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par les Assyriens, et qui étaient restés dans le pays. Là, comme en Judée, tous les édifices publics et privés furent fouillés de fond en comble, dans la crainte que quelque simulacre païen n’y restât caché. Quand toute la terre judaïque eut été ainsi purifiée, Josias convoqua le peuple entier à Jérusalem pour la célébration de la Pâque prochaine. Dans cette solennité le roi offrit à Dieu 30,000 agneaux et 3,000 bœufs. Les grands du royaume imitèrent cet exemple, car ils offrirent aux prêtres 2,600 agneaux, et 5,000 aux lévites, avec 500 bœufs. Jamais, depuis le temps de Samuel, la Pâque n'avait été célébrée avec une pareille somptuosité et une si large observance de la loi sacrée.
Le règne de Josias fut prospère et glorieux entre tous ceux de sa dynastie ; mais le terme en était marqué, et ce roi pieux périt dans les circonstances que nous allons raconter.
Néchao, roi d'Égypte, en apprenant l'issue de la révolution qui venait de renverser l'empire d’Assyrie, et de transférer toute la puissance aux Babyloniens et aux Mèdes, conçut l’idée de profiter de l’occasion et de porter la guerre sur les rives de l’Euphrate, afin d’étendre sur l’Asie la domination égyptienne. Il se mit en marche à la tête de son armée et parvint à Mendès, ville qui faisait partie du royaume de Josias?.
Celui-ci prétendit s'opposer de vive force au passage de l’armée égyptienne à travers ses états. Néchao s’empressa de lui envoyer des parlementaires, pour lui dire qu'il n'avait aucun mauvais dessein contre lui, et qu’il se dirigeait uniquement vers l’'Euphrate; mais qu’il l'engageait, dans son intérêt, à ne pas le forcer à le combattre, en s’opposant à l’accomplissement de ses projets.
Josias ne voulut rien entendre, et déclara qu'il était prêt à barrer le passage à Néchao. Il devait en être ainsi pour que sa
1. À. J. X, IV,5. — Rois II, XXII, v. 4 à 25. — Chron. 11. XXXV, v. 1 à 19. 2. Où devons-nous chercher cette ville de Mendès ? Serait-ce par hasard Kafar- Menda qui se trouve située près de Saint-Jean-d’Acre ? C’est bien possible !
destinée s’accomplit. Le roi de Juda avait disposé son armée en bataille, et, monté sur un char, il en parcouraitle front d'une aile à l’autre, lorsqu'une flèche égyptienne vint l’atteindre et calma singulièrement son ardeur guerrière. La blessure était grave ; il donna donc aussitôt l’ordre de sonner la retraite, et retourna à Jérusalem, où il mourut promptement des suites du coup qu'il avait reçu. On lui fit de magnifiques funérailles, et on l’ensevelit dans le sépulcre royal.
Josias mourut en 610 avant J.-C., âgé de 39 ans, après 31 ans de règne. Toute la nation juive pleura la perte d’un roi qu'elle adorait, et se livra pendant bien des jours à la manifestation de ses regrets et de son deuil".
Arrivé à ce point de sen récit, Josèphe ajoute un nouveau passage extrêmement curieux concernant les prophètes; nous ne saurions nous dispenser de le traduire fidèlement :
« Le prophète Jérémie a composé sur la mort de Josias un » chant lugubre que nous possédons encore*. |
» Ce même prophète annonce également tous les malheurs » qui doivent accabler Jérusalem, et il prédit par écrit le dé- » sastre qui s’est accompli de notre temps, aussi bien que celui » qui fut l’œuvre du roi de Babylone. Jérémie ne fut pas le seul » à prédire au peuple Juif les malheurs qu’il devait subir, et » avant lui, le prophète Ézéchiel nous avait transmis deux livres » sur ce même sujet. Tous les deux, Ézéchiel et Jérémie, » étaient de race sacerdotale; mais Jérémie a séjourné à Jéru- » salem depuis la treizième année du règne de Josias, jusqu’à » la destruction de la ville et du temple. Plus loin nous racon- » terons les aventures de ce prophète. »
4. À. J. X, V, [. — Rois, II, XXIIT, v. 29 et 30. — Chron. II, XXV, v. 20 à 25.
