GÉNÉRALITÉS
sidérable. Ils ne se sont pas contentés de reproduire les doctrines de leurs prédécesseurs ; ils ont complété cellesci souvent de la façon la plus heureuse. Un commencement d’anatomie pathologique fut esquissé. De nouveaux types morbides furent créés par le démembrement de l’esquinancie des Grecs en une série d’entités nosologiques, dont le nombre alla en augmentant sans cesse; quelques-unes d’elles sont restées. Les écrivains de cette période ont continué l’œuvre d’Avicenne sur les manifestations pharyngées secondaires de la rougeole et de la variole. Ils ont fait connaître avec une exactitude suffisante l’angine diphtérique et ses propagations à l’appareil respiratoire. Les altérations que la syphilis détermine dans la bouche et au pharynx, ne leur ont point échappé, bien qu’ils n’aient pas su séparer nettement les lésions secondaires des tertiaires, ni indiquer ce qui permet de distinguer ces troubles de ceux qui parfois les simulent ; d’ailleurs ils semblent ignorer les chancres buccopharyngés. Ils continuent à confondre les ulcères avec les dépôts pultacés ou pseudo-membraneux. Les tumeurs nè sont qu’entrevues ; cependant on trouve signalés des polypes de l’amygdale, des cancers secondaires et parfois primitifs, et surtout des fibromes nasopharyngiens, dont l’étude et le traitement furent perfectionnés auxviii® siècle.
La thérapeutique, même chez Boerhaave, Sauvage et Cullen, reste plus fidèle à la nosologie grecque. Cependant, grâce à Paracelse, elle tend à se simplifier un peu et à devenir plus active par l’adjonction habituelle des extraits et des drogues minérales.
La chirurgie de cette époque, comme la thérapeutique, se borna le plus souvent à imiter les procédés des anciens. En réalité, il ne pouvait guère en être autrement. Pour
TEMPS MODERNES
opérer dans le pharynx, il faut, comme les praticiens actuels, avoir à sa disposition des moyens hémostatiques très puissants, l’antisepsie et l’anesthésie générales. D’autre part, c’est bien plus tard que les méthodes dites d’accès permettront l’intervention dans une cavité aussi éloignée de l’extérieur. Ce sont donc simplement des ouvertures d’abcès, des extractions d’amygdales, des ablations de la luette... que nous aurons à relater.
L’étiologie est le point faible de la nosologie de cette période. On insiste davantage, il est vrai, sur le caractère épidémique et même contagieux de certaines variétés d’esquinancie. Mais les causes occasionnelles ne sont pas mieux étudiées que dans Arétée ou Celse par exemple. D’ailleurs, si l’humorisme antique tend à disparaître de plus en plus, l’iatrochimisme et l’iatromécanisme, qui le remplacent, ne sont pas des conceptions pathogéniques plus exactes.
En somme, comme on le voit, les progrès ont été nombreux et importants. Sans doute, les médecins de cette époque n’ont pas créé une œuvre définitive ; mais le -XIX® siècle lui-même a-t-il pu accomplir la tâche qu’il s’était imposée ? Tous ces progrès ont été réalisés grâce à la diffusion des ouvrages médicaux, à l’imprimerie, à une meilleure utilisation des ressources offertes par la clinique privée ou hospitalière (publication de nombreux recueils de consultations, d’observations, de lettres médicales), et enfin grâce au développement régulier, quoique encore bien lent, de l’anatomie, de la physiologie et de la chimie. L’ardeur au travail, le très grand enthousiasme des chercheurs, dont sont frappés tous ceux qui se sont donné la peine d’étudier cette belle période, ont été également des leviers d’une puissance incomparable.
ANGINE
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