HALLER
Haller rapporte l’épidémie allemande de 1763 (Voy. Disputationes IV, p. 292). Le mal avait été précédé d’un froid intense en mars et en avril.
L’afiFection débutait par de petits frissonnements, bientôt suivis de chaleur intense, d’une lassitude générale, d’inappétence, d’anorexie, d’insomnie. Dès le second ou troisième jour, il se formait, dit-il, sur la poitrine, vers la gorge ou les narines, un amas de pituite qui arrêtait la violence de la fièvre, et cetamas .se dissiq)ait d’autant plus promptement que l’excrétion s’en faisait avec plus de facilité et d’abondance. La guérison s’annonçait par un sédiment copieux, muqueux, blanc et léger, au fond du vase qui contenait les urines. Les péripneumonies et les frénésies furent fréquentes. Chez certains malades on voyait survenir du pourpre rouge ou blanc (sudamina de la scarlatine).
Gomme bn le sait, les auteurs du xvi® siècle firent connaître pour la première fois le mal vénérien, confondu jusqu’alors avec la lèpre et d’autres maladies cutanées suivant les uns, importé d’Amérique suivant les autres. Or les manifestations buccopharyngées de la syphilis frappèrent certainement moins les esprits que les chancres, les bubons inguinaux, les plaques muqueuses de la vulve, les douleurs ostéocopes, les éruptions
cutanées diverses, etc. Cependant elles ne pouvaient, à cause des troubles désagréables qu’elles entraînent, échapper complètement aux observateurs. Il ne faut pas non plus oublier que l’affection était à cette époque singulièrement violente et que le tertiarisme, comme dans les cas de syphilis maligne, s’y montrait souvent remarquablement précoce. Or les lésions tertiaires affectionnent assez la cavité buccopharyngée, et déterminent du côté du voilé du palais, de l’amygdale et de la langue, des désordres qui ne peuvent longtemps passer inaperçus. En effet, en parcourant les nombreux syphiliographes de cette époque, nous n’avons pas tardé à constater qu’ils en avaient entrevu un grand nombre. Bien qu’ils se préoccupent surtout de l’antiquité du mal, des causes qui l’engendrent, du traitement qui lui convient, dans les quelques phrases qu’ils daignent consacrer à la symptomatologie, nous avons trouvé çà et là bien des renseignements précieux.
Au XVII® et même au xvin® siècle, l’étude des syphilides pharyngées fit relativement peu de progrès. Les spécialistes d’alors ne surent pas, comme ceux d’aujourd’hui, développer les notions fort élémentaires, mais déjà précises que leur avaient laissées leurs prédécesseurs. Pour se convaincre de cette insuffisance, on n’a qu’à consulter les meilleurs auteurs de cette période, c’est-à-dire Astruc et Hunter. Ils n’ont pas franchement démêlé le moment exact où ces lésions syphilitiques diverses du pharynx surviennent ; ils n’ont pas davantage reconnu le caractère nettement papuleux des plaques muqueuses, qu’ils continuent à considérer comme des ulcères.
D’autre part, le diagnostic différentiel est encore tout à fait rudimentaire.
TEMPS MODERNES
Quelques écrivains, il est vrai, ont parlé de rougeurs diffuses et même d’angine (Troja), mais ils appartenaient aux XVI® et xvii® siècles. Au xvni®,siècle, on laissa perdre ces notions. Enfin, bien qu’on sache depuis longtemps que la bouche peut devenir le point de départ de l’infection syphilitique, comme on n’a pas élucidé le mécanisme invariable de celle-ci, le chancre infectant buccopharyngé échappe aux observateurs, sauf peut-être à Faventinus.
Faisant ici de l’histoire de la médecine, il nous faudra, pour être complet, nous livrer à une énumération assez fatigante d’auteurs qui ont entrevu les lésions buccales de la vérole, et nous exposer ainsi à des redites souvent fatigantes ; mais c’est le seul moyen d’être exact et complet.