2. Josèphe a évidemment utilisé ici le verset 25 du chapitre XXXV du 1Ie livre des chroniques.
3. À, J. X. V, I. — Le verset 3 du chap. XXV de Jérémie ainsi conçu : « De- » puis la treizième année de Josias fils d'Ammon, roi de Juda, jusqu’à ce jour, voici » vingt-trois ans, la parole de Jéhovah m'a été adressée.» Cela prouve jusqu’à l'évidence que Josèphe, en écrivant son livre des Antiquités judaïques avait sous les yeux les prophélies de Jérémie.
L’appréciation de Josèphe sur les événements auxquels s’appliquent les prophéties de Jérémie nous intéresse au plus haut point; rien de plus explicite que les expressions xoitiv vôv sp°7 “püv yevouévny way : Celles-ci concernent incontestablement le siège et la ruine de Jérusalem accomplis par Titus, tandis que les mots de la phrase +rhv re Baëvlvos dev, nous signalent clairement la catastrophe que suivit la captivité de Babylone. Voilà donc en termes précis ce que pensait un prêtre Juif, il y a dixhuit cents ans, de l’accomplissement des prophéties de Jérémie.
Qu'on relise maintenant le chapitre XIX de Jérémie et on y trouvera un tableau terrible de la ruine de Jérusalem accomplie par Titus :
« 6. C’est pourquoi voici : Il viendra un temps, dit Jéhovah, » où ce lieu ne sera plus appelé Topheth et vallée de Benhin- » nom, mais Vallée du carnage. — 7. Je bouleverserai en ce lieu » les projets de Jehouda et de Jérusalem ; je les ferai tomber » sous le glaive, devant leurs ennemis et par la main de ceux » quien veulent à leur vie, et je donnerai leurs cadavres en » pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. — 8. Et je » ferai de cette ville un objet de stupéfaction et de dérision; » quiconque passera devant elle sera stupéfait et insultera à » toutes ses plaies.
» 9. Et je leur ferai manger la chair de leurs fils et la chair » de leur filles; et l’un mangera la chair de l’autre, pendant le » siège, et dans l’extrémité à laquelle les réduiront leurs enne- » mis et ceux qui veulent leur ôter la vie. »
Quant à la prise de Jérusalem par le roi de Babylone et à la captivité, elles sont partout prédites dans les écrits de Jérémie ; il suffit de les ouvrir pour les y trouver à chaque page. Je me contenterai donc de transcrire ici les passages les plus saillants :
« XX. v. 4. Car ainsi, dit Jéhovah, je te livrerai à la frayeur, » toi et tous tes amis; ils tomberont par le glaive de leurs enne- » mis; tes yeux le verront et je livrerai tout Jehouda entre les
» mains du roi de Babel qui les transportera à Babel, et les tuera » par le glaive.
» 3. Je livrerai toute la puissance de cette ville, tout son tra- » vail, tout ce qu’elle a de précieux, et je mettrai tous les trésors » des rois de Jehouda entre les mains de leurs ennemis qui les » pilleront, les enlèveront et les transporteront à Babel.
» 6. Et toi Pach’hour, avec tous les habitants de ta maison, » vous irez en captivité; tu viendras à Babel, là tu mourras ; là » tu seras enseveli, toi et tous tes amis auxquels tu as prophé- » tisé le mensonge”. »
Quant à la durée de la captivité de Babylone, nous la trouvons fixée de la manière la plus précise dans les versets suivants du chapitre XXV de Jérémie.
« IT. Tout ce pays-là sera un monceau de ruines, un désert, » et ses peuples serviront le roi de Babel, soixante-dix ans.
