‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 6 sur 110 · Jérémie XXXIX, v. 2. — Jos. A.J. X. VIII, 2 à · texte numérisé non relu

Jérémie XXXIX, v. 2. — Jos. A.J. X. VIII, 2 à

Nergel (roi du feu), Semgar-Nabou (lesclave ou le glaive de Nebo), chef des eunuques, Sarsakim (le roi des Sakes, des Scythes) et enfin Nergel-Sarazar, chef des Mages.

Ce fut sur le temple que se ruèrenttout d'abord les vainqueurs, alléchés par le riche butin qu’ils savaient devoir y faire. Le roi Sédékias profita de ce moment de répit; rassemblant en toute hâte, ses femmes, ses généraux et ses amis, il s'enfuit par le chemin sûr de la vallée et par le désert*.

L’évasion de Sédékias fut bientôt connue des Babyloniens, grâce aux transfuges, et, à l’aube naissante, ils se lancèrent à la poursuite des fugitifs qu’ils atteignirent près de Jéricho. Comme c'était le roi qu’ils avaient spécialement mission d'arrêter, ils l'enveloppèrent, laissant ainsi aux chefs de l’armée et aux amis du roi, la faculté de se disperser et de pourvoir à leur salut comme chacun l’entendrait, en abandonnant lâchement son souverain. Sédékias fut pris, avec ses femmes et ses enfants, et le petit nombre de compagnons qui étaient restés auprès de lui pour partager sa mauvaise fortune. Tous furent conduits sous bonne escorte devant Nabuchodonosor. Celui-ci dès qu’il aperçut le malheureux roi de Juda, le traita d’infâme et de traître. Il l’accusa de s’être parjuré, en se soulevant contre lui à qui il avait promis par serment d’être un fidèle vassal. Il lui rappela que c'était à lui seul qu’il devait la couronne arrachée à Joakhin, pour lui être gracieusement octroyée, et que ce bienfait il l'avait payé en combattant son bienfaiteur. « Mais c’est un Dieu grand » et juste, ajouta-t-il, qui, en haine de tes méfaits, t’a fait tom- » ber entremes mains.» Aussitôt Nabuchodonosor donna l’ordre de mettre à mort les enfants et les amis de Sédékias sous les

1. Jérémie XXXIX. 3. — Il est curieux de voir ce que ces noms sont devenus dans les éditions de Josèphe. Leur appréciation nous montrera à quel point il faut se défier de tous les noms renfermés dans ces éditions. Les voici : Nepyekeäpos, Apéppavros, Yeuéyapoc, Naëouoapts, "Eyapaudbaots.

2. Je ne vois pas d'autre moyen de rendre convenablement les expressions de Josèphe ÔLX TnS xApTEpäS DApayyos Hat DuX TS ÉPAHOU. Gctie vallée sûre c'était l’'Ouad-el- Haoud, c'est-à-dire la vallée qui conduit à Jéricho à travers le désert.

yeux du malheureux père ; et lorsqu'il l’eut ainsi forcé d’être le spectateur du supplice de tous ceux qu’il chérissait le plus au monde, il lui fit crever les yeux et l’'emmena chargé de chaînes à Babylone.

De la sorte s’accomplirent à la lettre les deux prophéties, discordantes en apparence, de Jérémie et d’'Ézékiel. Jérémie en effet avait prédit à Sédékias qu'il serait pris et amené devant le roi de Babylone qu'il verrait de ses yeux, tandis qu’Ézékiel lui avait annoncé qu'il ne verrait pas Babylone !

C’est ainsi que finit la dynastie de David. Vingt-et-un rois de sa race s'étaient succédé sur le trône qu'il avait fondé, et ils l'avaient occupé pendant 514 ans six mois et dix jours, sur lesquels il faut attribuer vingt ans à Saül qui n'était pas du même sang ?

Ces chiffres de Josèphe sont comme toujours peu dignes de foi. Il paraît bien constant que David fut roi à Hébron en 1060 av. J.-C. et pas avant. De 1060 à 588, il s'était écoulé 472 ans. Si nous y ajoutons les 20 ans attribués à Saül nous trouvons 492 ans seulement et non 514 comme le prétend Josèphe, ou mieux comme le lui font dire les copistes.