Ces auteurs se divisent en deux grandes classes ; dans l’une se rangent les spécialistes proprement dits, qui ont -écrit des traités sur la syphilis, dans l’autre, les nosologistes qui se sont occupés d’une façon accidentelle de l’afifection dans leurs ouvrages de médecine ou de chirurgie. Nous laisserons de côté ces derniers, sauf Boerhaave ; car, à part lui, ils se sont bornés à rappeler en quelques mots les faits découverts parles syphiliographes.
- cc Chez beaucoup, dit Léonicenus, la bouche est le siège des ulcères que l’on apelle aphtes. »
« Quand les pustules (éruptions cutanées), remarque Jacohde Cataneï, se disséminent surtout le corps, principalement sur la face, il se produit en même temps un flux d’humeur qui engendre des ulcérés au palais et au gosier, produit des douleurs intolérables dans tout le corps, principalement la nuit (douleurs ostéocopes) » Il ajoute plus loin : (c Beaucoup eurent, en outre de ces ulcères palatins et gutturaux, Vamygdale rongée. »
Nicolas Massa note que les ulcères de la gorge sont rarement ou très précoces ou très tardifs; il mentionne les perforations du palais.
D’après Fallope, les ulcères palatins, linguaux, gutturaux, tourmentent parfois beaucoup les malades. Cet auteur pense qu’ils sont dus aux vapeurs de la bile brûlée, qui s’échappent du foie pour venir cautériser les régions supérieures. Il faut se rappeler en effet que le viscère hépatique passait pour être le siège principal de l’affection généralisée ; on supposait que celle-ci résultait des perturbations humorales amenées par le dérèglement de cet organe.
Suivant Montanus^ lorsque les vapeurs pestilentielles s’élèvent (du foie) à la tête, elles y causent des troubles divers, tels que maux de tête, pustules (couronne de Vénus), chute des cheveux; souvent elles gagnent les régions humides et lâches du palais et de la gorge et y produisent des ulcères... Ces humeurs brûlées (atrabile) déterminent des douleurs violentes aux membres, à la tête, amènent des ulcérations des parties génitales (plaques muqueuses), du palais. Cet écrivain accuse formellement le mercure [Epistola H) d’amener les déterminations buccopharyngées et les perforations palatines.
Dans son traité de thérapeutique du mal vénérien, Jean de Vigo donne la recette suivantè pour les syphilides buccales : on mélange eau de plantain, 1 litre; feuilles d’olivier sauvage, 1 once ; queues de cheval (plante), 2 onces ; eau d’orge, 2 livres ; miel rosat, 3 onces ; alun de roche, 2 drachmes ; on fait bouillir jusqu’à évaporation de moitié. Notons que le nitre, l’alun, les sels de plomb, les astringents végétaux, l’huile de vitriol, et, parfois même au xvii” siècle, la pierre infernale sont usités couramment
TEMPS MODERNES
à cette époque contre les manifestations buccophai'yngées.
Ulrich de Hutten, ce célèbre écrivain, qui n’était pas médecin et a laissé un ouvrage si curieux sur la syphilis, qu’il avait contractée dans sa jeunesse, fournit des renseignements assez abondants sur les lésions buccopharyngées de l’affection. « Chez tous, dit-il, le gosier, la langue, le palais s’ulcéraient et une salive abondante s’écoulait sans cesse de leur bouche, qui exhalait une odeur repoussante. Les lèvres étaient manifestement atteiutes par les humeurs âcres de cette cavité. Chez quelques-uns, le processus ulcéreux semblait s’étendre à la gorge tout entière, de telle sorte que l’estomac troublé ne réclamait plus de nourriture. J’en ai vu, que la mort n’avait pas encore emportés, cracher du pus véritable et finir par être étouffé par le mal ».
Maynardi se contente de dire que la bouche peut être le siège à'aphtes et que la luette, les cartilages du nez, la trachée-artère peuvent s’ulcérer.
Benwieni note que, si le traitement supprime les manifestations externes, les humeurs peccantes, en envahissant la gorge, y déterminent des pustules qui tourmentent beaucoup les malades et en tuent quelques-uns, quand celles-ci ont été négligées ; ou bien ils sont pris à'ulcères profonds dont il est difficile de les guérir.
