LES MACHABÉES ET LA DYNASTIE AS MONÉENNE
Au moment où Apollonius accomplissait à Jérusalem l’horrible mission dont l'avait chargé Antiochus Épiphane (168 av. J.-C.), un homme de Jérusalem nommé Matathias fils de Jean, fils de Siméon, fils d’Asamonée, prêtre de la descendance de Joarib, habitait Modiim, village de la Judée.
Matathias avait cinq fils dont voici les noms: Jean surnommé Gaddis, Siméon Matthès, Judas Maccabée, Éléazar Aouron, et Jonathas Apphous.
Matathias ne cessait de déplorer devant ses fils le triste sort de sa race, le pillage de Jérusalem, et la spoliation du temple ; et toujours il terminait ses tristes plaintes en disant qu'il valait mieux mourir pour les lois de sa patrie, que de vivre sous un joug aussi honteux. Il ne devait pas tarder à prêcher d'exemple.
Nous avons déjà dit qu’Antiochus Épiphane avait donné l'ordre de poursuivre le culte judaïque, non seulement à Jérusalem, mais encore dans l’étendue entière de la Judée ; chaque village avait son tour, et Modiim vit arriver l'officier royal chargé de faire exécuter la volonté du maître ; c'était un nommé Apellès ?. Sachant toute l'influence dont Matathias jouissait dans son vil-
4. I. Mach. I, v. 40 et 41. — IT. Mach., 27. — Jos., À. J. XII. VIL. et B. J. 1. 4. 3. Dans ce passage, le nom du père des Machabées est écrit Matütas, et celui de son village Muwdesty. Où est Modiim, ou Modeïn ? les avis sont partagés ; les uns placent cet illustre village à Souba, les autres à Latroun, d’autres enfin à Modiyeh, près d’el-Loudd : très-probablement ceux-ci sont les mieux avisés,
2. Dans la guerre judaïque (I. I. 3.) c'est Bacchides lui-même que Matathias et ses fils égorgent, avant de se réfugier dans le désert.
lage, il pensa que s’il le décidait à donner l’exemple de la soumission, tous les autres habitants n’hésiteraient pas à le suivre. En conséquence il l’exhorta à sacrifier au Dieu des Grecs, en lui promettant toute la faveur royale, s’il consentait à faire de bonne grâce ce qu'ilétait en mesure d'obtenir de lui par la force. A ces ouverturesinsultantes, Matathias se récria : — « Jamais! dit-il, » quand bien même toutes les nations du monde, soit par crainte, » soit par intérêt, obéiraient aux ordres de ton maître, jamais, » nimes fils, ni moi nous ne renoncerons au culte de nos aïeux. » — À peine avait-il fini de parler qu’un Juif s’avança, et se mit en devoir d'offrir le sacrifice imposé. A cette vue, Matathias indigné fit un signe à ses fils, tous mirent l'épée à la maïn et fondant sur ce misérable apostat, lui tranchèrent la tête. Apellès et les quelques soldats qui lui servaient d’escorte furentincontinent égorgés, l’autel fut renversé et Matathias s’écria : — « Que ceux » qui tiennent à la foi de leurs pères, et qui ont le respect du » Dieu tout-puissant, me suivent ! » — A ces mots il prit la fuite avec ses fils, et se dirigea vers le désert, abandonnant tout ce qu’il possédait à Modiim. Un grand nombre d'hommes suivit leur exemple, et emmenant avec eux femmes et enfants, 1ls allèrent se réfugier dans les cavernes du désert *. |
Aussitôt que les officiers royaux, résidant à Jérusalem, furent informés de ce qui venait de se passer à Modiim, la garnison de la citadelle de Jérusalem fut mise en mouvement, et lancée à la poursuite de ceux qui s'étaient réfugiés dans le désert. Les Syriens essayèrent d'abord de la persuasion et s’efforcèrent d’obtenir des fuyards, qu’ils vinssent à résipiscence et ne les contraignissent pas à employer contre eux la force des armes. Ces ou-
4. A. J. XII. VI. 2. Cette dernière assertion de Josèphe semble contredite par le ITe livre des Machabées (v. 5 à 27) où nous lisons ceci : Judas autem Machabæus, qui decimus fuerat, secesserat in desertum locum, ibique inter feras vitam cum suis in montibus agebat, et fœni cibo vescentes, demorabantur, ne participes essent coïinquinationis. Mais cette contradiction n’est qu'apparente et sans doute le jour où
Matathias et ses fils s’enfuirent de Modiim, ils n'étaient pas plus de dix.