Nabuchodonosor envoya à Jérusalem Nabouzaradan, général

1. À. J. X, VIIT. 2. — Jérémie, XXXIX, v. 1 à 7. — Le verset 4 de ce chapitre est, topographiquement parlant, fort intéressant pour l’histoire de la Jérusalem antique. Voici ce verset 4 : « Ce fut quand Sédékias, roi de Juda, et tous les gens de » guerre, les eurent vus (les chefs babyloniens) qu'ils prirent la fuite, et sortirent de » la ville, pendant la nuit, par le chemin du jardin du roi, par la porte entre les » deux murs, et ils sortirent par le chemin de la plaine. » — Le jardin du roi est bien connu de toutle monde, c’est le fond de la vallée de Siloam qui est toujours occupée par une riche culture maraîchère et qui s'étend de la fontaine de la Vierge au Bir-Eyoub. Quelle était la porte entre les deux murs ? sur ce point nous ne saurions faire que des suppositions plus ou moins plausibles, que des fouilles intelligentes pourraient seules corroborer ou renverser. — Depuis que cela est écrit, ces fouilles ont été faites par M. le lieutenant Warren, et c’est lui-même qui a parfaitement deviné l’empiacement de la porte entre deux murs, ces deux murs ayant été reconnus par lui, La porte UE pl cé contre l'angle, sud-est du haram-echcherif. ni

PAT. Xe VIII. 4.

en chef de son armée, avec mission de piller le temple et de le brûler ensuite, avec le palais, de détruire la ville et d’en transporter la population à Babylone. Nabouzaradan arriva dans la ville capitale du royaume de Juda, dans l’année X[° du règne de Sédékias et enleva toutes les richesses renfermées dans le temple. Les vases sacrés d’or et d'argent furent emportés, ainsi que la grande vasque de bronze consacrée par Salomon, les deux

‘colonnes d’airain avec leurs chapiteaux, les tables d’or et les can-

délabres. Ces trésors une fois enlevés, le feu fut mis au temple le premier jour du cinquième mois de l’an XI du règne de Sédékias, correspondant à l’an XVIII de Nabuchodonosor. Le palais fut également incendié, la ville fut ruinée de fond en comble et ses murailles furent démantelées ?.

Nous devions nous attendre à trouver ici dans Josèphe des chiffres altérés et c’est ce qui a lieu. En effet, si nous recourons au chapitre LIT du livre de Jérémie, chapitre qui, ainsi que nous l’avons dit, est vraisemblablement l’œuvre de la grande synagogue, nous trouvons les dates suivantes : |

IX° année de Sédékias, dixième mois, dixième jour: Jérusalem est investie par Nabuchodonosor (verset 4).

Le siège dure jusqu’à la XI° année de Sédékias (verset 5).

XT° année de Sédékias, quatrième mois, neuvième jour : Il n’y a plus de pain à Jérusalem (verset 6 et7).

(Cette date semble être celle de la fuite de Sédékias).

XIX° de Nabuchodonosor, cinquième mois, dixième jour: Nabouzaradan arrive à Jérusalem. On voit que le désaccord est complet, et nous n’avons pas besoin de dire de quel côté se porte notre confiance.

La mer d’airain, les colonnes et les lavabos sacrés (Mekhonot) furent brisés en réalité, et ce fut le bronze qui provint de leur dépècement que l’on transporta à Babylone ?.

L. Jérémie LIT, v. 17. — Rois II. XXV, v.M3 à 17. — Chron. II. XXX VI, v. 18. 2. A. J. X. VII, 5. — Jérémie, XXXIX, v.8. LII, v. 4 à 34.—Chron. II, XXXVI, v. 13 à 19. — Rois II, XXV, v. 1 à 21.