» 42. Mais lorsque ces soixante-dix ans seront écoulés, je pu- » nirai le roi de Babel et ce peuple-là, dit Jéhovah, de leurs ini- » quités, ainsi que le pays des Casdim, et j'en ferai une solitude » éternelle?. » |
Nous avons vainement cherché dans Jérémie la complainte que Josèphe lui attribue et qui aurait trait à la mort de Josias. Le chapitre XXII seul nous a semblé, jusqu’à un certain point, pouvoir, en quelques-unes de ses parties, s'appliquer à cet événement. Ainsi le verset 10 de ce chapitre est conçu comme il suit :
« 10. Ne pleurez plus celui qui est mort, et ne faites pas de » complainte sur lui, pleurez plutôt celui qui est parti; car il » ne reviendra plus et ne reverra plus son pays natal. »
Celui qui est mort paraît bien être Josias, et par suite celui
1. Cfr. Jérémie, XXI, v. 4 à 10, — XXII, v. 34 à 25. — XXV, v. 8 213. — XXVI, V. 4à 6. — XXVII, v. 4 à 8, etc., etc.
2. Cette même assertion positive se trouve au verset 10 du chapitre XXIX. Le chapitre XXXI, sans fixer la durée de la captivité n'est pas moins explicite.
(Versets 8 à 14). Il en est de même pourles chapitres XXXIIL, v. 37à 44 et XXXIII, V. Jà 13.
qui est parti et qui ne doit plus revenir se trouve tout naturellement être Joakhaz, le fils et le successeur de Josias.
Les versets qui suivent sont ainsi conçus :
« 41. Car ainsi, dit Jéhovah, sur Schalloum fils de Josias, » roi de Juda, qui devait régner à la place de Josias son père, et » qui est sorti de cette ville : il n'y reviendra plus!
» 12. Mais il mourra dans le lieu où on l’a transporté ; là il » mourra, etilne verra plus ce pays-c1. »
Si maintenant nous consultons les sources, le Schalloum, fils de Josias dont il est ici question, ne peut être que Joakhaz, dont nous allons nous occuper, et retracer la courte histoire. |
Dès que Josias fut mort (610 av. J.-C.), son fils Joakhaz, âgé d'environ 23 ans, monta sur le trône à sa place. Ilétait fils d’'Amitala, native de la ville de Lobana *.
Joakhaz était vicieux et de mœurs dépravées. Au retour de la campagne qu'il avait entreprise, le roi d'Égypte envoya à Joakhaz l’ordre de venir comparaître devant lui à Amatha, ville de Syrie. Joakhaz se sentit forcé d’obéir, se rendit auprès de Néchao qui le fit aussitôt charger de chaînes, et le déclara déchu de la royauté qu’il transmit à son fils aîné. Celui-ci, qui était issu d’une autre mère etse nommait Éliakim, obéit à l’injonction du roi d'Égypte, et changea son nom contre celui de Joakim. Il dut payer immédiatement un tribut de cent talents d'argent et de dix talents d’or. Quant à Joakhaz, il fut emmené en Égypte où il mourut. Il n'avait régné que trois mois et dix jours *?.
La mère de Joakim était originaire d’Abouma et se nommait Zabouda. Le nouveau roi avait un très mauvais naturel ; injuste
et méchant, il n’était pas moins coupable envers Dieu qu’envers les hommes à.
1. Est-ce la Loubban de nos jours ? — Rois II, XXIII, v. 30 à 33. La mère de Joakhaz, au verset 31, est nommée Hamoutal de Librah.,
2. Il y a une bien singulière ressemblance entre les règnes et les destinées de Joakhaz et de Joakim, ainsi que nous le verrons plus loin. Rois, IT, XXIII, v. 30 à 34.
3. À. J. X, V, 2. — Rois II, XXIII, v. 34 à 37. Au verset 36, le nom de sa mère est écrit Zabouda, fille de Fedaïah de Roumah (Cfr. Chron. II, XXXVI, v. 1 à 4),
Dans la quatrième année du règne de Joakim (607 ans avant J -C.), Nabuchodonosor monta sur le trône de Babylone, et se nitimmédiatement en campagne, pour aller combattre Néchao, roi d'Égypte, qui s'était emparé de toute la Syrie. De son côté, celui-ci courut vers l’Euphrate, au-devant de son puissant ennemi. Une grande bataille eut lieu près de Karkemich. Les Égyptiens furent écrasés, et le roi de Babylone soumit immédiatement la Syrie jusqu'à Peluse. La Judée seule fut respectée ; mais quatre années plus tard, Nabuchodonosor reparut avec une armée formidable et menaça Joakim d’envahir ses états, s’il ne se résignait à lui payer un tribut annuel. Le roi de Juda s’empressa de faire sa soumission, et trois années durant il acquitta le tribut auquel il était imposé *.
