‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 129 sur 174 · HUXHAM · texte numérisé non relu

HUXHAM

“ Huxham attribue les perturbations observées du côté de la gorge, chez les varioleux, à des pustules analogues à celles qu’on retrouve sur la peau. Il recommande de réduire autant que possible cet énanthème, en détournant ■îe mal vers l’extérieur ; car, sans cela, dit-il, on pourrait voir survenir les complications les plus graves. Il reconnaît, et ceci est exact, que la dysphagie s’accuse ■surtout à la période de suppuration. La salivation peut alors prendre des proportions tout à fait alarmantes. Bien qu’il signale les excoriations de la langue, des lèvres et de la gorge, il est moins explicite sur les lésions d’allure grave, que Sydenham et Morton. On sent que, pour lui, ‘les altérations de l’appareil respiratoire sont beaucoup plus importantes que celles de la bouche ; c’est sur elles surtout qu’il attire l’attention insistant tout particulièrement sur la raucité de la voix et les phénomènes de suffocation (œdème glottique

de la variolé). Du reste, voici le passage de Huxliam.

« De grands éternuements et un rhume de la gorge et du cerveau indiquent que la membrane de Schneider qui tapisse tous ces passages est considérablement affectée, «t qu’il faut travailler à rappeler au dehors l’humeur varioleuse qui s’y porte ; car un petit nombre de pustules dans la gorge et dans les narines est d’une bien plus dangereuse conséquence, qu’un nombre beaucoup plus considérable qui se rejette sur l’habitude du corps. Elles produi- -sent ordinairement une grande difficulté de respirer et empêchent la déglutition surtout vers la fin de la maladie, ce qui étouffe très souvent le malade, à moins qu’on ne fasse un grand usage de gargarismes, d’injections, etc. J’ai vu quelquefois la matière variolique se jetter si abondamment sur ces parties, qu’elle produisait une salivation excessive, même au commencement de la maladie, ce qui tenait le malade continuellement éveillé, lui excoriait la langue, les lèvres et la gorge et occasionnait des douleurs si vives que cela contribuait à prolonger l’insomnie, et rendait la déglutition des boissons et des aliments solides, etc. presque insupportable. Lorsque cela arrive, il faut absolument appliquer des vésicatoires au col, derrière les oreilles, etc. »

{Fievre catarrhale des anciens, grippe des modernes.')

Introduction.

Les médecins grecs ont esquissé en quelque sorte ce type morbide si intéressant, mais parfois si confus,

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dont les principaux éléments paraissent sé rapporter à la grippe (1). En effet, Hippocrate admettait que le phlegme sécrété par le cerveau peut, en descendant, envahir successivement les fosses nasales, la gorge, les voies respiratoires supérieures et même le poumon, soit à l’état isolé, soit d’une façon concomitante (Voy. Aphorismes, Prénotions conques, Traité des épidémies, Ti'aité des maladies, etc). Cette concomitance de phlegmasies multiples et voisines se trouve également signalée d’une façon irès nette par quelques-uns de ses successeurs, notamment par Arétée (Voy. page 178, Tome I.) L’adjonction de la bile à la pituite par Galien ne modifia pas la théorie fluxionnaire ou plutôt rhumatismale (de pew, je coule) de l’époque. La nouvelle humeur servit seulement à expliquer des différences symptomatiques (caractère plus violent de la réaction inflammatoire, sécrétions peu abondantes, douleur plus vive, etc).

Les causes invoquées pour expliquer la production de ce catarrhe sont en premier lieu une constitution atmosphérique humide et froide, les vicissitudes brusques de la température, un air irritant, etc. Les vices de régime, les prédispositions individuelles (tempérament) expliqueraient pourquoi certains sujets sont frappés pendant que d’autres restent indemnes. Les auteurs de cette période remarquent que les affections dites catarrhales ne surviennent qu’à certains moments, atteignent un grand nombre d’individus, en un mot régnent d’une façon épidémique.

Les écrivains arabes, ceux du moyen âge, s’en sont tenus étroitement à ces doctrines. On peut même affirmer que

(1) Comme on le sait, divers microbes — autres que celui de l’induenza — peuvent parfois produire ces inflammations d’allure catarrhale.

les médecins de la Renaissance n’ont fait également que reproduire et développer ces hypothèses. C’est ainsi que Fernel, Baillou, Duret, Mercado, etc. regardent le catarrhe comme une fluxion, une « distillation des humeurs » se propageant de la tête au reste du corps. Quelle que fût l’erreur fondamentale du point de départ, c’est bien du nez, considéré alors comme l’émonctoire du cerveau, vers la gorge et le tube aérien proprement dit, que se dirige d’ordinaire la traînée inflammatoire dans ces processus morbides vagues que l’on qualifie de grippe. Mais depuis Avicenne, qui a fait des affections dites pituiteuses de la gorge une description si remarquable, on tendit de plus à incriminer exclusivement la pituite, parce qu’ici la phlegmasie relativement peu intense, peu douloureuse, est tenace et qu’elle s’accompagne d’une hypersécrétion abondante et rapidement visqueuse. On incrirnina cette humeur tantôt « aqueuse et douce », tantôt « âcre et salée » ; on supposa que c’est elle qui provoque ces maladies à siège si varié, mais si semblables.