Josèphe se livre ensuite à une récapitulation de chiffres que nous nous Ccontenterons de reproduire, sans prétendre en aucune façon la contrôler, ce qui nous mènerait beaucoup trop loin. La voici, et nous la livrons au lecteur pour ce qu’elle vaut ! Le temple fut brûlé l’an 470, le sixième mois, le dixième jour, à compter de sa fondation; depuis la sortie d'Égypte, il s'était écoulé 1062 ans, six mois et dix jours. Tout l'intervalle du temps qui sépare le déluge de la destruction du temple, est de 1957 ans, six mois et dix jours. Enfin, de la création d'Adam à la destruction du temple, il s’est écoulé 3513 ans, six mois et dix jours *.

Nabouzaradan après avoir ruiné Jérusalem, fit prisonnier Saréas qui était grand-prêtre, Sophonias qui venait le second dans l’ordre sacerdotal, les trois chefs chargés de la garde du temple, l’ennuque qui était à la tête des troupes, sept des amis de Sédékias, son secrétaire, et soixante autres personnages. Tous furent amenés au roi de Babylone qui leur fit trancher la tête à Rablata. Tous les autres captifs et avec eux le roi Sédékias, furent transportés à Babylone, avec losaddok fils de Saréas, qui devenait de droit souverain pontife, après le meurtre de son père ?.

Qu’était Nabouzaradan? rien de plus que le bourreau en chef du roi de Babylone. Le titre de Rabb-Tobakhim qui lui est constamment attribué dans le chapitre LIT de Jérémie signifie littéralement : chef des tueurs.

Il est intéressant de faire l'énumération des transportés en Babylonie, car cette énumération nous fera voir qu’il n’y a en

1. On voit que Josèphe affectionne singulièrement cette fraction de 6 mois et 10 jours qu'il a introduite partout où il a eu un nombre d'années à consigner.

2. À, J. X. VIII, 5. — Jérémie LIT, v. 24 à 27. Icile nom du grand-prêtre mis à mort est Seraïah, et celui de son fils, Séphaniah. Quant au secrétaire qui partagea leur sort, c'était celui du commandant en chef de l’armée, préposé à l’enrôlement des soldats; enfin les soixante derniers prisonniers mentionnés étaient des gens du peuple trouvés dans la ville, Il est donc bien évident que la population presque entière avait fui,

réalité qu’une fraction minime de la population juive qui fut arrachée à sa patrie, pour aller pleurer sur les fleuves de Babylone. Nous ne saurions mieux faire pour cela que de reproduire quelques versets du chapitre LIT de Jérémie, chapitre qui, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ne saurait en aucune façon être attribué au prophète lui-même.

« 418. Et Nabouzaradan, chef des bourreaux, transporta les » plus pauvres d’entre le peuple, et le reste du peuple resté » dans la ville, les transfuges qui avaient déserté auprès du roi » de Babylone, et le reste de la multitude.

» 16. Mais Nabouzaradan, chef des bourreaux, laissa du reste » les plus pauvres du pays pour être vignerons et cultivateurs ‘.

» 28. Voici le peuple que Nabuchodonosor déporta dans la » septième année (de son règne) 3023 Juifs.

» 29. Dans la vingt-troisième année de Nabuchodonosor, » celui-ci emmena de Jérusalem 822 personnes.

» 30. Dans la vingt-troisième année de Nabuchodonosor, » Nabouzaradan, chef des bourreaux, déporta des Juifs 745 per- » sonnes, en tout 4600 personnes. »

Ce total qui est exact, nous semble prouver que l'aristocratie seule fut soumise à la transportation, et, dans tous les cas, que le nombre des exilés fut extrêmement faible, par rapport à la population générale du pays.

Josèphe affirme que les pauvres et les transfuges furent laissés en Judée par Nabouzaradan, qui mit à leur tête Godolias fils d’Aïkam, homme sage et juste. Ceux qui restaient dans leur patrie reçurent l'ordre de cultiver les terres, et de payer sur leurs récoltes un tribut au roi de Babylone ?.

