LACET UX
CHUTE DE LA DYNASTIE DE DAVID. ie ÿ.
et nous nous contenterons d’apprécier très brièvement, et abstraction faite de toute considération religieuse, les événements généraux qui ont amené la ruine de la dynastie de David.
Après la sortie d'Égypte, les quarante années passées dans le désert furent loin de nuire à la race judaïque. Élevée à l’école de la misère et des privations, la nouvelle génération qui surgit pendant ces quarante années si dures forma une nation pleine de sève et d'énergie, que le législateur façonna le mieux qu’il put à la soumission ; puis lorsqu'il eut sous la main une armée vigoureuse, composée d'hommes exaltés par la foi religieuse, il la lança du haut du Mont-Nebo sur cette riche terre de Kenâan que Jéhovah lui avait promise en partage. Alors Moïse, dont le rôle providentiel était terminé, disparut au moment où la conquête sanglante allait commencer. A peine le deuil de la nation était-il accompli, que Josué la poussa tout entière sur la terre promise, où coulait le lait et le miel, splendide métaphore qui remplace la réalité car ce qui coula à flots, ce fut le sang des aborigènes.
Les Kenâanéens à peu près exterminés, sans pitié comme sans remords, les enfants d'Israël se distribuèrent la terre conquise, et les douze lignées des douze fils de Jacob eurent chacune son apanage.
Pendant un petit nombre de siècles qu’il est impossible d’apprécier avec la rigueur des chronologistes, le peuple d'Israël fut administré par des suffètes ou juges, dont l’histoire, nous l’avouons sans hésiter, ne nous paraît pas coordonnée d’une façon suffisamment claire, ou suffisamment précise, dans le livre dont la dernière page, ou mieux le dernier verset, semble nous montrer que ce livre n’est qu'un plaidoyer dissimulé en faveur de la monarchie. |
Un beau jour Israël voulut se donner un roi, malgré l’indignation de Jéhovah qui prédit à son peuple qu’il s’en repentirait. Peu importait ! la royauté fut faite et Saül monta sur le
trône, pour aller périr sur la montagne de Gilboë, dans un massacre de guerre civile; car à peine le roi fut-il créé, qu'on lui en opposa un autre, et cet autre fut David. Celui-là du moins fut un grand roi, mais un conquérant qui s’efforça d'étendre au loin les limites de ses états, et qui se couvrit d’assez de sang humain pour que Jéhovah lui refusât l'honneur de construire le temple où il voulait que son nom éternel fût adoré. C'était à Salomon, fils de David, que cet honneur sublime était réservé. Le temple de Jérusalem fut bâti et devint une des merveilles du monde.
À peine Salomon eut-il rendu l’âme, que ses fils se disputèrent la couronne. L'héritage de David fut immédiatement déchiré en deux lambeaux dont l’un devint le royaume d'Israël, avec Samarie pour capitale, et l’autre le royaume de Juda, avec sa métropole prédestinée Jérusalem. Tantôt amis, tantôt ennemis, les rois d'Israël et les rois de Juda semblèrent prendre à tâche de s’amoindrir et de descendre du rang suprême où les avait élevés David, leur aïeul. Si encore ils n'avaient eu d’autres ennemis qu’'eux-mêmes ! Maïs au nord le roi d'Aram ou de Damas les serrait de près ; à l’est, les Ammonites et les Moabites ; au sud, les Arabes et les Iduméens ; à l’ouest, les Philistins et les Phéniciens. Pourtant quelque réduit que fût le territoire des deux monarchies judaïques, territoire qui dans son ensemble ne représente guère plus de trois ou quatre départements de la France actuelle, la descendance de Jacob était de taille à faire tête à tous les ennemis qui l’entouraient. Pendant qu'elle s’épuisait à ces petites guerres de frontières, deux puissances colossales, comme les deux mâchoires d’un étau qui devait écraser tous ces petits états turbulents, s’apprêtaient à marcher l’une au-devant de l’autre, pour un duel de géants. L'Assyrie et l'Égypte allaient se disputer l’empire de l'Asie et de l'Afrique, et leur champ de bataille naturel devenait forcément la Syrie» avec l’ancienne terre de Kenâan. De proche en proche tous les petits états voisins de la terre judaïque furent absorbés. Tour à
tour, l’une des deux grandes puissances eut le dessus et les royaumes d'Israël et de Juda se virent réduits à se soumettre, tantôt à l'Égyptien, tantôt à l'Assyrien. Que devait-il sortir fatalement et promptement de la situation géographique de deux états aussi faibles ? L’anéantissement politique dont ils ne tardèrent pas à mourir. Le plus heureux, ou mieux le plus belliqueux des deux adversaires, ignorant le système des annexions, commença par dévorer le royaume d'Israël qui était le plus rapproché de lui; puis vint le tour du royaume de Juda, qui, dans le danger, commit la faute de se jeter entre les bras de l'Égypte qui n'était plus assez puissante pour se protéger elle-même. Aussi le royaume de Juda paya-t-il promptement de sa ruine sa confiance mal placée.
