.

Dès qu’il eut réglé à sa guise toutes les affaires de l’État, Alexandre Jannée entreprit une expédition contre Ptolémaiïs, et ayant refoulé tous les habitants dans la place, il en commença le siège. De toutes les villes de la côte, en effet, il ne restait plus à soumettre que Ptolémaïs et Gaza, d’une part, et de l’autre, la tour de Strabon et Dora qui étaient occupés par un tyran nommé Zoïle. Pendant tout le temps que dura la guerre fratricide entre Antiochus Grypus et Antiochus le Cyzicène, Ptolémaïs ne reçut

TJ. XIII. XI. 3.

hi

DA TI, XIII. XIL. A. — B. J. Le IV. 4 (408 ave J.-C.)

de secours d’aucun des deux compétiteurs ; mais Zoïle qui redoutait pour son compte le sort que le Roi des Juifs réservait à Ptolémaïs, et qui avait une petite armée à son service, essaya de porter secours aux assiégés, qui n’en avaient évidemment aucun à attendre des deux princes rivaux. Il ne restait aux habitants de Ptolémaïs qu'une seule espérance, c'était de se voir aidés par Ptolémée Lathyrus qui occupait l’île de Chypre, après avoir été chassé d'Égypte par sa propre mère Cléopâtre. Ils l’implorèrent donc et le supplièrent de les tirer des griffes d'Alexandre Jannée. Ils leur firent croire que dès qu'il aurait passé en Syrie, il aurait avec lui les habitants de Gaza, et Zoïle, et même les Sidoniens, avec d'autres encore : comptant sur des auxiliaires puissants, Ptolémée se hâta d’armer une flotte ‘.

Sur ces entrefaites un certain Démétrius, très écouté du peuple, à cause de son éloquence, et qui jouissait d’une certaine autorité parmi ses compatriotes, réussit à changer les dispositions des habitants de Ptolémaïs. Il leur représenta qu’il valait cent fois mieux courir les chances encore incertaines d’une guerre avec les Juifs, que d’accepter une servitude inévitable, en se donnant bénévolement un maître ; qu’ils n’y gagneraient qu’une chose, à savoir, après la guerre présente, la guerre bien autrement redoutable qui leur viendrait d'Égypte ; que Cléopâtre à coup sûr n’était pas assez peu soucieuse de ses intérêts, pour permettre à Ptolémée d'acquérir de nouvelles forces, recrutées parmi les voisins de l'Égypte; et qu'infailliblement elle les attaquerait avec une armée formidable. Ne voulait-elle pas en effet chasser son fils de Chypre même ? Qu’enfin si Ptolémée ne réussissait pas à les délivrer, il lui resterait toujours la ressource de se réfugier dans son île, et qu'ils resteraient seuls exposés aux plus grands périls. Ptolémée, au moment de son départ, fut informé du changement qui s'était opéré dans les esprits à Ptolémaiïs ; il n’en fit pas moins route, et venant mouiller à Sycaminos, au pied du Carmel, il y fit débarquer ses troupes.

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Celles-ci comptaient en tout une trentaine de mille hommes, cavalerie comprise; de là il vint camper dans le voisinage de Ptolémaïs ; mais comme la ville refusa l’entrée à ses envoyés, et ne voulut même pas écouter leurs propositions, Ptolémée restait auss] irrité qu’anxieux'.