1. Dans le chapitre XXXIX de Jérémie, nous trouvons la contre-partie de ces deux versets. La voici: v. 9, « Quant au reste du peuple qui était dans la ville, et aux » déserteurs qui s'étaient rendus à lui, et au reste du peuple, Nabouzaradan, chef » des bourreaux, les transporta à Babylone. — 10. Et des plus pauvres d’entre le » peuple qui ne possédaient rien, Nabouzaradan, chef des bourreaux, en laissa au pays » de Juda, ct il leur donna des vignes et des champs, en ce jour. »

AU AT IX: 1.— Jérémie, XL, v. 7. — Au verset 5, le nom du personnage laissé

Que devint le prophète Jérémie dans cette catastrophe suprême ? Nabuchodonosor savait le rôle conciliateur qu'il avait joué au péril de sa vie, et, pour l’en récompenser, il donna l’ordre à Nabouzaradan de le mettre non seulement en pleine liberté, mais de lui faire toutes les offres possibles de service. Nabouzaradan essaya vainement de le décider à le suivre à Babylone ; Jérémie s’y refusa obstinément, et ne voulut même pas accepter l'offre qui lui fut faite de désigner à son choix une terre sur laquelle il s’établirait. Il déclara qu’il n'avait d’autre désir que de vivre au milieu des ruines de sa patrie. Le Babylonien recommanda expressément à Godolias de prendre le plus srand soin du prophète, de lui fournir tout ce dont il aurait besoin, et de le laisser vivre à sa guise, en quelque lieu qu’il voulût se fixer ; puis après l’avoir comblé de présents, Nabouza radan le congédia. En partant Jérémie demanda que son disciple Baroukh partageât sa liberté; sa requête fut accordée, et tous les deux allèrent s'établir au village de Masphah !.

Nous trouvons au chapitre XV de Jérémie, quelques versets prophétiques touchant le sort qui lui était réservé après le sac de Jérusalem; voici ces versets : « v. 10. Malheur à moi, ma mère, » parce que tu m'as enfanté, moi, homme de contestation et de » dispute pour toute la terre ! Je n’ai ni emprunté, ni prêté, et » cependant tous me maudissent ! »

» 11. Jéhovah a dit : certes ton avenir sera bon, certes, je

à la tête des Juifs restés dans le pays, est Djedaliah, fils d'Akhikam, fils de Sophan. — RoisIl. XXV, v. 22 à 24.

1. À. J. X. IX. 1. — Jérémie XXXIX, v. 11 à 14,— XL, v.1 à 6, Au verset 1 dece chapitre, il est dit que ce fut de Rama que le prophète fut envoyé où bon lui semblerait, Rama c’est Er-ram, au nord de Jérusalem, un peu avant d'arriver à El-Bireh. Quant à Masphat, nov», Mitzpah des Massorètes, c’est peut-être le village moderne de Chafat, dont le nom a exactement le même sens que celui du village hébraïque. En cela je ne suis pas d'accord avec Robinson qui met Mitzpah à Naby- Samouïl; or Naby-Samouïl, c’est la patrie de Samuel, que Josèphe appelle Ramathon; et il cite Masphah comme étant voisine de Ramathon (A. J. VIIL IL. 3 et 4). Josèphe ajoute que Ramathon est à 40 stades de Jérusalem : 40 stades font 7,400 mètres, ce qui s'accorde bien avec la distance de Naby-Samouïl qui dès lors ne Peut être à la fois Ramathon et Masphah.

» ferai fléchir pour toi l'ennemi au temps du malheur, au temps » de l’angoisse.

» 20. Je te rendrai, à l'égard de ce peuple, comme un mur » d’airain, inébranlable; ils combattront contre toi, mais ils ne » te vaincront pas ; car je suis avec toi pour te délivrer et te » préserver, dit Jéhovah. » dé

On se rappelle que Jérémie dut la vie à un eunuque éthiopien ‘nommé Abd-Melekh qui courut prévenir le roi Sédékias de l’ignoble supplice infligé au prophète. Ce bienfait ne fut pas perdu, car nous lisons au chapitre XXXIX de Jérémie :

« V. 15. La parole de Jéhovah fut à Jérémie, quand il était en- » fermé dans la cour de la prison, en ces termes : |

» 46. Va, dis à Abd-Melekh l'Éthiopien, savoir : ainsi dit

» Jéhovah Sabaoth, Dieu d'Israël : Je ferai venir à leur accom- » plissement les paroles que j’ai prédites sur cette ville, pour » le malheur et non pour le bonheur ; elles auront lieu devant » {oi en ce jour. |

» 17. Je te préserverai en ce jour, dit Jéhovah, tu ne seras » pas livré entre les mains des hommes que tu crains.