Lohera de Avila, qui a écrit un traité fort original sur les maladies des courtisans, compte la vérole parmi les quatre maladies qui frappent de préférence ces derniers, et signale alguna excoriacion en la bocca.
Dans son traité des maladies infectieuses, Fracastor ne fait qu’une vague allusion aux syphilides pharyngées;
mais il est plus explicite dans son Poème sur la syphilis. Nous y relevons les passages suivants ;
Liquefacti mali excrementa videbis Assidue sputo immundo, ftuitare par ora Et largum ante pedes tali mirabere flumen.
Ora tamen fœda erodent ulcuscula.,.
At fauces atque ora malus si eroserit berpes Tango nitro et viridi medicata œrugine lympha Semina inure mala et serpentem interficere pestem
Fernel signale dans son traité sur la syphilis, fort remarquable pour l’époque, les lésions buccopharyngées. Elles apparaîtraient au moment où le mal s’est généralisé, en même temps que les éruptions cutanées et les affec» tions osseuses. Il fait remarquer leur caractère rongeant, « Les lèvres indurées sont rongées jusqu’à l’os qui est atteint à son tour. Les os sont ulcérés, d’abord ceux qui sont délicats comme ceux qui sont au nez et au palais, puis ceux qui sont plus gros. »
Par les questions qu’il cherche à résoudre, Bernard Tomitani montre une connaissance véritable des déterminations pharyngées delà syphilis (Voy. cap. xix). Ainsi il se demande pourquoi les os sont atteints, principalement celui du palais, pourquoi la gorge et les parties génitales sont-elles surtout prises par le mal, pourquoi la gorge est-elle atteinte parfois si gravement?
Prosper Berguniius signale en même temps que les lésions de la luette, la raucité de la voix et la saillie notable des amygdales.
Paracelse insiste (Tome II, p. 10) sur l’importance diagnostique de ces manifestations buccopharyngées, sur leur caractère rongeant et note même la perforation palatine.
Faventinusü. eu le mérite d’aflirmer nettement le carac‘ tère contagieux des syphilides buccopharyngées. « Ego
TEMPS MODERNES
enim experientia edoctus fui, juvenem fere inculpabili sanitate munitum, longo quodam temporis intervallo assuetum, quam sœpissime mulierem gallico morbo depravatam ore exosculare, nullo per Jovem exercitato coïtu, sed solo flatu et spiritu a muliere, motus respira^ tionis attracto, fœda et jam morbo gallico detenta, in morhum galliciim incidisse, occurantibus ei universis ejus morbi symptomatibus, absque pene infectione ; neque enim ei quicquam in pudendis et genitalibus apparuit. Dominus Orobonus de Orobonis nobilis Ferrariensis uxorem habet honestissimam, quæ afFectum gallicum per mammas recepit ; per oscula vere facile recipitur hic affectus, quoniam vibratio ilia et linguarum conflictus caliditatem auget, linguæque rarescunt; quæ sunt etiam molliores carnes et quæ faciles impressiones recipiunt, saliva insuper pravam aiOFectionem augente. Et lii qui afifectum gallicum per os recipiunt, exulcerationem, in faucibus, acpalato contrahunt. Et quandoquepars ilia putrescit, et ad nares pervenit, et quod bibitur vinum per nares exit, nonnullisque fiunt hoc est primum indicium, quod apparet. Cum per os contagium àccipitur, pustulæ primo in 'lingua apparent, quæ taroli vocantur, postea fauces male alficiuntur et palatum deinde caput, denique totum corpus. »
Nicolas Macchelli de Modène, signale Vérythème huccojAaryngé comme un des trois symptômes de l’infection généralisée. « Sunt prætereatriaalia symptomata, quæ tune positissimum deteguntur, quando morbus jam toti corpori estcommunicatus. Primum est gravitas scapularum, secundum est jugularum et sumnorum humerorum dolor, immo
(1) Chancre.
aliquando et brachiorum et cruram. Tertium est faucium ruhor et calory>. Il appelle les papules « phymata » et cite la gorge comme le siège possible, avec beaucoup d’autres, de ces manifestations de la vérole « mal soignée ». « Nunc ad phymata id est ad tumores illos parvos, quifere pudenda primum, deliinc reliquas corporis partes maxime vero frontem, et mentum, et partem capitis capillatam necnon et palatum, et fauces obsident, descendamus. »
Troja, dans ses Epistolæ a mentionné de véritables angines syphilitiques ; la lecture du passage où il y fait allusion prouve que le mercure ne doit pas être incriminé. Schenkius a rapporté dans son célèbre Compendium l’intéressante constatation de cet auteur.