Les choses en étaient là, lorsque Zoïle et les habitants de Gaza vinrent le trouver, et le prier de leur prêter son appui, contre les Juifs et leur Roi Alexandre qui avaient dévasté leurs campagnes. Alexandre ne se sentant pas de force à tenir tête à tant de monde, et à poursuivre un siège en même temps, se retira prudemment de devant Ptolémaïs. L'armée juive rentra dans ses foyers et Alexandre Jannée s’empressa d'appeler en secret Cléopâtre à son secours, contre Ptolémée, avec lequel il négociait en même temps. Il fit plus encore, et promit à celui-ci 400 talents d'argent, s’il voulait faire disparaître le tyran Zoïle, et donner aux Juifs le pays à la tête duquel il s'était mis. Ptolémée, dupe de cette scandaleuse comédie, accepta les offres de Jannée, et s’empara de la personne de Zoïle ; mais il fut bientôt au courant des manœuvres du Roi des Juifs, et dès qu'il sut que celui-ci avait envoyé des ambassadeurs à sa mère Cléopâtre, il n’hésita pas à manquer à la parole qui lui avait été extorquée, et il commença lui-même le siège de Ptolémaïs, dont les portes lui avaient été fermées. Laissant devant la place une partie de son armée, avec des chefs capables de diriger les opérations du siège, il se mit de sa personne en campagne, avec le reste de ses troupes pour ravager la Judée. Alexandre, lorsqu'il se sentit sérieusement menacé, ne resta plus inactif. Li réunit promptement 50,000 habitants du pays (80,000, comme le prétendent quelques auteurs), et se mettant à la tête de cette armée improvisée, il courut au-devant de Ptolémée. Déjà celui-ci avait attaqué à l’improviste, et un jour de sabbat, une ville de Galilée nommée Asokhis; il y avait capturé

Done XIIT-XIL. 2.

dix mille prisonniers, en outre d’un butin considérable‘.

De là Ptolémée vint essayer d'enlever de vive force Sepphoris, ville voisine de celle qu'il avait déjà mise au pillage; mais il ne réussit qu’à y perdre beaucoup de monde et il se replia sur Ptolémaiïs, afin de faire tête à Alexandre Jannée. Celui-ci arrivait par la vallée du Jourdain, et vint camper à proximité de l’ennemi, à un endroit nommé Asophon et qui n’est pas très éloigné du fleuve. La première ligne de bataille des Juifs se composait de 8,000 combattants, auxquels Alexandre donna le nom d’Ekatontamaques (ceux qui soutenaient le choc de cent hommes) et qui se couvraient d’un bouclier plaqué d’airain. La première ligne de Ptolémée était bien aussi munie de boucliers d’airain, mais pour tout le reste, ses soldats se sentaient de beaucoup inférieurs aux Juifs; aussi n’acceptèrent-ils le combat qu'avec timidité. Philostephanus qui les commandait, leur rendit néanmoins un peu de courage, en leur donnant l’ordre de franchir le fleuve qui séparait les deux camps ennemis. Alexandre le laissa faire, pensant qu’il aurait plus facilement raison d’eux, s'ils avaient une rivière à dos, parce qu'ils ne pourraient plus en fuyant se soustraire au combat. L'action s’engagea et le résultat en fut d’abord douteux, car de part et d'autre les pertes étaient grandes. Lorsque l'avantage paraissait rester aux troupes d’Alexandre, Philostephanus qui avait su ménager une réserve, courait promptement appuyer les points où sa ligne de bataille semblait fléchir. Les Juifs au contraire n’ayant à compter sur l'appui d'aucun corps de réserve, furent bientôt en débandade; ceux qui fuyaient, ne se sentant pas secourus par leurs voisins eux-mêmes qui se mêlaient immédiatement aux fuyards, les soldats de Ptolémée les poursuivirent alors l'épée dans les reins, et ce fut bientôt un sauve-qui-peut général. Le massacre fut si grand que les épées des Grecs étaient émoussées, et la main des soldats fatiguée de frapper. 30,000 Juifs restèrent sur le champ de

1 A. 3, XIII. XII, 4 — A.J. I. IV. 2. Je ne devine pas ce que peut être cette ville d'Asokhis, qui était voisine de Sepphoris,

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bataille (50,000 dit Timagènes); le reste fut fait prisonnier, ou regagna péniblement ses foyers‘.