» 18. Mais je te sauverai certainement et tu ne tomberas

pas par le glaive ; ta vie sera pour toi un butin gagné, parce que tu as eu confiance en moi, dit Jéhovah. » Nous ignorons si Abd-Melekh dut, comme cela semble assez probable, son salut à l’intercession de Jérémie.

A4 LA

Godolias une fois investi des pouvoirs qui lui étaient confiés au nom du roi de Babylone, Nabouzaradan s’en retourna dans son pays. Godolias alla s'installer à Mitzpah ou Masphah. Tous ceux, et sans doute ils étaient nombreux, qui, pendant le siège de Jérusalem, s’étaient éloignés prudemment du théâtre de la guerre, et s'étaient réfugiés dans l’intérieur du pays, aussitôt qu'ils apprirent le départ des Babyloniens, et l’espèce de protection accordée par les vainqueurs aux cultivateurs laissés par eux dans la région de Jérusalem, accoururent de tous les côtés et en foule à Masphah, pour se présenter à Godolias. Leurs chefs

étaient Jean fils de Careas, Jezarias, Saréas et plusieurs autres. Parmi eux se trouvaient Ismaïl qui était de race royale, homme violent et rusé, qui, pendant la guerre, avait été se réfugier chez Baâlis, roi des Ammonites f.

Godolias charmé de voir tous ces nouveaux venus se ranger sous son autorité, leur recommanda de s’établir dans le pays, de bannir toute crainte des Babyloniens, et de cultiver tranquillement la terre. Il s'engagea par serment à les protéger et à les défendre au besoin, leur promettant de résoudre avec justice et impartialité toutes les difficultés qui pourraient surgir parmi eux. Il les laissait libres de choisir les terres qu’ils voudraient, et de relever de leurs mains les bourgades ravagées par l’ennemi. Toutefois il leur conseilla de ne pas perdre de temps et de pourvoir par la culture aux besoins de chaque habitant?.

Le bruit de cette bonne réception se répandit rapidement parmi les Juifs qui s'étaient réfugiés dans les pays du voisinage, dans l'Ammonitide, la Moabitide et l’Idumée. Tous s’empressèrent de retourner dans leur patrie, où les attendait un sort plus heureux, puisqu'ils n'étaient assujettis qu’à payer un tribut aux Babyloniens. Godolias vit donc s’accroître rapidement la nation à la tête de laquelle il se trouvait placé, et il pensa que de beaux jours pourraient luire encore sur la Judée.

Mais Ismaïl qui était de race royale, ainsi que nous l'avons déjà dit, s’irrita de voir un parvenu placé à la tête du pays qu’il se croyait appelé à gouverner par droit de naissance. De cette pensée à un complot contre la vie de Godolias il n’y avait pas loin, et Ismaïl assuré de l’assistance du roi des Ammonites, ne songea plus qu’à se débarrasser par un assassinat de celui qu'il regardait comme un usurpateur. Les projets d’Ismaïl ne furent pas

1. À. J. X. IX. 2, — Jérémie XL, v. 7 et 8.— Dans ce dernier verset les chefs énumérés par Josèphe, sont nommés Ismaiïl fils de Nathaniah, Johannan et Jonathan, fils de Kareah, Serayah fils de Tanhoumat, les fils d’Ephaï le Notaphatite et Jezaniah fils d'un Mâakhatite,.