En résumé les deux royaumes, fondés par les fils de Salomon, n'étaient plus viables du moment où ils se trouvaient étouffés entre deux colosses tels que l’Assyrie et l'Égypte, qui se disputaient la suprématie en Asie ; et l’on conçoit que de pauvres roitelets aient commis, coup sur coup, des fautes qui devaient infailliblement les perdre. Telle nous semble être la cause de la chute du royaume de Juda. Telle cette cause ressort, indiscutable pour nous, de l’ensemble des faits que nous venons de raconter.
Maintenant revenons au récit des événements qui suivirent la chute de Jérusalem.
Nabuchodonosor, à son retour à Babylone, traînait avec lui le malheureux Sédékias auquel il avait fait crever les yeux; non content de cela, il le fit enfermer dans un cachot qu’il ne lui permit plus de quitter, jusqu’à son dernier jour. Lorsque ce prince fut mort, son vainqueur se souvint qu’il avait été roi, et il lui fit. faire des funérailles dignes d’un roi.
Nous avons dit plus haut que tous les vases précieux consacrés au culte de Jéhovah avaient été enlevés du temple de Jérusalem ; le roi de Babylone n’hésita pas à les distribuer aux temples de ses dieux. Tous les Juifs captifs furent internés dans le
pays de Babylone et le grand prêtre Josaddok, délivré de ses chaînes, fut rendu à la liberté”.
Nabuchodonosor mourut après un règne de quarante-trois ans, laissant la couronne à son fils Evil-Mérodakh (563 ans av. J.-C.). Le premier usage que celui-ci fit de son autorité souveraine fut de délivrer le roi Joakhin qui, depuis trente-sept ans, gémissait dans les fers. C'était, aux yeux du nouveau roi de Babylone, réparer, autant qu'il le pouvait, une méchante action de son père. On se rappelle en effet que Joakhin, pour sauver Jérusalem et son peuple, s’était, avec ses femmes et ses enfants, livré spontanément à la générosité de Nabuchodonosor qui trahit la foi jurée et le maintint en prison”.
Voici comment cette réparation tardive est racontée dans l’Écriture sainte (Rois II, XXV).
« v. 27. Ce fut dans la trente-septième année de l’exil de Joa- » khin, le douzième mois, le vingt-septième du mois, qu'Evil-
A4 Le
Merodakh, roi de Babel, retira de la prison, dans la première année de son règne, Joakhin, roi de Juda*.
A LA
» 28. Il lui parla avec douceur, et mit son siège au-dessus des sièges des rois qui étaient avec lui à Babel.
LA
» 29. Il lui fit changer ses vêtements de prisonnier, et il man- » gea toujours auprès de lui, tout le temps de sa vie. » 30. Et son entretien continuel lui fut donné de la part du roi, jour par jour, tout le temps de sa vie. » Abilamarodakh (Evil-Mérodakh) (c’est Josèphe qui parle), mourut après avoir régné dix-huit ans (545 av. J.-C.), laissant le trône à son fils Niglisar qui resta quarante ans sur le trône. Sa mort aurait donc eu lieu 505 ans av. J.-C. Son fils Labosordakh lui succéda et ne régna que neuf mois ; il fut détrôné par