Ambroise Paré connaissait bien les accidents syphilitiques secondaires et tertiaires buccopharyngés. Il ne veut pas qu’on prescrive des remèdes trop violents. Il peut en résulter, dit-il, des ulcères phagédéniques, qui mangent et rongent une bonne partie d’icelle (la bouche). Quelquefois même « se dégénéraient jusqu’en gangrène et mortification dont aucuns sont morts misérablement ». La tuméfaction des amygdales, quand débutent les accidents buccaux, peut amener une gêne assez notable de la déglutition. D’autre part, la voix des malades devient enrouée. Il signale chez certains sujets des destructions étendues de la langue, du voile, de la voûte palatine. Chez un soldat bombardier, celle-ci avait même en grande partie disparu. Contre ces pertes de substance, il a été un des premiers à conseiller le port de plaques en or et en argent, qui, sans doute, ne guérissent pas, mais font du moins disparaître les troubles mécaniques.
ZacuLus Lusitanus insiste tout particulièrement, dans sa « pratique médicale », sur les perforations palatines
TEMPS MODERNES
déterminées par la syphilis. C’est un accident bien connu, dit-il, qui entraîne des troubles gênants de la déglutition et une altération désagréable du timbre de la voix. Parmi les nombreuses observations, qui ont été publiées sur ce sujet, il rapporte celle de Benedictus a Castro, médecin hambourgeois. 1*1 s’agit d’un jeune homme de dix-huit ans atteint d’abord de plaques muqueuses, puis peu après d’accidents secondo-tertiaires du palais, qui entraînèrent la nécrose de cet os. La langue avait pris, vers la même époque, un développement considérable. Cependant, grâce à un traitement végétal (le gaïac), peu à peu les phénomènes s’amendèrent, mais comme le palais était encore malade, on ne pût boucher la solution de continuité à l’aide d’une plaque d’or ou d’argent comme le conseillaient Paré (livre 12, cap. iii), Amatus Lusitanus (livre V, cent. 14) et Trajanus (lib. VII, cap. xviii). Peu à peu, les chairs, gagnant sur la perte de substance, finirent par obturer complètement celleci. Il y eut donc guérison spontanée ; Zacutus insiste sur la rareté de ce mode de terminaison. Ce même auteur rappelle le timbre enroué de la voix chez beaucoup de syphilitiques. C’est là, dit-il, une cause de raucité à laquelle doit songer le médecin. Chez un homme de qualité, ce symptôme fort gênant ayant attiré ses soupçons, il institua un traitement antisyphilitique, qui fit disparaître tout trouble vocal. L’affection vénérienne avait évolué sans attirer l’attention ; elle semble avoir été transmise par la femme de ce malade, dont le premier mari passait pour avoir contracté la vérole.
Boerhaave signale les phénomènes de salivation (mercurielle) dans l’axiome suivant : les dents sortent de leurs alvéoles ; le palais, le larynx et le pharynx, deviennent
lort rouges et la langue s’enfle prodigieusement. Mais ee qu il ajoute, c’est-à-dire la nécrose consécutive des petits os sous-jacents à la muqueuse, prouve que le départ exact entre la syphilis et l’hydrargyrisme aigu n’était pas nettement établi. Plus loin, il dit que le voile, les amygdales peuvent être détruits en grande partie par des ulcères « qui paraissent semblables à du lard». Comme la plupart des syphiliographes de l’époque, il a une confiance aveugle dans l’efficacité de la salivation mercurielle.
Van Swielen n’ajoute rien aux connaissances acquises.
Il en est de même de Sweàiaur.
Astruc, dans son célèbre traité sur la syphilis, mettant à profit les recherches de ses prédécesseurs, a basé entièrement la symptomatologie sur les lésions que produisaient dans les humeurs de la bouche le venin de la maladie; il explique ainsi les troubles de cette cavité.
