II. Machab. I, v. 11 à
4, Ann. Reg. Syriæ, Proleg., pars IT, cap. IV.
cation n’est guère admissible. Ce qui du reste nous inspire une assez médiocre confiance dans les faits qu'énumère le 1° chapitre du livre des Machabées, c’est-à-dire le début de la lettre des Juifs de Palestine aux Juifs d'Égypte, c’est le caractère si éminemment falmudique, c’est-à-dire si fortement imprégné de merveilleux, qui y règne d’un bout à l’autre. Ainsi, par exemple, je citerai le passage relatif au feu sacré que les prètres, au moment de la translation des Juifs à Babylone, cachèrent au fond d’un puits à sec et très profond, qui se trouvait ‘dans la vallée (le Bir-Eyoub, très probablement). « Après de longues années et au retour de la captivité, lorsque le temple et l'autel furent rétablis, et que Néhémie y célébra le premier sacrifice ‘, les descendants des prêtres en question furent envoyés par Néhémie reprendre le feu sacré, à la place où leurs pères l'avaient mis, et ils ne trouvèrent que de l’eau trouble. Cette eau jetée sur le bois destiné à brüler la victime immolée, y mit le feu, dès que le soleil dégagé des nuages brilla sur l'autel. Ce n’est pas tout ; avec l’eau de reste, puisée par l’ordre de Néhémie, on lava les grosses pierres de l’autel qui prirent feu à leur tour ; mais la flamme qui brillait à leur surface s’éteignit et alla se concentrer avec celle du foyer sacré. Néhémie donna le nom de Nephthar, qui signifie purification, au lieu où cette eau miraculeuse avait été puisée, mais le plus grand nombre l'appelle Naphi*. » — Ne semble-t-il pas qu’on vient de lire une page du Talmud ?
Le chapitre IT n’est pas moins entaché de cet étrange esprit de mysticisme ; ainsi, par exemple, il est longuement question du tabernacle et de l'arche d'alliance, que Jérémie ordonna de porter sur la montagne qu'avait gravie Moïse, pour voir de
1. Néhémie n’est venu à Jérusalem que 137 ans après la célébration de ce premier sacrifice ; l'autel des holocaustes en effet recommença à fonctionner devant Zorobabel, en l'an 521 av, J.-C. et Néhémie n’arriva en Judée, pour la première fois, qu’en 384 av. J.-C.
2. [1 Machab, I, v. 48 à 36. Les mots Nephthar et Naphi me sont aussi inconnus l’un que l’autre.
LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 181
loin l'héritage promis par Dieu aux enfants d'Israël. Arrivé là, Jérémie trouva une caverne où il enferma le tabernacle, l’arche d'alliance et l’autel des encensements; puis il obstrua l'entrée de la caverne. Quelques-uns de ceux qui avaient accompagné Néhémie voulurent retourner marquer l’endroit en question ; mais ils ne purent le reconnaître. Dès que Jérémie en fut instruit, il leur reprocha leur faute et leur dit : « Ce lieu restera » inconnu, jusqu'au moment où Dieu rassemblera de nouveau » son peuple‘. »
Mais en voilà assez sur ces légendes, qui sont du domaine exclusif du fantastique, et revenons à l’histoire.
De quelque manière que soit mort Antiochus IV Épiphane (en 164 av. J.-C.), il avait régné onze années entières, et il laissait après lui deux fils : Antiochus Eupator et Alexandre 1°. Ce fut lui qui restaura la ville de Hamath sur l’Oronte, et lui donna le nom d’Épiphania.
Dès que Lysias eut reçu la nouvelle de la mort d’Antiochus IV, il en informa le peuple et fit aussitôt proclamer Antiochus V, fils aîné du roi qui venait de périr, et auquel il donna le nom d’Eupator; ce prince n'avait encore que neuf ans lorsqu'il reçut la couronne *.
À cette époque, la citadelle de Jérusalem (c’est bien d’Akra qu'il s’agit ici; Josèphe est fort explicite sur ce point) était encore occupée par une garnison de Syriens et de Juifs transfuges, qui faisaient subir des vexations continuelles à la population de la ville sainte. Ils allèrent jusqu’à tuer quelques hommes pieux qui montaient au Hiéron pour accomplir les devoirs du culte; car Akra dominait le Hiéron (éréxexo ydo <@ ‘Tep& h "Axpa).