Au XVII® siècle, les idées commencent à se modifier, grâce surtout au iatrochimisme. Nous avons montré autre part qu’invoquant des perturbations chimiques des humeurs, Sylvius de le Boé avait admis déjà une véritable fièvre catarrhale, comme entité morbide. Schneider au contraire en fait untrouble fonctionnel des glandes qu’il avait découvertes dans la muqueuse pituitaire (Voy. son célèbre ImiXéDe catarrho). Hoffmannrevient à l’hypothèse de Sylvius ; il considère le catarrhe comme une affection générale^ ,produite par une altération de la sérosité, sous la dépendance des brusqu es perturbations atmosphériques. Trompé peut-être par les douleurs rhumatoïdes, si fré-

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qiientes dans l’influenza, il confond le catarrhe avec le rhumatisme.pour en faire en quelque sorte une maladie unique. Cependant, il reconnaît que les flux des différentes muqueuses dépendent d’une altération spéciale de ces membranes ; il se rattache ainsi en partie aux conceptions solidistes que devait développer plus tard Broussais. Van Swieten adopte les vues d’Hoffmann et groupe ensemble les catarrhes des muqueuses et les fluxions articulaires. Pour lui, les différencés observées dans ces diverses manifestations moi'bides tiennent seulement au point de départ et au siège d’élection des humeurs incriminées ; mais toutes sont mobiles et peuvent envahir d’emblée ou successivement un grand nombre d’organes divers. Stoll, qui avait un grand penchant pour les hypothèses humorales (elles semblaient du reste fournir une explication assez plausible des faits révélés par la clinique), soutint naturellement les théories d’Hoffmann sur le catarrhe et le rhumatisme. H les regarda comme des états morbides congénères, engendrés par la surabondance et l’acrimonie de la lymphe, de la sérosité, de la pituite que détermine le froid humide agissant sur un terrain favorable. H admit dans ce grand type morbide ainsi constitué trois • divisions principales : les fièvres rhumatiques, catarrhales et pituiteuses.

Cependant, la théorie qui fait de toutes ces inflammations catarrhales autant de phlegmasies distinctes pouvant coïncider, mais n’ayant pas de rapports étroits entre elles, avait à cette même époque du xvii® et du xviii® siècle d illustres représentants. Après Schneider étaient venus Bonnet, Willi's, Sydenham, Boerhave, Morgagni. Sans .nier tout à fait les anciennes idées humorales, ces auteurs

s’attachèrent à prouver que le catarrhe n’est au fond qu’une inflammation d’un type spécial, frappant les muqueuses. Bordeu localisa d’autre partie catarrhe dans le tissu cellulaire. Celui-ci deviendrait le siège d’une sorte d’engorgement de matière analogue au suc nourricier. Cullen de son côté ne vit dans le catarrhe qu’une hyper* sécrétion des muqueuses nasale, pharyngienne, laryngée, bronchique, accompagnée de fièvre, et déterminée par son fameux pi'ocessus de Virritation. Enfin Pinel complète la révolution accomplie peu à peu dans les idées pathogéniques, en rangeant résolument le catarrhe dans les phlegmasies locales. On oubliait ainsi de tenir compte de l’état général si spécial des malades atteints de ces affections catarrhales, de la multiplicité de cellesci, de leur mobilité, de leur caractère envahissant, de la coïncidence fréquente d’inflammations viscérales souvent fort graves. On méconnaissait en un mot la véritable nature de ces troubles morbides, dont Stoll faisait une sorte de maladie générale, analogue par exemple à la fièvre typhoïde.

Les travaux accumulés sur cette question au cours du XIX® siècle ont mis tout le monde d’accord, en supprimant l’explication puérile du flux des humeurs, mais en maintenant l’entité morbide et en donnant le plus souvent pour substratum à ces manifestations l’influenza...

Nous ne passerons en revue ici que les auteurs qui ont réellement eu en vue la grippe et les déterminations buccopharyngées signalées par eux seront mises en italiques.

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