(c II se sépare, dans la bouche, deux humeurs très propres à s’unir avec le virus : 1° l’humeur visqueuse qui coule des cellules des amygdales, les glandes de la luette, et de tout le fond du gosier ; 2“ l’humeur sébacée et onctueuse, qui suinte des glandes ou des lacunes des gencives et du palais, et qui enduit ordinairement la langue, et les dents quand on n’a pas soin de les nettoyer. On peut mettre au même rang la morve, qui, coulant des glandes de la membrane pituitaire, sert à humecter le dedans du nez.
« I, —Par conséquent, si la mucosité du gosier vient à être infectée de virus, d’un côté, elle s’épaissira, séjournera dans les cellules et dans les glandes destinées à la contenir, les dilatera, et donnera lieu à la compression des veines voisines, ce qui causera le gonflement, la douleur,.
TEMPS MODERNES
la phlogose, l’inflammation des amygdales, de la luette, et du fond du gosier, avec la difficulté d’avaler. De l’autre côté, cette mucosité devenant plus âcre rongera et déchirera ces mêmes parties, et y-produira des ulcères malins, rebelles, opiniâtres, rongeants, qui seront suivis bientôt d’une carie dans les os voisins, laquelle consumera les os palatins, qui sont minces ; ce qui produira une communication du palais avec le nez.
cc II. — Il faut faire le même raisonnement sur l’humeur sébacée qui se sépare dans les glandes du palais. Car cette humeur étant infectée, deviendra plus épaisse, s’arrêtera dans ses réservoirs et, en les dilatant, formera sur la voûte du palais des tubercules, durs, distincts, ronds, peu élevés, tantôt enflammés et tantôt sans inflammation. Mais en même temps cette humeur ayant acquis plus d’âcreté, rongera la pointe de ces tubercules et causera des ulcères ronds, malins, rebelles qui carieront la voûte osseuse du palais et qui s’ouvriront un passage dans le nez. »
Dans son excellent traité sur les maladies vénériennes où il résume fort clairement les connaissances de l’époque. Hanter insiste sur les manifestations amygdaliennes dont il fait assez bien ressortir l’aspect extérieur, admettant du reste à tort qu’il y a perte de substance réelle. Il montre qu’il y a à la surface une matière blanchâtre, que les bords sont bien limités et comme taillés à l’emportepièce. Il admet même des croûtes « comme pour les ulcères de la peau » ; mais ceci ne se verrait que dans les ulcères tardifs. Du reste, cet auteur avait certainement en vue des accidents secondo-tertiaires, quand il relate le caractère rongeant et l’apparence putride de ces pertes de substance. Les indurations et les ulcères de la
langue sont signalés, ainsi que les troubles parfois si graves, qui frappent le voile et le palais osseux.. Du reste voici son chapitre.
« La partie, où la syphilis constitutionnelle se manifeste en second lieu, est le plus ordinairement la gorge, et quelquefois la bouche et la langue. Dans la gorge, sur les amygdales et à la surface interne de la bouche, la maladie se montre ordinairement d’emblée, sous la forme d’un ulcère sans tuméfaction préalable bien marquée, de sorte que les amygdales n’augmentent pas beaucoup de volume. En effet, quand l’inflammation syphilitique attaque ces parties, elle se montre toujours superficielle et se termine très promptement par ulcération.