2, A.J, IX. X. 2. — Jérémie XL, v. 9 et 10.

tenus si secrets, que les amis de Godolias n’en fûssent pas informés. Tous, Jean fils de Kareah à leur tête, vinrent avertir leur bienfaiteur de ce qui se tramait contre lui; mais Godolias refusa d'y ajouter foi. En vain Jean se proposa pour aller frapper Ismaiïl, et prévenir ainsi un nouveau désastre pour Ja nation d'Israël : Godolias n’y voulut pas consentir. — Je ne puis croire à tant d'ingratitude de la part d’un homme que j’ai comblé de bienfaits. Ismaïl est venu à moi, dénué de tout, dans la plus grande détresse. Je lui ai tout donné, et il ne serait pas assez infâme pour payer mes bontés par un lâche assassinat! c’est impossible ! ce serait déjà un erime pour lui de ne pas défendre mes jours au péril des siens ! non, c’est une calomnie ! Si d’ailleurs il était vrai qu’il en voulût à ma vie, il vaudrait mieux pour moi que je mourûsse de sa main, que de faire périr un homme qui est venu à moi et qui m'a confié son salutf.

Cet excès de générosité devait être bien promptement, mais bien mal payé. Trente jours après la vaine tentative des amis de Godolias pour engager celui-ci à se tenir sur ses gardes, Ismaïl arrivait à Masphah avec dix compagnons, et se présentait devant Godolias. Celui-ci les accueillit à bras ouverts et leur offrit un festin dans lequel il s’enivra, excité par leurs joyeux propos. Le sommeil s'étant emparé de ce malheureux, Ismaïl et ses complices se jetèrent sur lui, et sur les autres convives; tous furent égorgés. Comme la nuit était venue, les assassins se ruèrent sur tous les Juifs établis à Masphah et les mirent à mort, ainsi qu'un petit nombre de soldats babyloniens qui y avaient été laissés, pour protéger le chef de la nation*°.

Le lendemain il arrivait àMasphah une troupe de 80 personnes, partie de Sichem, de Silô, et de Samarie, avec de riches présents

1, À. J. X. IX, 3. — Jérémie XL, v. 13 à 16.

2. À. J. X. IX, 3. — Jérémie XLI, v. 1 à 3. Dans le texte sacré le meurtre de Godolias est placé dans le 7e mois, probablement à partir de son installation, et Ismaïl est appelé fils de Mathanias, fils d'Elisama, de la famille royale. Il est dit qu'Ismaïl était accompagné de grands officiers du roi, en outre des dix assassins qu'il avai amenés. Il n’est pas du tout question de l'ivresse du malheureux Godolias.

destinés à Godolias, dont le meurtre était encore ignoré: Ismaïl courut au-devant d’eux et leur dit d'entrer auprès de Godolias. Une fois les malheureux sans défiance introduits dans la maison, la porte se referma sur eux; ils furent massacrés à l'instant, et leurs cadavres jetés dans une profonde citerne. Ils ne périrent pas tous cependant, car dix d’entre eux obtinrent la vie, en déclarant qu'ils avaient caché dans leurs champs du froment, de l'orge, de l'huile et du miel, qu’ils étaient prêts à livrer à Ismaïl. La citerne dans laquelle les corps furent précipités était, dit Jérémie, celle que le roi Assa avait fait construire, lorsqu'il se mettait en défense contre Baasa, roi d'Israël.

Ismaïl, une fois son crime odieux accompli, s’'empara de toute la population de Masphah, hommes, femmes et enfants, et les emmena en captivité, en prenant la route de l’Ammonitide, avec les filles de Sédékias, que Nabouzaradan avait laissées sous la protection de Godolias *.

La nouvelle d’un pareil forfait ne pouvait tarder à se répandre. Jean, fils de Karéas, et tous ceux des chefs de la nation qui étaient avec lui, réunirent en hâte tout ce qu'ils purent trouver d'hommes de guerre, etse lancèrent à la poursuite d’Ismail qu’ils atteignirent auprès de la fontaine d'Hébron *.