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vertures furent vaines et les offres des soldats d’Antiochus une fois rejetées avec dédain, la répression violente commença ! Malheureusement pour les Juifs, elle commença un jour de sabbat, évidemment choisi tout exprès par les Grecs ; et comme les prétendus coupables étaient enfermés dans des cavernes, ils y furent étouifés par les flammes, sans tenter la moindre résistance, sans même essayer de barricader l'entrée de leur asile. Josèphe affirme que le nombre des victimes de ce premier acte de sauva- | gerie, s’éleva à un millier de personnes, y compris les femmes et les enfants !.
Tous ceux qui s’'échappèrent à ce danger, coururent rejoindre Matathias et se mirent spontanément sous ses ordres. Celui-ci, instruit par le funeste exemple qui venait d’être donné, s’efforça tout d’abord de démontrer à ses soldats qu’ils ne devaient plus refuser le combat, même pendant le saint jour du sabbat: — « Songez-y bien, leur dit-il; si vous prenez ce parti, si vous pré- » férez respecter la loi, vous deviendrez les artisans de votre pro- » pre perte; car, n’en doutez pas, vos rusés ennemis profiteront » toujours du sabbat, pour vous attaquer, et vous serez ainsi fa- » cilement anéantis, sans avoir eu le loisir de vous défendre. » — Ce sage conseil fut accueilli favorablement, et, de fait, à partir de ce moment, les Juifs n’hésitèrent jamais plus à combattre même le jour du sabbat, lorsque la nécessité de la lutte était urgente.
En peu de temps, Matathias se vit à la tête ‘d’une petite armée, déjà respectable, et avec laquelle il y aurait bientôt à compter. Les autels des faux dieux furent renversés, et les apostats punis de mort, toutes les fois qu’il put s’en trouver. Il est vrai que la plupart d’entre eux cédant à la terreur, s'étaient enfuis et réfugiés au milieu des gentils. Les enfants qui n'avaient pas encore été circoncis, le furent par les ordres de Matathias, et les
1, À. J. XIT. VI. 2. Évidemment ce fait atroce est le même fait que nous avons relevé au verset 11 du chapitre VI du IIe livre des Machabées.
officiers chargés de veiller à ce que la circoncision ne fût plus pratiquée, furent chassés ignominieusement !.
Parmi les partisans qui s'étaient rangés sous l’étendard de Matathias, se trouvaient tous les membres d’une association pieuse nommée les Assidéens, qui s’engageaient à verser leur sang pour la défense de la loi sacrée ?.
Une année à peine s'était écoulée depuis le début de l’insurrection judaïque, lorsque Matathias sentit sa fin approcher; il appela ses fils autour de lui et leur parla ainsi : « Mes enfants, » me voici arrivé au terme de ma vie; écoutez donc mes con- » seils; je vous conjure de suivre fidèlement la voie que j'ai sui- » vie moi-même; ayez sans cesse devant les yeux l'exemple que vous a donné celui qui vous a engendrés et élevés. Observez » pieusement les rites de vos pères; efforcez-vous de relever
LA
» l’ancien état de votre république, aujourd’hui compromise; ne » vous laissez pas détourner de la bonne voie par l'exemple de » ceux qui trahissent la sainte cause de notre race, soit de leur » propre mouvement, soit sous l’aiguillon de la peur ; montrez- » vous toujours dignes de moi, c'est-à-dire, défenseurs ardents » de la liberté, inébranlables devant la violence et la misère ; » soyez toujours prêts à mourir pour le maintien de la loi, et » soyez assurés que si Dieu vous voit tels que je vous le dis, il » ne vous abandonnera jamais ; bien plus il vous rendra au cen- » tuple ce que vous avez perdu, et vous accordera la liberté en- » tière de jouir en toute sécurité des bienfaits que nos mœurs » seules peuvent procurer à l’homme. Certes Le corps est péris- » sable ; mais la mémoire des belles actions est immortelle. Je
1, A. J. XII. VI. 2. et B.J. I. I. (167 av. J.-C.) Tous ces mêmes faits se retrouvent avec quelques légères variantes et quelques petits détails de plus, dans le Ier livre des Machabées (11, v. 1 à 48). Aïnsi, par exemple, Matathias y est dit issu de la famille de Joarim de Jérusalem ; ses fils sont ainsi nommés : Jean Gaddis, Simon Thasi, Judas Machabée, Eléazar Abaron et Jonathan Apphus. Quant aux faits, ils sont identiques, et il paraît bien évident que Josèphe avait entre les mains ce Ier livre des Machabées, lorsqu'il écrivait ses Antiquités judaïques.