Ici l'historien des Juifs enregistre un fait abominable, et auquel on a peine à croire. Il paraîtrait que Ptolémée, le soir de sa victoire, vint occuper quelques bourgades juives, où s'étaient réfugiées nombre de femmes et d'enfants, fuyant devant les dévastateurs. Il ordonna à ses soldats de les égorger et de les dépecer, puis de jeter leurs membres dans des marmites, et d'en préparer un horrible mets, afin que tous ceux qui, après avoir échappé aux chances du combat, viendraient pour se rendre, crûssent qu'ils se repaissaient de chair humaine, et fûssent terrifiés d’avoir affaire à de pareils ennemis. Strabon et Nicolas de Damas, ajoute Josèphe, attestent la vérité de ce fait.

Peu après, Ptolémaïs fut prise par Ptolémée Lathyrus?.

Cléopâtre, justement effrayée des succès de son fils qui ravageait la Judée, et avait déjà réussi à se rendre maître de Gaza, résolut de s’opposer de toutes ses forces à la marche victorieuse de Ptolémée; car celui-ciétait déjà sur les frontières de l'Égypte, dont il voulait s'emparer à tout prix. La flotte de la Reine se mit immédiatement en route, ainsi que son armée de terre, à la tête de laquelle étaient placés les deux Juifs, Chelcias et Ananias. Elle fit transporter immédiatement à Cos la plus grande partie de ses trésors, qu’accompagnaient ses petits-fils et son testament. Son fils Alexandre ayant reçu l’ordre de diriger une flotte puissante sur les côtes de Phénicie, ce pays fit immédiatement sa soumission et Cléopâtre vint de sa personne se présenter devant Ptolémaïs. La population ayant refusé de lui ouvrir ses portes, elle commença le siège de la place. Ptolémée, de son côté, avait quitté la Syrie, s’était rué sur l'Égypte qu’il supposait dégarnie de troupes, et par conséquent facile à surprendre; mais il fut trompé dans cette espérance. À ce moment même il arriva que Chelcias, l’un des deux généraux de Cléopâtre, mourut

1 À. J. XIII. XIIL. 5, 2. À. J. XIII. XII. 6 — (104. av. J.-C.).

en Cœlésyrie, lorsqu'il marchait à la poursuite de Ptolémée!. |

Dès que Cléopâtre apprit que l’expédition de son fils contre l'Égypte n'avait pas eu le résultat qu’il en espérait, elle détacha contre lui une partie de son armée qui le chassa du pays. Forcé de battre en retraite, Ptolémée vint prendre ses quartiers d’hiver à Gaza ; pendant que sa mère Cléopâtre réussissait à enlever Ptolémaïs, Alexandre Jannée vint l'y trouver avec de magnifiques présents, lui exposa tout le mal que lui avait fait Ptolémée Lathyrus, et lui dit qu’il n’avait plus d’autres ressources que sa protection. Quelques-uns des amis de Cléopâtre cherchèrent à lui persuader de prendre d’abord les présents, et de s'emparer ensuite de la Judée, parce qu’elle ne devait pas souffrir qu’une si grande multitude de Juifs valeureux fussent placés sous la main d’un seul homme. Ananias lui tint un tout autre discours. « [Il serait inique, lui dit-il, de priver de son pou- » voir un homme qui est ton allié, et de plus ton parent. Il faut » que tu saches bien qui si tu lui fais cette injure, tu auras au- » tant d’ennemis que de Juifs, nous compris. » Ces paroles d’Ananias décidèrent Cléopâtre à respecter Alexandre Jannée, et bien plus elle conclut avec lui un traité d’alliance à Scythopolis, en Cœlésyrie ?.

Alexandre une fois débarrassé de la crainte que lui inspirait Ptolémée, conduisit ses troupes en Cœlésyrie, et commença le siège de Gadara, siège qui dura dix mois. Il prit également Amathus(?) la plus forte de toutes les places qui se trouvaient. au delà du Jourdain, et où Théodore, fils de Zénon (sans doute le Zënon Cotylas, tyran de Philadelphie) avait mis à refuge tout ce qu'il avait de plus précieux et de plus cher. Théodore réussit cependant à surprendre l’armée juive, et à lui tuer 10,000 hommes, en enlevant tous les bagages du Roi Alexandre. Ce revers ne l’abattit pas, loin de là; car il commença une nouvelle expé-

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