A la vue de ce secours inespéré, les prisonniers d’Ismaïl reprirent courage et coururent à leur libérateur; quant au meurtrier, il eut grand’peine à se tirer d'affaire et réussit à s'enfuir

1. À, J. X.IX, 4. — Jérémie, XLI, v. 4 à 10. — Rois, IT, XXV, 25. Puisque les filles de Sédékias lui-même étaient restées en Judée, c’est que la déportation en masse des Juifs fut loin d’être décrétée.

2. Iloos +9 rnyñ év 4e6p®vt. Ce renseignement donné par Josèphe est-il digne de confiance? Nous ne le pensons pas. Puisqu'Ismaïl s’enfuyait vers l'Ammonitide, il n’avait que faire d’aller à Hébron. Du reste le verset 12 du chapitre XLI de Jérémie, où cette histoire est racontée en détail, porte qu'ismaïl fut rejoint par ceux qui le poursuivaient, auprès des grandes eaux de Djebaoun. Or Djebaoun est de la tribu de Benjamin. Probablement Ismaïl, tout en ayant le dessein de se réfugier dans l'Ammonitide, voulait recueillir, chemin faisant, les provisions cachées qu'on lui avait promises. Cette considération nous conduirait à retrouver Djebaoun dans la Djebâa qui est un peu au nord-est d'Erram et de Khouraïb-er- Ram.

vers l'Ammonitide, avec huit compagnons seulement. Après cette expédition heureuse, Jean fils de Karéas ne perdit pas de temps et se dirigea avec ceux qu'il avait délivrés vers un lieu nommé Mandra, où ils campèrent le jour même. Leur intention était de gagner au plus vite les frontières de l'Égypte, parce qu'ils se croyaient menacés par la colère que le roi de Babylone ne pouvait manquer de ressentir, lorsqu'il apprendrait le meurtre de Godolias *.

Toutefois ils jugèrent bon de consulter Jérémie dont la réputation de sagesse et de prévoyance était grande parmi la nation, avant de mettre leurs projets à exécution: mais il arriva, en cette affaire, ce qui n’arrive que trop souvent; c’est-à-dire que les fuyards demandèrent un avis qu’ils étaient bien décidés à ne suivre, qu’à la condition qu’il serait d'accord avec le leur. Ils chargèrent donc Jérémie d'adresser à Jéhovah les plus ferventes prières, pour que celui-ci leur fît connaître, par la bouche de son prophète, le parti qu’ils devaient prendre. Tous jurèrent qu'ils souscrivaient à l'avance à la décision de Dieu. Jérémie consentit et pendant dix jours consécutifs, il invoqua le Seigneur qui, au bout de ces dix jours, le chargea de dire à Jean et à ses compagnons que s'ils restaient dans le pays qu’ils voulaient abandonner, il les protégerait et les délivrerait de toute crainte des Babyloniens ; que si, au contraire, ils persistaient à chercher un refuge en Égypte, il les accablerait des mêmes malheurs qui avaient frappé leurs pères. Jean et le peuple, qui ne s’attendaient guère à cette injonction, se refusèrent à croire qu’elle fût d’inspiration divine ; pour eux les paroles de Jérémie étaient mensongères, et il ne les avait proférées que pour être agréable à Baroukh son disciple *. Ils pensèrent que son dessein, en les

1. A. 9, X. IX, 5. — Jérémie, XLI, v. 41 à 18. Au lieu du nom Mandra nous trouvons au verset 17 : « Djerout-Kimoucham qui est près de Beit-Lchem »; ceci s’accorde parfaitement avec leur dessein de s’enfuir vers l'Égypte.

2. Cette intervention, ou mieux le rôle attribué ici à Baroukh, est incompréhensible pour nous, faute de détails plus précis.

engageant à rester en Judée, était de les faire périr sous le fer des Babyloniens. Ils se saisirent donc de Jérémie et de Baroukh, et poursuivirent leur route vers l'Égypte, emmerant avec eux les deux prophètes t,

Lorsqu'ils furent arrivés au terme de leur voyage, Jérémie prophétisa de plus belle, et leur annonça que le roi de Babylone, devant lequel ils avaient fui, lorsqu'ils n'avaient rien à craindre de lui, allait en réalité mettre en mouvement une puissante armée ; qu'il subjuguerait l'Égypte entière et que, de tous les Juifs réfugiés dans ce pays, les uns périraient par le glaive, et les autres seraient emmenés en captivité à Babylone.