« Il faut distinguer avec soin les ulcères vénériens de la gorge de tous les autres ulcères qui peuvent occuper la même région. Il est à remarquer que lorsque la syphilis attaque la gorge, elle y produit toujours un ulcère, bien que cette opinion ne soit pas généralement admise, car j’ai vu considérer à tort comme vénériennes des affections de la gorge qui ne présentaient aucune ulcération. Il s’agit donc seulement de distinguer l’ulcère vénérien de la gorge des autres ulcères de la même partie. En général, cette espèce d’ulcère est assez bien caractérisée; cependant, il n’est pas toujours possible de la distinguer des autres espèces, car il arrive quelquefois que les ulcères non vénériens de la gorge présentent l’aspect de ceux qui le sont et que ceux qui sont réellement de nature vénérienne ressemblent aux ulcères simples. Parmi les maladies non ulcéreuses de cette région, il en est une, l’inflammation commune des amygdales, qui se termine souvent par suppuration ; il en résulte un abcès qui se vide par une petite ouverture; mais jamais cette
TEMPS MODERNES
perforation ne présente l’apparence d’un ulcère d’origine superficielle, comme cela a lieu pour les vrais ulcères vénériens ; l’abcès en question coïncide toujours avec inflammation, une douleur et, un gonflement trop intenses pour dépendre d’une affection vénérienne. Lorsque l’inflammation des amygdales se termine par suppuration, dès que le pus a été évacué, la maladie marche vers la guérison. D’ailleurs cette maladie est accompagnée en général par divers symptômes inflammatoires de la constitution.
a Les mêmes parties sont sujettes aune autre maladie. Cette maladie, qui consiste dans une tuméfaction indolente des amygdales, s’observe particulièrement chez des sujets dont la constitution a quelque chose de scrofuleux, et nuit à la prononciation. Quelquefois, de là lymphe coagulable est sécrétée à la surface des amygdales ; cette sécrétion morbide est prise par quelques personnes pour des ulcères de la gorge, par d’autres pour des escarres gangreneuses, et des cas de cette espèce sont souvent désignés sous le nom de maux de gorge putrides. Dans ccs cas, la tuméfaction est ordinairement trop considérable pour dépendre de la syphilis, et il est facile de distinguer la présence de la lymphe d’un ulcère, c’est-à-dire d’une perte de substance. Cependant, quand l’état réel des parties n’est pas évident au premier coup d’œil, il faut chercher à enlever un lambeau de la lymphe déposée, et si la surface de l’amygdale ne présente pas d’ulcérations, on peut être sûr que la maladie n’est pas vénérienne. J’ai observé un cas où une des lacunes de l’amygdale remplie de lymphe coagulable, ressemblait beaucoup à un ulcère ; mais après que la lymphe eut été enlevée, le tissu de l’amygdale parut parfaitement
sain. J’ai vu des cas de gonflement des amygdales où une escarre, qui s’était formée dans l’épaisseur de l’amygdale tuméfiée, s’était frayé un passage au dehors ; la perfora-: tion du tissu de l’amygdale, avec l’escarre adhérant en quelque sorte dans l’ouverture, présentait l’aspect d’un ulcère putride.
« La période la plus embarrassante de la maladie est celle où l’escarre vient d’être éliminée, car alors la plaie présente la plupart des caractères de l’ulcère vénérien. Mais, lorsque j’ai pu voir la maladie dans ses premières périodes, je l’ai toujours traitée comme une affection de nature érysipélateuse, ou comrne appartenant aux affections charbonneuses. Lorsque la même maladie se présentait à mon observation seulement dans la seconde période, j’ai été porté à la considérer comme vénérienne. Toutefois, aucun médecin ne doit être assez téméraire pour juger la nature d’une maladie d’après la seule inspection oculaire. Avant de former un jugement, il doit s’informer de toutes les circonstances propres à l’éclairer s’il n’y a eu aucun symptôme local antécédent, dans un espace de temps suflSsant, il doit suspendre son jugement et temporiser, afin de voir si la nature ne sera pas capable de se soulager elle-même.
« Lorsque l’affection de la gorge a été précédée par quelque fièvre, sa nature vénérienne est encore moins probable. Quoi qu’il en soit, sans prétendre dire quelle peut être la nature des cas de cette espèce, j’affirmerai seulement qu’ils ne sont pas vénériens, comme on le croit souvent. J’ai vu une de ces maladies prise pour une affection vénérienne et traitée par le mercure jusqu’à salivation ; le mercure affecta, en effet, la bouche et détermina la gangrène de toutes les parties primitivement
malades. Il résulte de ce fait que l’espèce de mal de gorge dont il est question, est aggravée par l’emploi du mercure.
