‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 60 sur 110 · Mach A11#v · texte numérisé non relu

Mach A11#v

» veux que vous ayez l’émulation de cette noble immortalité, » que vous travailliez à conquérir la gloire, dussiez-vous la » payer de votre vie. Ce que je vous recommande par-dessus » tout, c’est la concorde et l’entière subordination de chacun en » vers celui d’entre vous que la Providence aura plus richement » doué, pour diriger vos actions en commun. Ainsi, votre frère » Siméon est au-dessus de vous tous par la prudence; qu'après » moi 1l vous tienne lieu de père, et que ses conseils soient tou- » jours des ordres pour vous. Judas Machabée vous surpasse » tous en bravoure et en force ; qu’il soit votre chef de guerre; » çar il saura venger les injures de son peuple, et en châtier » les ennemis. Enfin attirez à vous tous ceux qui aiment la jus- » tice et la pureté, et vous les rendrez plus forts *, »

Ce qui semble assez étrange, c’est la teneur du verset 68 du passage qui, dans les livres des Machabées, rapporte Le discours de Matathias mourant à ses fils, discours que nous venons de reproduire d’après Josèphe. Voici le texte de ce verset: Retribuite retributionem gentibus et intendite in præceptum legis. » On s'explique difficilement en effet cette recommandation suprême de payer fidèlement le tribut aux gentils.

Ayant ainsi parlé à ses fils, Matathias les bénit ; puis il pria le Tout-Puissant de leur venir en aide, et de rendre à son peuple élu la liberté de vivre sous sa loi sainte ; peu après il rendit le dernier soupir.

Ses fils déposèrent sa dépouille mortelle à Modiim, dans leur sépulture de famille. Dès que les cérémonies du deuil public furent accomplies, Judas Machabée prit la haute direction des affaires. (On était alors en l’an 146 de l’ère des Séleucides, 167 av. J.-C.) À partir de ce moment les frères de Judas et tous leurs partisans secondèrent de toutes leurs forces leur jeune général, si bien que l'ennemi fut rejeté hors du pays, et que les Juifs apostats y furent partout mis à mort?.

4. A.J. XII. VI. 3. — I. Mach. 11, v. 49 à 68. 2. À. J, XII. VI, # — I. Mach. 11, v., 69 et 70. — B. J, I, 3.

Voici comment Judas et les siens s’y étaient pris pour se créer une armée. Il s’introduisaient furtivement dans les bourgades et les forteresses de la Judée; ils y faisaient appel en secret à leurs parents, à leurs amis, à tous ceux dont le cœur pouvait battre encore aux saints noms de la patrie et de la religion, et chaque jour leurs rangs se grossissaient. En peu de temps, Judas compta 6,000 soldats déterminés et dévoués jusqu’à la mort ; désormais l’insurrection judaïque était viable. Ce fut à partir de ce moment que la petite armée nationale devint intolérable pour les Grecs. Elle arrivait partout à l’improviste, surprenant les forteresses et les bourgades occupées par l’ennemi, et les livrait aux flammes. Toutes les fois qu’il trouvait de la résistance, Judas, en capitaine habile, profitait avec un art extraordinaire du terrain et faisait chaque fois subir des pertes sensibles à l’ennemi; d’ailleurs il profitait toujours des ténèbres de la nuit pour mener à bonne fin les expéditions de ce genre, et le nom du jeune chef des Juifs ne tarda pas à inspirer à ses adversaires une véritable terreur”, tandis qu’il réveillait le patriotisme des Juifs.

Avant d'aller plus loin, on nous permettra de dire quelques mots du surnom de Maccabée ou Machabée que portait Judas, fils de Matathias, et qui devint, concurremment avec la dénomination d’Asamonéens ou d’Asmonéens, le titre glorieux de la dynastie judaïque dont Judas fut la souche. L'origine de ce surnom a donné lieu à plusieurs interprétations, parmi lesquelles il est fort difficile de faire un choix. Nous nous contenterons donc de les enregistrer, sans prétendre, en aucune façon, imposer à autrui notre propre préférence. |

La plus naturelle de toutes ces interprétations est celle qui tirerait le surnom Machabée du mot hébraïque 355 « marteau », de telle sorte que Judas aurait reçu un surnom assez analogue à celui d’Attila qui fut plusieurs siècles plus tard appelé le fléau

AIT Mach EN TILEN EL EAITS

LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 155

de Dieu, ou de Charles Martel, plus exactement nommé Karl le Martel.