Les événements ne tardèrent pas à donner raison au prophète, car dans la cinquième année après la destruction de Jérusalem (583 av. J.-C.), Nabuchodonosor, qui comptait alors sa quarante-troisième année de règne, envahit la Cœlésyrie, et après l’avoir conquise, attaqua et soumit l’'Ammonitide et la Moabitide, puis passa en Égypte. Le roi de ce pays (c'était Apriès), fut mis à mort, et son successeur fut institué par le conquérant qui s’empara de la personne de tous les Juifs présents en Égypte, et les transporta en Babylonie ©.

Ici Josèphe récapitule les catastrophes qui ont frappé à plusieurs reprises le peuple juif: « Deux fois, dit-il, les Hébreux » ont été transportés au delà de l’Euphrate; la première, lors- » que les Assyriens enlevèrent de Samarie et emmenèrent en » captivité les dix tribus, du vivant d'Osée, roi d'Israël. La » seconde, lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone et de » Chaldée, après la prise de Jérusalem, enleva les deux tribus » qui restaient dans la terre promise. Le roi Salmanasar envoya > occuper le pays des Israélites déportés, par les Cuthéens qui, » jusqu'alors, avaient habité l’intérieur de la Perse et de la

LA

1. À. J. X. IX, 6.— Jérémie, XLII, v. 4 à 22. —XLIII, v. 4 à 7. — Rois, IT, XXV, V20.

2. À. J.X. IX, 7. — Jérémie, XLIII, v. 8 à 43. — XLIV, entier. La transcription hébraïque du nom du Pharaon mis à mort est ÿ-2n dans le verset 30 du chap. XLIV.

ag * LES MACHABÉES.

Médie, et ce sont eux qui ont pris le nom de Samaritains, du pays dans lequel ils ont été envoyés. Mais le roi de Babylone n’envoya personne occuper le pays des deux tribus enlevées par lui, si bien que toute la Judée, de même que Jérusalem avec le temple, restèrent désertes pendant soixante-dix an- » nées. L’'intervalle de temps qui s’est écoulé entre la captivité des dix tribus et la déportation des deux dernières, est de » 130 ans 6 mois et 10 jours *. »

Le dernier paragraphe que nous venons d'emprunter à Josèphe a grand besoin de révision.

D'abord il n’est pas exact de dire que pendant soixante-dix ans la Judée et Jérusalem sont restées désertes. Il est certain en effet que Cyrus a mis fin à la captivité des soixante-dix ans, en l’an 537 av. J.-C. Si donc nous remontons de soixante-dix ans en arrière, nous tombonssur l’année 607 av. J.-C., dans laquelle le roi de Juda Joakim fut obligé de subir le joug de Nabuchodonosor. Jérusalem n'ayant été prise et saccagée qu’en 588, il s’est écoulé dix-neuf ans, sur les soixante-dix ans de la captivité, pendant lesquels Jérusalem a encore vu des rois de la race de David trôner dans leur palais. Ensuite le chiffre par lequel Josèphe représente l'intervalle compris entre la transportation des dix tribus d'Israël et celle des deux tribus du royaume de Juda, est-il digne de confiance ? Vérifions le fait, en faisant abstraction, bien entendu, de la fraction six mois et dix jours qui se représente éternellement sous la plume &e l'historien. Osée a été vaincu en l’an 721 av. J.-C., et les dix tribus ont été emmenées en Assyrie. À quel convoi de prisonniers déportés faitil allusion ? Le premier est parti en 607 av. J.-C., et les derniers en 584 et 583. Or, de 721 à 607 il y a 114 ans, et de la même date à 584 ou 583, il y en a 137 ou 138.

Nous nous dispenserons, quant à nous, de faire des rapprochements de dates qui n’ont pas eu une très grande importance,

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