« Il est une autre maladie des mêmes parties que l’on prend aussi pour une affection vénérienne. Elle consiste dans une excoriation ulcéreuse qui s’étend à la surface des parties, devient très large, présente quelquefois un aspect putride et se termine d’une manière régulière, mais ne pénètre jamais profondément dans l’épaisseur des tissus, comme l’ulcère vénérien. Aucun point de la surface interne de la bouche n’est à l’abri de cette excoriation ulcéreuse, mais on l’observe surtout vers la racine de la luette, et elle s’étend alors en avant le long du voile du palais. Il est évident que cette espèce d’excoriation n’est pas vénérienne, car elle ne cède point, en général, à l’usage du mercure. J’ai vu des excoriations exister pendant des semaines, sans aucun changement, et un véritable ulcère vénérien se former au centre de la partie excoriée. Les deux affections sont tellement différentes l’une de l’autre, qu’il ne peut y avoir aucune méprise.
« Un traitement mercuriel, auquel on soumet les malades, guérit parfaitement les ulcères vénériens, mais n’exerce aucune influence sur les autres, et ces derniers sont guéris ensuité par le quinquina.
« Le véritable ulcère vénérien de la gorge est peut être, de toutes les formes de la maladie, celle qui est le moins susceptible de donner lieu à des erreurs de diagnostic. C’est une perte de substance bien caractérisée ; on dirait qu’une portion du tissu de l’amygdale a été enlevée par arrachement; l’ulcère a des bords bien déterminés, son fond est ordinairement putride, et à sa
surface adhère une matière blanche, épaisse, semblable à une escarre, qui ne peut être enlevée par le lavage.
« Dans cette région, les ulcères sont toujours humides ; le pus ne peut s’y dessécher et former des croûtes comme sur les ulcères de la peau. D’ailleurs, le pus étant emporté de la surface ulcérée par l’acte de la déglutition et par les mouvements propres aux parties, il ne peut se former comme à la peau une série de croûtes qui se succèdent.
« La marche des ulcères vénériens est aussi beaucoup plus prompte dans cette région que sur les téguments communs ; le travail ulcératif s’y effectue avec une grande rapidité.
a Comme la plupart des ulcères rongeants, ils sont généralement très putrides, et le plus souvent ils présentent des bords épaissis et saillants, ce qui est très commun dans les ulcères vénériens ou cancéreux, et appartient, il est vrai, à la plupart des ulcères qui n’ont aucune disposition à se cicatriser, quelle que soit d’ailleurs la maladie spécifique à laquelle ils sont liés.
« Quand la syphilis constitutionnelle attaque la langue, elle produit quelquefois un épaississement et une induration locale; mais cela n’a pas toujours lieu, car très souvent il s’y forme un ulcère, comme dans les autres parties de la bouche.
« Les ulcères vénériens de la gorge sont plus douloureux que ceux de la peau, mais ils ne déterminent pas autant de douleur que les maux de gorge ordinaires, qui dépendent de l’inflammation des amygdales. Ils rendent la prononciation épaisse, c’est-à-dire, comme si la langue était trop volumineuse pour la bouche, et en même temps ils font nasiller un peu le malade. »
TEMPS MODERNES
Fritz a signalé l’existence des syphilides buccopliaryngées avec d’assez grands détails. « Elles apparaissent au fond du gosier, mais ne révèlent pendant longtemps leur présence que par de la dysphagie. Plus tard, elles deviennent si nombreuses sur la racine de la langue, que le doigt suffit à les reconnaître. Elles se montrent aussi en abondance sur les amygdales, le voile et le palais. Les ulcérations linguales ont des bords à pic, de consistance cartilagineuse, leur surface est très notable. Elles sont recouvertes d’un pus peu abondant, tenace, exhalant une odeur fétide, et qu’on n’enlève qu’au prix de vives souffrances. D’autre part, les ganglions lymphatiques sousmaxillaires subissent une tuméfaction douloureuse. Si on ne traite pas ces manifestations vénériennes, les troubles de la déglutition qui en résultent peuvent entraver sérieusement la nutrition. Parfois même, les altérations morbides, qui peuvent alors survenir du côté de l’os hyoïde et du larynx, arrivent à déterminer la mort, etc. »
CONCLUSIONS