D'autres voient dans les lettres 5» les finales des trois noms des patriarches Abraham, Isaac et Jacob; mais nous avouons qu’une pareille explication n’a rien qui nous séduise.

La troisième enfin est la suivante : le verset 11 du chap. XV de l’Exode contient l’invocation suivante:

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« Qui est comme toi parmi les dieux, à Jéhovah? »

Les initiales de ces quatre mots, 255, avaient été brodées sur les étendards de Judas, fils de Matathias, et de là serait venu son nom de Machabée. Cela nous paraît plus ingénieux que probant. Et si cela était vrai, comment expliquer ce même nom de Machabée porté par l'aîné des sept fils de la pieuse femme qui mourut avec ses enfants dans les plus horribles supplices, par l’ordre d’Antiochus Épiphane ! ?

Tout bien considéré nous donnons la préférence à la première explication que nous venons d'enregistrer.

Maintenant reprenons le récit des événements.

Apollonius, préfet de la Samarie, fut le premier à se préoccuper d’un mouvement insurrectionnel qui se répandait partout avec la rapidité de la foudre. Il crut facile encore de l’étouffer dans le sang des rebelles, et rassemblant en hâte tout ce qu'il avait de troupes disponibles, il marcha contre la Judée. Bien loin d'éviter le combat, Judas courut au-devant de l’ennemi qu’il mit promptement en déroute, après lui avoir tué beaucoup de monde, et blessé un plus grand nombre encore. Le camp des Grecs fut pillé par les Juifs, et leur procura un immense butin. Apollonius lui-même avait péri dans le combat. Judas le dé-

4. Josèphe dans son écrit sur ces martyrs, appelés par lui et depuis lors par tout le monde «les Machabées », nous a conservé les noms de ces nobles victimes de leur foi. La mère s’appelait Solomona (alias Hanna) et les fils, Machabée, Aber, Machis, Judas, Achas, Areth et Jacob.

pouilla de sa riche armure, et à partir de ce moment il se servit habituellement de l'épée qu’Apollonius portait dans le combat où il avait perdu la vie ‘.

Philippe qui commandait pour Antiochus à Jérusalem, effrayé de ce nouveau succès de Judas, écrivit à Ptolémée, chef de l’armée de Cœlésyrie et de Phénicie, pour l’informer de l’état des choses et lui demander de prompts secours *.

Josèphe ne mentionne pas le Ptolémée cité dans le IT° livre des Machabées, mais donne la même qualification de chef de l’armée de Cœlésyrie, à Séron. Nous n’hésitons pas à en conclure que Ptolémée et Séron sont un seul et même personnage.

Quoi qu'il en soit, Séron jugeant à son tour qu'il était grand temps d’écraser la révolte, se miten marche à la tête d’une armée considérable, dans les rangs de laquelle on comptait un grand nombre de Juifs apostats ; rien ne l’arrêta dans sa marche, et il vint camper près de Béthoron, bourgade de la Judée*.

Judas enhardi par son premier succès contre Apollonius, n’avait pas hésité à courir au-devant de son adversaire. Malheureusement ce jour-là était un jour de jeûne, et les soldats du héros affaiblis par la faim, etil faut le dire, intimidés par le nombre de leurs ennemis, se montrèrent hésitants. Judas les harangua et s’efforça de réveiller leur courage. « Ce n’est pas la supériorité » du nombre qui donne la victoire, leur dit-il, mais c’est bien » plutôt la piété envers le Dieu tout-puissant : n’avez-vous pas, » dans l’histoire de vos pères, de nombreux exemples de la » facilité avec laquelle ceux qui combattent, avec le bon droit » pour eux, en défendant leurs lois et leurs enfants, peuvent » vaincre des myriades d’ennemis? La plus grande des forces, » c’est la vertu! »

Ces paroles ranimèrent les soldats de Judas. Ils ne tinrent

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