LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 5 © DA
veille du jour de Mardochée. A partir de ce moment la ville sainte fut entièrement au pouvoir des Hébreux 1.
Ici se termine le second livre des Machabées.
Nous ne pouvons nous empêcher de répéter une fois de plus que ce livre singulier ne doit être pris, historiquement parlant, que pour un récit légendaire. Ce récit qui avait cours parmi les Juifs de Jérusalem, fut adressé en leur nom et par l’un d’eux, aux Juifs résidant en Égypte. Voilà l’origine de cet écrit où tous les faits sont rappelés sans ordre. Ce qui frappe surtout le lecteur qui l’étudie, c’est le nombre exorbitant de Syriens mis à mort, dans les diverses batailles que la petite armée de Judas Machabée ne craignit pas d'engager ; c’est l'intervention d’anges guerriers se montrant au premier rang des Juifs, pendant l’action ; c’est la faiblesse des forces de l’insurrection, et l’héroïsme de son illustre chef, comparés à l’immensité des armées syriennes et presque toujours à la couardise de leurs généraux. Ce sont enfin ces massacres de milliers d’ennemis, dans des bicoques qui, à coup sûr, n’en auraient pu contenir le quart, en entassant les soldats les uns contre les autres. Tout cela, nous le répétons, est légendaire ; c'est de toute évidence. Mais ce qui n’est pas moins évident, c’est la sainteté de la cause défendue par Judas et par ses soldats ; c’est leur piété et leur confiance en Dieu; c’est leur abnégation et leur mépris de la vie dont ils ne voulaient plus, si elle devait être souillée par l'esclavage et l’apostasie. En un mot, que l’on rapetisse autant qu’on le voudra le rôle de Judas Machabée, de son père et deses frères, ils n’en resteront pas moins, à tout jamais, des hommes d’une énergie indomptable et des héros à qui la nation judaïque dut le plus splendide des réveils.
Maintenant revenons à Josèphe et au L°* livre des Machabées.
Vers cette époque le grand prêtre Alcimus conçut le projet de détruire l'antique muraille du sanctuaire (56 retyos roë &ytou) qui avait été construit autrefois par les saints prophètes. Il en
4. I. Mackab. ch. XV, entier. Le 13 du mois d’Adar était effectivement le jour fixé pour le massacre général des Juifs. Voyez le livre d'Esther.
fut soudainement puni par un mal terrible : il perdit la parole,
et roula à terre ; puis après bien des jours de souffrance, il expira.
Il avait exercé le souverain pontificat pendant quatre ans *. Dès qu’Alcimus eut rendu le dernier soupir, le peuple, d’un ac-
cord unanime, conféra la dignité de grand prêtre à Judas Macha- .
bée (Tekeuthoavros dE tobtou, thv "Apytepwobyny 0 Agos T& ’Touèa ddwaty) 2,
Cette assertion mérite-t-elle toute confiance ? Nous ne savons; car Josèphe a pris soin lui-même de se donner à ce sujet un démenti formel (A. 9. XX. X. I). Voici comment il s'exprime : Mais Jakimus (c’est Alcimus), après trois ans de pontificat, mourut; personne ne lui succéda ; et pendant sept ans la cité resta sans grand prêtre (AtcdéEaro dÈ ovdels adtOv, aAAX duetéheoey N TO ÉVIAUTOUS ÉTTA Xwps GPALEpEWS oùoa)3.
Après la défaite de Nicanor (161 avant J.-C.), la Judée jouit de quelque calme ; Judas en profita pour mettre à exécution un projet qu’il avait sans doute conçu depuis longtemps, carilsavait toute l'influence que Rome exerçait sur le monde entier.
N’avait-elle pas soumis à son autorité, la Galatie, l’Ibérie, Carthage, la Grèce entière, les Rois Persée, Philippe et Antiochus le Grand? Cette autorité inébranlable ne s’exerçait-elle pas en Asie, comme en Europe ? Obtenir un traité d'alliance entre le peuple romain et la nation judaïque, c'était le salut, sans doute ; et Judas envoya en ambassade à Rome deux de ses amis, Eupolémus, fils de Jean, etJason, fils d’'Éléazar. Ils étaient chargés de supplier le Sénat, non seulement d'accorder aux Juifs son alliance et son amitié, mais encore de signifier au roi Démétrius qu'il eût dorénavant à s'abstenir de toute guerre contre les Juifs. A leur arri-
1. Il est difficile de ne pas reconnaître dans ce mal si subit une véritable attaque d’apoplexie ; d’ailleurs le premier livre des Machabées parle clairement de l’attaque de paralysie dont mourut Alcimus, en l’année 153, le 2e mois (160 av. J.-C.), chap. IX, v. 54 et 55.