La mesure des méfaits de ces bandits était comble, et Judas se décida à en finir avec eux. Le peuple entier fut donc appelé aux armes, et le siège d’Akra fut poussé avec vigueur. Ceci se passait en l’an 150 de l’ère des Séleucides (163 ans av. J.-C.).
© 4, II. Machab. IL, v. 1à 8.
2, À. J. XII. IX. 2. — I. Machab. VI, v. 17. — Il. Machab. X, v. 9 et 10.
hr”.
Les machines de siège et les aggeres furent appliqués à la citadelle, qui devait bientôt succomber; mais beaucoup des déserteurs juifs qui y étaient enfermés réussirent à s'évader de nuit et coururent invoquer la protection d’Antiochus, « contre leurs » compatriotes dont ils avaient tout à craindre, parce que, pour
» obéir aux ordres de son père, ils avaient abjuré le judaïsme
» et adopté la religion instituée par le Roi. Le danger était » pressant ; Judas et ses partisans seraient bientôt maîtres de » la citadelle que le Roi défunt avait fondée et de la garnison » qu'il y avait établie. Un secours puissant et immédiat pou-
» vait seul sauver l’une et l’autre. » Ces paroles enflammèrent la
colère du jeune enfant; il ordonna à ses généraux de lever de suite des mercenaires, et d’enrôler tous ceux de ses sujets qui étaient en âge de porter les armes: Il eut bientôt ainsi une armée d'environ 100,000 fantassins, 20,000 cavaliers et 32 éléphants".
Au moment de son couronnement, Antiochus V avait confié la direction des affaires de l'État à Lysias, qui était le chef de l’armée de Syrie et de Phénicie. Ce fut ce personnage éminent qui fut nommé généralissime des troupes destinées à opérer contre les Juifs *?.
Il nous faut ici revenir un peu en arrière et raconter les événements qui précédèrent l'expédition de Lysias.
Ptolémée Macer, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, était préfet de la Judée, lorsque survint la mort d’Antiochus IV et l'avènement au trône d’Antiochus Eupator. C'était un homme équitable, ennemi des persécutions sans motifs, et porté à traiter avec bienveillance les Juifs ses subordonnés. Il n’en fallait pas tant pour devenir suspect aux yeux de l'entourage d'Eupator. On fit résonner si souvent aux oreilles du jeune Roi la qualification de traître, accolée au nom de Ptolémée, et cela avec d'autant plus de raison apparente que cet homme avait
À. J, XIL, IX28 :—1eMaächab NT #18 1à,50.
À. J. XII. IX. 4, — II. Machab. X, v. 11 et 12.
LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 183
jadis déserté la cause de son maître, Ptolémée Philométor, pour embrasser celle de son adversaire, Antiochus Épiphane, en lui livrant l’île de Chypre, que se voyant dans l'impossibilité de résister à ces haines de cour, Mâcer préféra mourir et s’empoisonna !.
Il avait cependant fait tout ce qui dépendait de lui pour amener la paix dans la province qu'il était chargé d’administrer. Ce fut de cette façon qu’il en fut récompensé. ÿ k
Une fois Ptolémée Macer mort, Gorgias qui était le gouverneur militaire de la Judée, se mit de nouveau à harceler les Juifs, tou- tes les fois qu’il en trouvait l’occasion ou le prétexte ?.
De leur côté ceux des Juifs qui occupaient des places capables de résistance, s’empressaient d'accueillir dans leurs rangs leurs frères obligés de fuir de Jérusalem, et, avec leur aide, ils tentaient incessamment de petites expéditions contre les Syriens.
Judas Machabée opérait alors en Idumée, et ne tuait pas moins de 20,000 hommes à l'ennemi, en une foule de combats et d’assauts de ville *.
Ce fut pendant cette campagne que se passa le fait suivant : Un parti d’ennemis s’était enfermé dans deux fortes tours faciles à défendre, et bien approvisionnées de vivres et de machines de guerre. Judas confia le siège de cette petite place à trois chefs nommés Joseph, Simon et Zachée. Pensant que les troupes que ceux-ci commandaient étaient bien suffisantes pour mener ce siège à bonne fin, Judas s’éloigna avec le reste de son armée, pour poursuivre l'ennemi. Les hommes placés sous les ordres de Simon se laissèrent alors corrompre à prix d’or, par les défenseurs des deux tours, et pour une somme de 7,000 didrachmes, ils leur permirent de se retirer sains et saufs. Dès que Judas eut vent de cette infamie, il revint en toute hâte sur ses pas, assembla un conseil de guerre, accusa les coupables d’avoir vendu leurs frè-