Après celte troisième année, Joakim apprenant que les Égyptiens allaient recommencer la guerre contre les Babyloniens, crut le moment opportun pour s'affranchir du joug qui pesait sur lui, et il refusa de payer comme de coutume le tribut auquel il était taxé. Mais ses espérances furent déçues ; car les Égyptiens n’osèrent pas donner suite à leurs projets belliqueux. Vainement Jérémie avertit à plusieurs reprises le roi son maître, que sa confiance dans les Égyptiens serait trompée, que Jérusalem serait prise, et que lui-même tomberait entre les mains du roi de Babylone. Non seulement ses conseils ne furent pas écoutés, mais ils devinrent pour Jérémie la cause d’une persécution implacable de la part des grands du royaume, que ses fatales prédictions exaspéraient. Peu s’en fallut que le prophète ne payät de sa vie les vérités qu’il avait osé proclamer; quelques anciens prirent sa défense, et réussirent à le soustraire au supplice, en rappelant qu’il n’était pas le seul qui eût menacé Jérusalem de sa ruine prochaine, et que, bien avant lui, le prophète Michée avait pu le faire impunément, du temps du roi Ezéchias.
1. À J. X, VI, IL. — Rois. II, XXIV, v. 1. C’est à l'an 607 qu’il faut placer le commencement de la captivité de 70 ans.
Ce fut à la protection d’Ahikam fils de Schaphan, que Jérémie dut son salut.
On serait tenté de croire que le prophète, une fois libre, se tint tranquille ; il n’en fut rien, car il avait sa mission à remplir. Il consigna donc par écrit toutes ses prédictions, par la plume de Baroukh son secrétaire et son disciple, et il le chargea d'aller en donner lecture au peuple assemblé dans le temple, pour la célébration d’un jeûne public. On était alors au neuvième mois de la cinquième année du règne de Joakim *.
Le fait fut immédiatement dénoncé au roi qui se fit apporter le livre, et qui, après en avoir lu quelques pages, le lacéra, et le jeta au feu, en donnant l’ordre de se saisir de Jérémie et de Baroukh ; ceux-ci heureusement avaient eu le temps de se cacher et de se soustraire à la fureur du roi ÿ.
Cependant le moment approchaïit où les prédictions du prophète devaient s’accomplir de point en point. Bientôt Nabuchodonosor parut devant Jérusalem. Joakim terrifié par les paroles de Jérémie et d’Ouriah, crut se sauver en ouvrant les portes de sa capitale, et en ne faisant pas l'ombre de résistance. A cette condition le roi de Babylone s’était engagé à se conduire en hôte, et non en conquérant; mais dès qu'il fut introduit dans la place, il oublia la parole donnée. Les plus beaux et les plus robustes des Juifs furent immédiatement mis à mort, avec leur
1. Jérémie, XXVI, v. 4 à 24. — XXXXII, v. 1 à 10. — A J. X, VI, 2. On peut lire au chapitre XXVI de Jérémie, le récit de la scène dramatique dans laquelle le Prophète courut le plus grand danger. Nous y trouvons un détail que l'historien Josèphe n’a pas cru devoir consigner dans ses écrits, mais que nous ne pouvons passer sous silence. Un autre prophète né à Kiriath-[earim et nommé Ouriah, fils de Schemayah, avait annoncé au roi Joakim les malheurs qui le menaçaient, dans les mêmes termes que le faisait Jérémie ; on voulut le mettre à mort et il s’enfuit en Égypte ; mais des envoyés du Roi allèrent par son ordre enlever Ouriah qui fut ramené à Jérusalem, égorgé et jeté dans la fosse commune.